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LOUIS XVI RT SA COUll.
nul était intéressé à celle conquête, réclamèrent une plus active intervention de la France. Le comte d'Artois, le due de Bourbon , vinrent se montrer au camp, et y installèrent le lirxe et tous les plaisirs de Versailles. Ija ville bombardée était détruite, mais les fortifications avaient échappé au vol meurtrier des boulets. Les plus habiles officiers de génie se fatiguaient sur ce problème posé là, devant eux, comme un impénétrable mystère de résistance. Un d’entre eux, le plus audacieux et le plus inventif, le chevalier d’Arçon , construisit , à l’aide d’un mécanisme savant, des batteries flottantes. Elles devaient battre la place d’assez près pour faciliter l’assaut. Ces batteries , lancées le 1 3 septembre, furent une occasion d’héroïsme pour l’inventeur, qui les monta avec le valeureux prince de Nassau ; mais elles s’embrasèrent sous la pluie de bombes et de boulets rouges de la forteresse, et le succès qu’on en attendait fut démontré impossible : ce fut une journée de massacre et d’incendie. Les Espagnols et les Français rivalisèrent d’intrépidité, sous les ordres du duc de Grillon, moins heureux cette fois qu’à Saint-Philippe. De ce moment, les fastueuses espérances qu’on avait conçues se dissipèrent. Pour venger l’honneur des armes, il ne resta plus que la perspective d’un combat naval. Tjamotte-Picquct arriva, toutes voiles au vent et mèchesallumées, sur l’escadre anglaise de Tlowe, qui soutint le choc et se retira fièrement. 11 avait fait son devoir, car il avait ravitaillé la place, comme Roduey
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et Derby l’avaient accompli déjà, sans qu’on eût pu y mettre obstacle. C’était moins beau que la victoire de Rodney, moins cruellement désastreux pour nous que la défaite du comte de. Grasse, mais cet écltec y ajoutait une amertume nouvelle 4
Un homme seul nous vengeait aux Indes, et arrachait, de sa puissante main, la marine de France au mépris de l'Angleterre. Cette homme, que la Grande-Bretagne nous envia, était le bailli de Suffren. Nous l’avons dit déjà, si le cabinet de Versailles avait eu l’intelligence des hommes et des choses, il aurait concentré ses forces dans les Indes et utilisé le mariu de génie qui s’y dépensa en conquêtes éparses et stériles ! Au lieu d’atteindre par cette voie à un résultat d’une portée incalculable, le gouvernement de Louis XYI se trompa autant sur le théâtre de la guerre que sur les acteurs, Au lieu de l’Inde, il prit les Antilles pour champ de bataille ; au lieu de Suffren , il choisissait de Grasse pour conduire ses plus belles flottes : il n’avait point deviné Suffren. D'Estaiug seul , sous qui Suffren avaitservi, lors de l’expédition d’Amérique, avait pénétré le grand homme de mer dans le capitaine de frégate, et il le signala aux gens de Versailles ; mais d’Estaing avait été disgracié. A cette époque, Suffren avait déjà beaucoup servi; il appartenait à l’Ordre de Malte, mais il ne s’était pas seulement conformé aux prescriptions de sou Ordre en se battant contre les Barbaresques, il avait quitté son rocher et son monastère de
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soldats pour aller montrer son ruban noir au feu des Anglais; fait prisonnier deux fois, il avait profité rte celte éducation amère et vigoureuse de la captivité qui enfonce la haine dans les cœurs profonds. A près 1763, cette année funeste, il protégea le commerce dans la Méditerranée. A toutes les actions où il s’était trouvé , il avait déployé une audace froide qui pourtant , privilège heureux! ne l’empêchait pas d’être, de lapins entraînante activité. Dans la guerre des Indes, où tout hii manqua et où il créa tout , son impulsion fut irrésistible. Il était né pour commander aux choses comme aux hommes. Mais parce qu’il savait vaincre les difficultés, était-ce une raison pour le placer sur un théâtre trop étroit pour lui, avec trop peu de forces, avec un mandat de guerre trop restreint, avec des instructions qui bridaient son action et limitaient son genie? On le forçait à être plus grand, mais on le rendait moins utile.
Du reste, cette guerre des Indes releva l’honneur du pavillon, plus qu’elle n’accrut la puissance réelle de la France dans ces colonies. Ce fut une guerre d’héroïques prouesses et d’un talent prodigieux , mais elle conserva plus qu’elle ne conquit. En 1784, quand le bailli revint en France, les états de Provence lui frappèrent une médaille avec une inscription qui rappelait les succès tle ses armes (1) : « Le Cap protégé, Trinquemalc pris, Gon-
(1) Voir Biographie mictrselle, article Suffben, t. XL1V, p. 175.