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n’ci'it été que la consécration des faits accomplis : les Anglais et les Américains eussent gardé ce qu’ils possédaient; idée sans justesse et sans courage dont la guerre fût ressortie au premier jour. Malgré l’inanité de ces vues, le gouvernement de Louis XVI , déjà lassé de son effort d’une année, fut sur le point de les adopter. Rien ne donne plus que cette disposition du cabinet de Versailles, la mesure des hommes qui le composaient. Heureusement pour la dignité extérieure de ce gouvernement, le ministère anglais, dont l’orgueil avait raison cette fois, rejeta toute proposition d’accommodement.
Alors on vit un spectacle assez nouveau : quand le comte de Vergennesfut bien sûr que l’Angleterre n’entendait pas plier sous la médiation de l’Espagne, il se releva de toute sa hauteur, et pour garder l’Espagne dans les intérêts de la France, il lui souffla, dans ses correspondances et par ses agents, que le moment était bon pour reprendre Gibraltar, Minorqne et conquérir les Floridcs. De cette main si souple tout à l’heure à signer la paix, il signaitau gouvernement espagnol la promesse de lui livrer la Jamaïque, s’il demeurait fidèle à l’alliance. Ce ne fut pas tout : Vergennes parla de la combinaison des flottes de France et d’Espagne comme devant avoir pour effet certain la destruction de l’Angleterre : une descente devait avoir lieu sur les côtes de ce pays; et on avait déjà choisi le maréchal de Bro-
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glic pour la commander (i); on disait que l’Angleterre n’aurait jamais le temps de rappeler scs troupes et ses vaisseaux disséminés sur le globe entier, pour st; défendre. Qu’il y eût une séduction arrangée dans toutes ces perspectives ouvertes à l’ambition irréfléchie de l’Espagne , ou que Yergennes fût la première dupe des illusions qu’il faisait jouer, toujours est-il que l’Espagne ne retira pas sa main de la main de la France; et d’accord, les deux nations publièrent leurs manifestes. Mais ce qui contrasta par trop cruellement avec de si retentissantes paroles, ce fut l’action qui les suivit : d’Orvilliers sortit de Brest le 3 juin 1779 , avec trentededx vaisseaux de ligne. Il joignit l’amiral espagnol Louis de Cordova, le a 5 du même mois, et leurs flottes formèrentun ensemble de soixante-six vaisseauxdc ligne, qu’accompagnait un nombre considérable de frégates. L’amiral anglais Charles Hardi n’avait que trente-huit vaisseaux. A Saint-Malo et au Havre, trois cents bâtiments de transport attendaient l’armée de débarquement. En voyant ces armements prodigieux, on pouvait croire que Vergennes disait vrai quand il proclamait que l’Angleterre était perdue. Mais ces forces colossales
(1) M. de Broglie commandait un camp très-considérable à Vaussieux, en Normandie. Ce fut M. de Vaux qui succéda à M. de Broglic. Rochambeau , qui quelque temps après passa en Amérique sur l’escadre du chevalier de Ternay, commandait l’avant-garde de ce camp. Voir ses Mémoires , t. I, p. 233.