CHAPITRE III
née à la guerre; Necker lui-même aurait souhaité qu’on y mît fin. 11 l’avait toujours condamnée , et ce qui s’était fait n’était point de nature à le faire chanceler dans son opinion. Quand il appela M. de Castriesà la marine, et qu’il remplaça le prince de Montbarrey par le maréchal de Ségur, ces deux hommes dévoués à ses vues étaient moins des patrons pour la guerre d’Amérique que des appuis pour son crédit. Quant à Maurepas, tout ce qui était plus liaut qu’une intrigue et plus sérieux qu’une plaisanterie ne troublait pas sa sceptique et vieille indifférence. Avec de pareils hommes aux affaires et de telles dispositions dans leurs esprits, on pouvait donc craindre que l’envoi de Roeliamheau en Amérique ne fut la clôture de ces bonnes mais coûteuses relations, si Roeliamheau ne jouait pas heureusement ce coup de partie que tous les autres avaient manqué.
Mais, comme les autres, Roeliamheau n’avait point ce rare instinct qui fait les grands hommes de guerre. 11 était bon tacticien , habile aux manœuvres, car dans les hommes de ce temps, les qualités de seconde main et d’acquit se montraient avec honneur; l’éducation était avancée. D’Orvilliers lui-même ne passait-il pas pour un bon amiral, parce qu’il savait manœuvrer? Ce qui manqua à tous, même à d’Estaing, dont la'Vapidité ressemblait presque à du génie militaire, c’était aussi ce qui manquait à Roeliamheau : la divination du général. Il l’aurait eue, qu’elle ne lui aurait pas été d’un grand
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usage dans cette guerre où tout dépendait de la campagne de mer. Or, le comte de Guiçhen lui-même l’avait compromise, malgré ses victoires récentes dans les Antilles; il était revenu en France au moment où scs succès lui faisaient une loi de tcnirla mer et d’y dominer. Ce défaut de suite dans les plans des amiraux devait avoir une action fâcheuse sur les opérations de Rocliambeau. 11 s’était concentré.! Rhode-Island, avec une précaution savante, qui empêcha le général Clinton d’attaquer. Dans cette position, Rochambeau attendit le secours des vaisseaux que le chevalier de Ternay avait réclamés de M. de Guichcn (i); mais ce secours n’arriva pas. Guichcn était reparti pour la France; ainsi, rien de grand, rien de concluant ne se faisait. C’était ce même système de tâtonnements, de précautions, que des instructions sans lumière et un état-major jaloux avaient imposé à d’Estaing ; puis on vit recommencer entre les insurgents et les alliés ces dissidences que Washington ne put apaiser qu’en interposant dans ces querelles l’impartialité sereine de sa vertu ( 2 ).
Ce grand homme était alors l’unique espérance de tous ceux qui suivaient avec inquiétude les phases d’une guerre entreprise pour l’honneur d’un peuple et l’indépendance d’<m autre. A lui seul, il remplissait cette
(1) D’après le pouvoir qu'il en avait. Mémoires de Rochambeau , t. I, p 249.
(2) Ul. t. I, p. 24(5.