‹ Louis XVI et sa courChapitre 62 sur 172 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mettait en accusation l’amiral Keppel, et le vice-amiral Palisser, qui, à Ouessant, n’avait pas obéi aux signaux. Ce <pii était arrivé à l’amiral anglais était aussi arrivé à d’OrvMliers : son arrière-garde n’avait pas obéi à des ordres que la brume ou les distances avaient dérobés; mais nul conseil de guerre; en se constituant, n’avait fait outrage à la bravoure et à discipline de Lamotte-Piequet. Plus tard , il est vrai , des bruits malveillants s’élevèrent, et ces attaques tardives n’atteignirent pas le marin ; elles portèrent plus haut. Ce fut le duc de Chartres qu’on accusa de n’avoir pas exécuté le mouvement commandé par le vaisseau amiral ; mais le jeune titulaire du commandement était-il vraiment responsable de ce que le chef réel de l’escadre n’avait pas exécuté? Au premier moment, on avait été plus juste : quand le duc de Chartres revint à Paris, on l’avait accueilli avec enthousiasme; il avait été applaudi à l’Opéra, au Palais-Royal, partout où il avait paru. Mais quand sa charge l’eut rappelé a Brest, de cruels propos circulèrent. D’où venaient-ils? On a parlé de la reine, on a parlé de ressentiments; toujours est-il que ces bruits que l’on répandait n’allaient à rien moins qu’à déshonorer le prince. Nedisait-on pas qu’il s’était caché pendant le combat? 11 s’y était distingué , au contraire, * par cette bravoure dégagée des gentilshommes, par cette bonne humeur devant le boulet qui est native de France. Aussi tous ceux qui l’avaient vu montrer au mi-

lieu du feu son cordon bleu et sa veste blanche le défendirent-ils contre d’odieuses calomnies. Lui seul se fit tort par sa légèreté , quand il accepta ou sollicita la place , créée pour lui à cette occasion , de colonel général des hussards ; singulière récompense , il faut le dire, de la bonne conduite d’un marin (i).

Le combat d’Ouessant ne fut suivi d’aucun autre; l’indécision de son succès ne stimula pas la trop lente prudence de d’Orvilliers. Plus qu’un autre , par sa position , il eût dû partager ces sentiments qui font les victoires, ces sentiments d’ardeur dont la France était animée. Malgré une perte de quarante-cinq millions, faite par le commerce français, et dont la rentrée subite de d’Orvilliers à Brest après Ouessant avait été cause, Bordeaux, Brest , Nantes, étaient toujours disposés à voir en lui l’espoir de leurs ressentiments contre les Anglais. Et cette confiance, trompée déjà, il ne la justifia pas davantage. 11 sortit une seconde fois de Brest ; mais il ne s’agissait pas de tenir la mer pendant un mois

(l) Le prince de Montbarrey dit , dans ses Mémoires, que ce fut le duc de Chartres qui sollicita cette place , et il raconte à ce sujet une longue intrigue ; niais Montbarrey est animé contre le duc de Chartres de sentiments haineux qui le rendent fort suspect.

Voir, sur la conduite du duc de Chartres à Ouessant : OKucres choisies du prince de Ligne , p. 3. a II fut de bon exemple à Ouessant quoi qu’on en dise. » — Mém.du règne de Louis Ai'!, t. \ 1, p. .53.

— Mém. du comte de lilhj; éd. in-8" , 1830, t. III, p. 12. — Droz, llist. de Louis Xi /, 1. 1, p. 313.

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