‹ Louis XVI et sa courChapitre 77 sur 172 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

une belle défense , et il eut l'honneur de cette rencontre: Rodney, fort maltraité, le laissa continuer sa route. De Grasse touchait au but qu’il poursuivait , il allait donner la main aux Espagnols quand une manœuvre imprudente de sa part pour rallier un vaisseau perdu , le jeta sur la flotte ennemie, et le foi’ea d’accepter une bataille qui est restée une des gloires de la marine d’Angleterre, et pour la nôtre un de ses plus funèbres souvenirs.

De Grasse avait trente-trois vaisseaux de ligne et Rodney trente-cinq; mais de Grasse en avait bien trop encore, car il s’embarrassa dans ce nombre ; cette masse énorme, cessoixante-huit forteresses se heurtant , se mêlant, s’attaquant avec fureur, donnèrent le vertige à ce capitaine de vaisseau, inhabile aux grandes évolutions. Pendant que Rodney montrait le génie d’un chef et dominait jusqu’au vent, qui d’abox-d contraria scs manœuvres, de Gi’assc n’avait prise et axxtorité que sur son bord ; il se mit dans le feu et dans le sang; il s’attaclia au flanc du vaisseaxx de Rodney. Il fut assailli, enveloppé de partout ; il fit nxerveillc par ses bordées; il fit feu quatrevingts fois deses cent dix canons. Mais l’éclat de sa bravoure n’effacera point la honte de sa défaite. De Grasse avait d’abord le vent pour lui ; il disposait de forces égales à celles de l’amiral anglais , de troupes dont une bataille, une furie île dix heures ne ralentit pas l’ardeur héroïque; et cependant il se rendit. 11 était tard , il est vrai; la bataille avait duré toute la journée ; le soleil

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descendait dans la mer avec les débris des deux flottes fracassées, sanglantes. Quoiqn’aux approches de la nuit, on «ébattait eommeau matin; après des prodiges de défense, le Glorieux, /'Ardent, le César, avaient été pris ; le Diadème avait été coulé. D’une seule décharge , soixante hommes venaient de tomber sur le vaisseau amiral; d’une autre, cpii fut la dernière, tout ce qui était debout tomba mort ou blessé. Trois hommes seuls échappèrent à cette rafle de boulets et de mitraille. Le comte fie Grasse était du nombre, et ce fut alors qu’il se rendit : il avait le cruel bonheur de ne pas meme être blessé.

[.e César prit feu dans la nuit; le désespoir des matelots français était si morne, qu’ils se laissèrent brûler dans ce batiment. Le lendemain, Rodney, fatigué, s’empara de deux vaisseaux et de deux frégates qui n’avaient point assisté au combat. Bougainville et Yaudreuil se partagèrent les tristes restes de l’escadre, et gagnèrent les ports les plus voisins. On regrettait la perte de six camtaines de vaisseau, et parmi eux, de celui qui avait ouvert si heureusement cette guerre , la Clocheterie. 1m Cille de Paris, quoique réparée, coula après avoir conduit le comte de tirasse en Angleterre. Il y fut reçu avec une générosité dont le faste outrageait la France. Personne ne se méprit à ces magnanimités hypocrites , et l’opinion en France les fit payer cher au comte de Grasse. Quant à son vainqueur Rodney, il fut élevé à

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