‹ Louis XVI et sa courChapitre 64 sur 172 · A IM T II F · texte numérisé non relu

A IM T II F

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Le I jangitedoc , cju'i l montait, isolé delà flotte et u 'ayant plus ni mâts ni gouvernail , fut attaqué par Ilowe et sauvé par l'indomptable fermeté de l’amiral français, qui se battit connue un désespéré toute la nuit sur celte espèce de ponton que lui avait fait la tempête. Au jour, Howc, lassé, presque vaincu, se retira, et d'Estaing, ayant rallié ses vaisseaux, reprit son mouillage.

Tel fut le début des armes françaises en Amérique : comme on le voit, il n’était pas tout à fait heureux , mais il faillit devenir funeste. Des divisions cruelles, déplorables, vinrent à naître entre des alliés la veille si fervents. Dès les premiers mots on ne s’entendit pas : d’Estaing, maltraité par le temps plus que par l’ennemi , voulut aller à Boston réparer ses pertes (i), car l’amiral lîyron pouvait le prendre en queue avec une escadre supérieure à la sienne. D’ailleurs, le conseil de la flotte avait été unanime à cet égard. Le général américain Sullivan, au contraire, comptaitsur l’intervention des vaisseaux français pour le seconder à Rhodt-Island ; en conséquence, il envoya La Fayette à d’Estaing. J .a Fayette essaya d’obtenir du temps, et proposa soit une attaque de vive force, soit un établissement «à Providence (2); mais il 11e put vaincre la résistance des oflî-

(1) Ce qui était conforme à ses instructions. Marshall, fie de Washington, t. IV, p. 20. — Mémoires de tn Fayette, 1. 1, p. 5G.

(2) D'Estaing proposa deux bataillons à La Fayette , qui les refusa. Mém. id., id.

cieus. Aussi, quand les vaisseaux partirent, ce furent parmi les milices américaines des cris d’indignation et toutes les rages de l’espoir trompé. On rédigea contre les Français une protestation virulente que La Fayette refusa très- noble ment de signer. Sullivan , dans le délire de la colère, osa mettre à l’ordre du jour que les alliés avaient abandonné les Américains; mais La Fayette, dans le cœur de qui l’Amérique n’a jamais vaincu la France, fit retirer cet ordre du jour outrageant, n’hésitant pas à jouer et à perdre sa popularité américaine «lès qu’il s’agissait de la dignité de son pays (3). L’effet de cesdisscntimcnts, quiallaientcréer ime position fausse à d’Estaing, ne se concentra pas sous les tentes, mais se répandit dans les villes. Le peuple à Boston parla de refuser son port, et M. Girard, l’envoyé français, qui avait d’abord été si triomphalement reçu à Philadelphie, ne trouva plus autour de lui ni la même sympathie ni la même reconnaissance. Plus tard, l’émeute de Boston et le massacre de M. de Saint-Sauveur furent comme les fruitssanglants de ces premières discordes, et montrèrent combien l’Amérique mettait peu d’intelligence dans son ingratitude envers un allié qui , en la servant , n’abjurait pas le libre arbitre de ses résolutions.

On souffre de rappeler de telles misères, mais il n’en

(3) Mém. de /.a Fayette , t. I, p. 57. — V. YEspion anglais, peu suspect quand il s’agit de faits pareils, t. X, p. 155. V. Marshall , Histoire de Washington, t IV, p. 20 et suiv.

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