‹ Louis XVI et sa courChapitre 76 sur 172 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Hood et Grave, mouillés tous deux à Sandy-Ilook . Par cette victoire , il s’était rendu maître de toute la baie de Chesapeakc, d’où il protégeait les opérations de terre, et le congrès lui avait offert, avec des remercîments officieux, deux pièces de canon portant ses armes, ainsi qu’au général Rochambeau. Depuis son absence des Antilles , Bouille avait repris Saiut-Euslaclie , Saint-Martin , Saba , et le comte de Kcrsaint , de son côté , venait de reconquérir les colonies hollandaises de Démérari , d’Essequebo et de Surinam.

Excité par de tels exemples, le comte de Grasse se présenta, au commencement de 1782, devant Saint- Christophe (1); il avait trente-deux vaisseaux de ligne. Ses troupes , jointes à celles de Rouillé, formaient un ensemble de six mille hommes. On mit le siège devant la forteresse, sûr qu’on semblait être de la supériorité du comte de Grasse sur l’amiral Ilood. Malgré l’inégalité de ses forces, Hood pourtant attaqua l’amiral français, lui fit rompre sa ligne , en simulant une fuite, et, par une manœuvre d’une agilité prodigieuse, le tourna, et revint derrière lui se poster audacieusement au mouillage qu’il avait quitté. Rouillé n’eu prit pas moins la forteresse et l’ile; mais de Grasse tomba dans le mépris de son escadre. 11 11’avait pas été battu, il avait été dupe : c’était bien pis aux yeux d’officiers français.

(I) Voir Mém. de Rochambeau, t. I, p. 2!)«.

184 LOIIS XVI F. T SA CO L* il.

Ainsi commençait cette campagne de 1782, qui n« devait pas valoir la précédente , et dont les résultats ne devaient frapper que la France. En effet, depuis la capitulation de Corn wallis et les succès, dans le Sud , du général Green , l’Amérique semblait hors de cause; on s’y battait toujours, il est vrai, mais l’ennemi se repliait ; il avait évacué Savannah , l’un des trois points qui lui restaient encore ( 1 ). I>es Anglais avaient essayé de négocier par l'intermédiaire du général Carlcton, mais le congrès avait noblement repoussé toute négociation de nature à détacher les Américains de l’alliance française. La haine de Chatam pour la France avait pénétré dans l’âme froide de lord North. C’était nous et non plus les Américains que les Anglais voyaient sur leur première ligne d’attaque. Os flottes «pie nous savions déployer en face de leurs flottes et de leurs rivages, ce niveau que nous avions gardé dans le succès : voilà ce qui était un mal plus grand pour l'Angleterre que la perte d’une colonie. Elle pouvait reconnaître l’indépendance des insurgeais d’Amérique, mais non la supériorité ou même l’égalité maritime des insurgents de France contre les traités de 17G3. Ainsi la guerre s’était déplâtré; ce n’est plus en Amérique, c’est partout qu’on doit se mesurer maintenant. Jusque-là Versailles a combattu pour l’alliance et pour un principe de justice , hardiment posé par un

(!' Les deux autres étaient New- York et Charles -Town.

ClIAt'ITBE 111.

peuple.. A présent il s’agit de l’honneur et des intérêts français. Le cabinet l’avait compris quand il dirigeait, dans ses instructions , le comte de Grasse vers les Antilles? Du reste, il importait plus que jamais de présenter une mine hère à l’ennemi, car nous allions être exposés à partager inoinsle poids des défaites. La France avait toujours, il est vrai, les Espagnols et les Hollandais pour amis ; les Espagnols, qui s’étaient emparés de la Floride occidentale, sous le commandement de Solano; les Hollandais, qui, en 1781, avaient soutenu contre Ilyde-Parker un combat digne de Ruy ter et des plus beaux jours de la République; mais ils n’étaient entraînés, soutenus que par nous. On l’avait bien vu déjà ; on le vit encore au siège de Minorque et du fort Saint-Philippe. C’était un Français qui commandait quoiqu’il y eût là dix mille Espagnols et seulement quatre mille Français. Sans les faits d’armes de ce Grillon digne de son ancêtre, et dont l’exemple unit si bien les Français et les Espagnols (1), on peut douter que le fort Saint-Philippe, si héroïquement défendu par les Anglais, eut été pris. L’opinion fît surtout honneur de ce triomphe à la France, car nous étions l’âme de cette guerre , et c’était réellement entrenous et l’Angleterre que la lutte était engagée , en de-

(I) Crillon monta à l’assaut et y planta lui-même le premier drapeau. On lui reprocha d’avoir été trop grenadier dans cette brillante affaire ; il répondit : J’ai voulu rendre mes Espagnols tout Français , afin qu'on ne s’aperçût pas qu’il y a ici deux nations.

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hors de tout intérêt d’alliance : combat de plusieurs,

mais qui, au fond, était un due).

Malheureusement, la faute qui s’était faite alors que nous avions un centre de guerre donné par les circonstances , Un point solide sur lequel nous pouvions porter nos efforts, cette faute se fit bien davantageau moment où ce centre d’operations nous manqua : c’est l’éternel reproche à repéter. On s’en tint à ce système d’expéditions sans concert , sans unité , à ce hasard de rencontres, à ce vagabondage armé sur les mers ; on cherchait mesquinement à blesser l'Angleterre aux extrémités, à lui enlever de temps à autre une possession , une lieue de côte, un fort, une colonie isolée, ou à heurter des vaisseaux contre les siens, au lieu de l’attaquer fortement au cœur , dans une des sources de sa vie , dans l’Inde, par exemple, où Suffren était digne de porter un grand coup. Cette idée si nette ne vint pas au cabinet de Versailles. Après la prise de Saint-Christophe, il prescrivit au comte de Grasse de se diriger versl’escadrc espagnole, qui était à Saint-Domingue, et qui amenait 16,000 soldats pour l’attaque de la Jamaïque. A Sainte- Lucie, de Grasse rencontra Rodney, qui voulut empêcher sa jonction, lui barra le passage et engagea le combat (9 avril 1782). De Grasse reçut ce choc terrible coin me un homme qui avait à racheter sa faute devant Saint- Christophe, et dont la considération devait être refaite avec son épée d’amiral. Plusieurs de scs vaisseaux firent

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