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" Trianon, que l’on accusa it la reine d’avoir surnommé le petit Vienne, devint le but de tous les soupçons , de toutes les attaques. Des esprits prévenus, enflammés, en vinrent à ce point de parler de Trianon comme d’un nouveau Parc-aux-Cerfs dont nne femme était le LouisXV(i ). Maisc’est à tort que l’on 1 a accusé les pas-
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(I)' Les libelles en vers et en prose publias contre Marie-Antoinette depuis son avènement jusqu’à sa mort forment une collection bibliographique. (Voyez,' à la Bibliothèque du sénat le portefeuille intitulé : Marie- Antoinette , dans la collection de Pixérécourt. ) Ces libelles ne peuvent se citer ; ce sont des titres comme C Autrichienne en goguette, Les Amours de Chariot et de J'omette, etc. Je trouve dans des Mémoires laissés par mon père, qu’aux approches de la Révolution, dans la basse Normandie , ces libelles et ces chansons contre Marie-Antoinette étaient répandus partout, dans les campagnes même , il s’eu trouvait jusque dans les collèges, au* mains des étudiants.
M. Hippolvtc Castille dit , dans une de ses publications récentes , » qu'un de ses amis les plus respectables s’est trouvé à portée de voir en Suède, au château du comte de Fersen, un portefeuille qui lui avait été donné par Marie- Antoinette du temps de leurs amours. TJans ce portefeuille il y avait on compartiment à secret contenant des choses inexpressibles. » n i
Sans contester le fait rapporté , je puis certifier ici que le neveu de AI. de Fcrsen , le comte de Loweihielm , qui a été longtemps ministre de Suède à Paris , m’a assuré plusieurs fois qu’il n’existait dans sa famille aucune preuve de ces prétendues liaisons de son oncle avec Marie- Antoinette, et que jamais le comte de Fersen n'avait laissé échapper un mot qui fdt dénaturé à accréditer ce bruit.
I,a curiosité des érudits a fait dans ees derniers temps des découvertes quelque peu compromettantes pour la vertu de certaines reines. Mais Marie- Antoinette, cette femme de premier mouvement, si peu habituée au* précautions , n’a laissé aux mains de scs ennemis,
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sions populaires d'avoir pris de longue main Marion Antoinette pour victime. Des coteries de cour, des laines, de famille donnèrent le signal , et par un travail conduit sans relâche, égarèrent à ce point l’imagination du public (i), Des partis peuvent se renvoyer l’injure et la honte, mais un peuple garde, quelque souci , de sou ,ho»r neur, Et sufCsait-d donc d’être reine ou princesse pour, être diffamée en France, même sous Louis XV ? Marier Leez'mska, la Dauphine, mère de Louis XVI, madame Élisabeth , sa sœur, mesdames tantes, quoique impopulaires par leurs opinions, la jeune duchesse d’Orléans , restèrent, comme femmes, noblement respectées dans le naufrage de tant de réputations,, Mais Marie-Antai nette, jetée dans une famille rivale de la sienne , cruellement
observée, dénoncée prématut’émeht, donna? cdntréelle de si dangereuses armes, que l’on finit par en croire sur parole ses plus méprisables détracteurs. Quel dangereux
parti ne tira-t-on pas, contre la reine, de ces concerts de nuit de la terrasse, pendant plusieurs étés! Le plus réservé des témoins (2) rapporte que ces plaisirs se prenaient
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qui certes u auraient pas manque d en faire une arme contre elle , aucune lettre de la nature de celles qu’on dit avoir été vues à Stockholm. J’affirme en outre que parmi un grand nombre de lettres manuscrites de la reiue que j’ai été à même de lire, je 11 'en ai jusqu’ici vu aucune qui fût compromettante pour son honneur.
(1) Chron. secrete de l’aris, pour l’année 1774 , par l'abbé Bqudeau; Revue rétrosp., t. 111, p. 283.
(2) Mém. de madame Campait.
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après le eôiiolierdii roi, et que la reine, dans l'abandon de ees soirées, fut abordée par des gardes, par dés inconnus qui venaient murmurer dans l’ombre d’audacieuses déclamations. Bien des fêtes s’égaraient, en effet , au passage de cette femme voilée 1 , qui ne faisait delà royauté qu’une auréolé pour ses attraits, et dont le cœur jouissait du trouble qn’elle répandait autour d’elle; on ne s’entrete^ liait que de la présence dé cette reine à demi cachée qui descendait Vêtue de blanc du palais, (les soirées de la terrasse eurent bientôt une célébrité funeste , sous un nom particulier, propre a enflammer les imaginations : on les appela les voclurnales' de Versailles (i).
Le comte de Maurepas (2) et M. de Vergennes luim / u • "n . • ■!' r •> 1 r .‘ii ii. I ':r- . •
(t) « Je ne prétends pas, dit madame Campait, faire ici l'apologie du genre d’amusement que la reine se permit tout cet été et l'été suivant ; lesconséqucnccs en ont été si funestes que la faute sans doute a été grave... d’odieüx couplets se répandirent dans Paris; la reine y était traitée de la manière la plus outrageante. Sa grossesse avait rangé parmi ses ennemis les personnes attachées au prince ( le comte d\t rtois ) , qui, seul pendant plusieurs années , avait paru devoir donner des héritiers à la couronne. On osait se permettre les discours les plus inconsidérés, et ces propos se tenaient dans les sociétés où l’on aurait dû sentir le danger de manquer, d’une manière aussi criminelle , à la vérité et au respect que l'on doit à ses souverains. Quelques jours avant l’accouchement de la reine, 011 jeta dans l’OKil-dc-ltauif un volume entier de chansons manuscrites sur elle... Ce manuscrit fut à l'instant remis au roi, qui en fut très-offensé... On savait publiquement que ces couplets étaient de M. Champcenetz de Richebourg, qui 11e fut pas même inquiété. »
( Mém. de madame Campan, p. 157 . )
( 2 ) « M. de Maurepas eut la cruelle politique de répondre au roi
ii K* ii h; sont formai lemènt accusés d’avoir favorisé ces imprudents plaisirs de Marie- Antoinette , pour donner le change à ses fantaisies de gouverner. Mais, s’il est vrai H) ne Maurepas ait aidé à la rendre frivole (i), d’autres avaient intérêt à la rendre ambitieuse. Il n’y avait pour cela cpi’à toucher son amour-propre de reine, et ses son-
timents toujours vifs pour ceux qui vivaient dans sa faveur: elle épousait aussitôt tous les intérêts qui se recommandaient d’elle : à toute heure elle demandait , elle exigeait, et quelquefois avec un extrême emportement. Cette influence ne connut plus d’obstacles après Maurepas et la naissance du Dauphin.
Un ministre, le prince de Montbarrey , peu sympathique à la reine, il est vrai, raconte en grand détail une scène que lui fit Marie-Antoinette , qui avait demandé le grade de colonel pour un de ses protégés ; ces reproches, vu leur vivacité, dit-il, auraient pu passer pour
qu’il fallait laisser faire la reine ; que ses amis avaient beaucoup d’ambition et désiraient la voir se mêler des affaires , et qu’il n’y avait pas de mal de lui laisser prendre un caractère de légèreté... Il est donc présumable , lorsque le premier ministre avait osé trouver en présence du roi quelque avantage à laisser la reine se déconsidérer, que lui et M. de Vergenncs se servaient de tous les moyens qui sont au pouvoir des ministres puissants , et profitaient des plas légères fautes de cette malheureuse princesse pour la perdre dans l'opinion publiquo. » (Mémoires de madame Campait , t. I, p. 202. )
(1) » 11 n’a jamais existé de princesse qui eût nn éloignement plus marqué pour toute lecture sérieuse. » ( Mém. de madame Campait, t. 1, p. 75.)
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dos injures. Cette scène terrible dura plus d’une demiheure, et ne nous laissa pas la faculté d’entendre un orage très- fort qui éclatait sur notre tête, et qui dura avec une grande violence pondant que je subissais cette cruelle épreuve (i). »> :■ :; >■■ ,
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(1) Voici les détails de cet iucideot, erapruntés aux Mémoires du prince de Mcratbarrey :
« Un jour de travail , au mois d’avril 1777', il était question d'une place de colonel en second, pour laquelle il y avait un grand nombre de concurrents... Le roi balançait entre trois... J’ignorais qu’il s’en trouvait un honoré de la protection spéciale de la reine... Le lendemain dimanche, je reçus, pendant mon dîner, l’ordre de me rendre chez la reine , après vêpres. J’arrivai p j’ heure fixée, et elle m’ayant fait appeler dans sa chambre à coucher, au premier coup d’oeil qae je portai sur elle, j’aperçus une vive altération dans tous ses trqits , et un air qui me fit juger qu’elle était agitée par une passion violente et dont j’étais bien éloigné de me croire l’objet... Elle me conduisit à la première croisée de sa chambre, la plus près de la porte d’entrée de son appartement , et là , elle commença , avec le ton le plus animé , à me faire des reproches amers sur l’opposition que j’avais apportée à la grâce qu’elle avait désirée pour un protégé. Ces reproches , vu la vivacité , auraient pu passer pour des injures, et Sa Majesté, s'échauffant de plus en plus, me fit éprouver le sentiment le plus embarrassant pour un sujet certain d’avoir déplu à sa souveraine. J'eus beau protester avec vérité que j’avais iguoré l’intérêt dont elle honorait son protégé... rien ne put calmer sa colère , qui continua à s’exhaler...
« Cette scène terrible dura plus d’une demi-heure, et, nous tenant tous deux dans un état d’effervescence , ne nous laissa par la faculté d’entendre un orage très-fort qui éclatait sur notre tète , et qui dura avec une grande violence [vendant que je subissais cette cruelle épreuve. La reine y mit un terme en se retirant avec vivacité dans scs cabinets intérieurs. L’excès de son agitation était tel , qu’en refermant sur elle la balustrade qui entourait son lit, elle y mit tant
LOUIS XVI ET SA COUli.
Ce que le prince de Montbairey rapporte, après cette scène d’un si étrange caractère, fait naître encore la surprise et la curiosité. La reine, au bout de quelques semaines, voulut se réconcilier avec le ministre : elle avait besoin de lui! De quoi s’agissait-il? De retarder de huit jours le départ d’un colonel pour son régiment! La reine en faisait une si grosse affaire, qu’elle dit au ministre « qu’il fallait tout tenter pour la satisfaire, et qu’il pouvait tout promettre de sa part en cas de succès'. » On la vit se plier à toutes les démarches pourobtenir cet ajournement. » Dans mon for intérieur, dit Mo ntbarrey, j’étais très-convaincu que Sa Majesté se désisteraitde sa demande , plutôt que de céder ; mais je me trompais : la reine souscrivit à tout... (i). Cette aventure, qui pourra |>araître minutieuse, ajout e-t-il, est l'époque d’où je peux partir pour inou véritable crédit a la cour, et tous les événements heureux qui me sont arrives, en ont été les
de force que la porte fut près de sauter sur ses gonds. Au moment où j’allais me retirer, je dis à Sa Majesté , avec tonte l’énergie d’une vive émotion, que j’allais rendre compte au roi de ce qui venait de se passer, et que lui seul pouvait et devait méjuger. — Vous le pouvez, monsieur, me dit la reine j et ma réplique fut : ■ — Je le sais bien , et j’y cours. Je ne perdis pas un instant.... Le roi m’écouta avec la plus sérieuse attention ; et pendant mon récit , je crus remarquer qu’il compatissait à tout ce que j'avais dd souffrir, connaissant par lui-méme toute la vivacité de la reine. Puis, me relevant avec bonté : — Personne ne sait mieux que moi, me dit-il , comment la chose s'est passée. » [Mèm. du prince de Montbarrey, t. II, p. 193 et 216. )
(I) Mém. du prince de Alontbarrey, t. Il, p. 196
Cli Al’ITHli IV.
suites (i), » Voilà à quels ressorts tenait le crédit d'un ministre (a) ! Mootbarrey ne s’explique point, du reste, sur le secret de cette intrigue; mais il esta croire que la reine intervenait pour d’autres , avec l’ardeur qu’elle mettait à servir les intérêts de tout genre de ses dangereux amis. • J. ,> • *i: j |
Ix>s autres ministres étaient entraînes de même par eeLte volonté impétueuse, et les plus réservés en faisaient confidence. I^e marquis de Bouille se trouvant à Berlin, y reçut commission de sonder, à son retour, la cour de France sur scs dispositions à l’égard de la Prusse et de la grande alliance dont Frédéric avait le projet. Il s’en ouvrit à M. de Vergennes : « Je représentai au ministre , dit Boitillé, les avantages qui résulteraient j>our la France d’entrer dans la grande confédération que le roi de Prusse allait former... Il en fui frappé et me dit avec un air pénétré : Croyez >, monsieur, que je ne suis point le maître (3). » Vergennes cependant avait du
(0 idem, t. Il, p. 193-213.
(2) L’auteur s’est appuyé de préférence, pour tout ce qui concerne la reine, sur les témoignages les moins hasardés : madame Campai), Montjoie, l’abbé Bandeau, etc. Soulavic, le duc de Lauzun , le comte de Tilly , ont été complètement écartés; la fatuité de Ijiuzun fait naître la plus juste défiance, et les accusations de Soulavic se ressentent des maisons de Richelieu et d’Aiguillon , dont il était le commensal. Quant au comte de Tilly, qui, sous un air de bienveillance impartiale, incrimine encore la reine, scs affirmations manquent de preuves, et son caractère aurait besoin de caution.
(3) Mêm. du marquis de Houille, iu-8'*, p. 33.
LOUIS JtVI ET SA COUR.
pouvoir sur Louis XVI; il l’avait doucement mis en garde contre sa femme et l’esprit autrichien. Mais la , comme sur le reste, le vouloir de la reine fut le plus fort, Louis XVI se sentait annihilé de vaut elle; avec l’instinct qu’il avait du danger d’être faible il n’alléguait pour excuse que sa faiblesse : « Son esprit, disait-il un jour à Maurepas , en s’accusant d’avoir faibli devant la reine , son esprit a un tel ascendant sur le mien, que je n’ai pu m’en défendre (i) ; . »
El quel rôle, en effet, pouvait jouer Louis XVI près de cette fière et brillante femme? 11 était sans force et sans prestige, n’ayant ni l’esprit ni les formes de cour, taciturne et pesant dans le commerce intime, avec de brusques accès d'humeur ( 2 ); aussi embarrassé de sa femme que de sa couronne, il n’avait avec la reine aucune conformité de nature ni d’éducation. Tandis qu'elle vivait au sein de sa société élégante, le roi partageait son temps entre la chasse et les travaux manuels, ou supputait patiemment le petit détail de scs dépenses particulières (3); s’il avait une aptitude marquée, c’était
(1) Mém. du prince Mnn/barrey, t. III, p. 2GI.
(2) Madame Campan et les plus bienveillants parmi les contemporains parlent de la rudesse, des brusqueries et de ce qu'on appelait à la cour les coups de boutoir du roi. « Sa démarche était lourde et sans noblesse, sa personne plus que négligée; ses cheveux, quelque fût le talent de son coiffeur, étaient promptement en désordre par le peu de soin qu’il mettaità sa tenue. {Mém. de madame Campan , p. 1 13.)
(3) Journal de Ijnùs XCl; Revue rêtrosp t. V, passlm.