CHAPITRE VI
Travail des esprits après la paix de 1783. — La franc-maçonnerie et les sociétés secrètes — Sciences occultes. — Tendance de la littérature. — Découvertes. — Voyages. — Instruction écrite par Louis XVI destinée à de Lapeyrouse. — Beaux-arts. — Mœurs publiques et privées. — Administration et finances. — Calomnies et bruit de cour. — Triste affaire du collier de la reine.
Les temps de paix et de repos qui succèdent aux émotions de la guerre ont leurs périls pour les gouvernements et les nations, car les esprits longtemps surexcités par la gloire, tout à coup condamnés aux quiétudes d’une vie paisible, se jettent dans d’autres aventures aussi dangereuses pour le repos des peuples. X l’approche d’ailleurs des grandes crises, il se fait toujours dans la société un travail de curiosité inquiète; l’esprit n’est pas plus à l’aise que le corps; l’atmosphère se remplit d’un fluide pesant qui fatigue les poumons. Alors tous s’agitent, recherchentou marchent vers l’inconnu : c’est le temps des sortilèges, des prédictions, des devins et des sorts; comme la partie, merveilleuse et créduie de notre nature ne se perd jamais, à la croyance dés
LOUIS XVI. — CHAPITRE VI. 2!l
choses saintes succèdent les superstitions de peuple. Cela se vit dans les dernières années de Louis XVI. A cette période, il s’était produit un mouvement scientifique très-avancé; toutes les connaissances humaines se montraient en progrès , et particulièrement les sciences physiques et mathématiques : l’électricité, les aérostats, la vapeur, l’astronomie, et enfin l’inoculation, premier pas vers la vaccine. Partout la science de la vie et de la mort était en marche ; la philosophie, comme un grand alchimiste, faisait passer dans un vaste alambic l’âme et le corps, la science de gouvernement, la religion , les croyances antiques; il ne restait plus rien debout; la chimie dissolvait ou recomposait les êtres , comme la critique émiettait les idées, les formes; la société redevenait poussière. Dans cette active disposition des esprits silencieusement préoccupés des choses extraordinaires, tout ce qui tenait aux mystères de la nature, aux rapports fantastiques des êtres, à la fantasmagorie des esprits, fut accueilli avec un sombre enthousiasme. Il y eut goût pour les associations secrètes : aux salons , si spirituels, si brillants de la cour, commençaient à succéder les clubs, et surtout la franc-maçonnerie, réunions d’hommes rapprochés par des signes, soumis à des épreuves, et gardant un impénétrable silence sur ce qui se passait entre eux. On vit bientôt les loges du Grand- Orient, les
Neuf-Sœurs , Y Avenir t s’établir, se propager à Paris comme des espèces de républiques occultes, sacerdoce séditieux qui comptait les frères Lalande , Franklin, Trogonoff. Il pouvait se tramer bien des projets dans la franc-maçonnerie sans qu’on put même le soupçonner; on était frère en loge , sans distinction de rang. Le prince de Galles était grand maître des loges d’Angleterre, le duc de Chartres de celles de France. Le premier, le plus ancien des docteurs en science occulte au xvm* siècle, avait été le fameux comte de Saint-Germain qui disait avoir vécu dans tous les temps et avec tous les hommes ; traversant les siècles avec une rapidité fantastique, il n’était pas rare de l’entendre parler de Charles- Quint comme d’un prince qu’il avait connu. A une époque sérieuse et réfléchie, un tel hâbleur eût passé pour fou, mais tel était alors le besoin de mystère et d’inconnu que des hommes graves ajoutaient foi à tout cela. Puis ce fut le médecin allemand Mesmer : aux esprits oisifs , à une génération nerveuse, parce qu’elle était sans émotions, riche et fatiguée , les choses fantastiques devaient nécessairement plaire; lorsque des harmonies mystérieuses font danser devant vous les idées et les formes, c’est une douce manière de s’agiter ; quand un siècle est malade, il espère toujours un Messie pour le guérir. Lu légèreté de la nation restait proverbiale
encore; dans cetle société de débauche, tout homme qui la remuait était le bienvenu. La science de Mesmer consistait à mettre ces ressorls en mouvement, nulle méthode médicale n’eut plus de vogue, et toutes les têtes d’imagination d’alors s’en éprirent avec une fureur sans exemple. Parmi les sectateurs les plus fervents furent trois hommes qui jouèrent depuis un rôle : le marquis de La Fayette , M. Bergasse et le parlementaire d’Espréménil. Ceux-ci, grands promoteurs de la doctrine de Mesmer, ne manquèrent jamais une seule de ses séances , au milieu des femmes les plus distinguées.
Le temps alors avait quelque chose d’étrange, de surnaturel. Qui pourrait jamais s’expliquer la fortune du comte de Cagliostro , aventurier fameux qui remplit la fin du xvm® siècle? Quel était-il? on l’ignorait, et lui-même prenait plaisir à se revêtir de ce mystère qui grandit les existences pour le vulgaire. Une note secrète des affaires étrangères le disait né à Païenne, de parents fort médiocres, et son nom alors était Balsamo. Le comte de Cagliostro, plus avancé que Mesmer dans la connaissance des sciences occultes et dans les mystères de l’inconnu, soutenait sa puissance d’intuition pour lire dans l’avenir, commander aux éléments et sonder les profondeurs infinies de la science. Quelques pages de Tacite pourraient seules reproduire ces autres superstitions
du xvm* siècle ; les esprits les plus sceptiques, les plus railleurs, se laissaient aller à ce culte des sorts et des devins ; le comte de Cagliostro révélait l’avenir avec une audace que la superstition seule autorisait. Dans ce mouvement étrange des esprits , on ne doit pas s’étonner encore du succès qu’obtinrent les doctrines de Jean- Gaspard Lavater, l’un des pasteurs de Zurich. L’existence de Lavater était simple et paisible, on accourait de tous les points afin desavoir sa force, son caractère , ses penchants. Calme, réfléchi, Lavater ne se laissa dominer par aucune passion, si ce n’est par le besoin de renommée. Poiir cela il fallait s’attacher aux grandes popularités, et les ravir dans leur amour-propre : quand un homme considérable venait le visiter, il arrangeait son horoscope comme une flatterie, en exaltant les lignes merveilleusement droites ou fortement accentuées; et les philosophes d’alors ne manquaient pas de publier la science immense de Lavater. Prenez tous ces systèmes étranges au milieu du règne de Louis XVI, vous les voyez professés et suivis par les hommes les plus influents de la cour; on passe des nuits comme sous Henri III à faire des conjurations, àchercher les sorts, à lire profondément dans l’abîme. On se fait les cartes et les tarots : les devineresses accourent secrètement chez mademoiselle Bertin, la modiste ; et là les plus grandes dames achètent au
poids de l’or une destinée favorable. Peut-être y eutil là quelques intrigues de l’étranger, expliquant seules cette profusion d’or, ces dépenses sans limites que faisaient Cagliostro et le comte de Saint-Germain : quand les gouvernements de l’Europe voulaient savoir 'le dernier mot des affaires de France, ils se servaient de tous les moyens, et des agent secrets surtout furent désignés à ce dessein. 11 est à croire que cette multitude d’intrigants, Cagliostro, Saint-Germain, Mesmer, avaient des missions secrètes de Berlin ou de Loudres, et que l’éclat de leur renommée n’était qu’un moyen pour remplir leur mandat avec une plus grande pénétration et une plus parfaite tranquillité.
Comme si tout devait marcher à l’extraordinaire, les avertissements he manquèrent pas à cette société. Un homme encore d’une nature étrange et fantastique vint jeter des paroles désolantes à ce siècle, ce fut Jacques Cazotte, Bourguignon d’origine. Les salons désiraient Cazotte pour sa causerie vive et le ton presque prophétique qui régnait dans ses discours. Un soir donc, chez la comtesse de Vaudreuil, après un bal , lorsque tous les feux de la danse , du jeu qt du plaisir propageaient l’ivresse, on vit Çazotte sombre et pensif; et comme on l’interrogea, il se fit longtemps prier, puis il dit à ces femmes jeunes et rieuses : «Oh! que de choses je vois, et d’ici à
peu de temps.— Eh quoi! répondit-on en ehœur, parlez, monsieur Cazotte! — Ce que je vois, répliqua-t-il, c’est qu’il y a devant mes yeux des destinées qui font frémir; vous, mesdames, vous serez toutes dépouillées de vos vêtements; duchesse de Monlmorency,
le coutelas touchera votre cou; Chevreuse, Chabot,
Rohan, vous monterez aussi dans une fatale charrette ; et cela n’est pas loin. « Et un long frémissement éclata. « Ce n’est pas tout, dit Cazotte. — Parlez donc , répliqua-t-on. Que deviendront le roi et la reine? s’écria tout inquiète madame de Polignac. — Yous voulez que je vous le dise ; ils monteront aussi sur l’échafaud ! » Et ces paroles firent tellement rêver,. que la fin du bal fut triste comme si une grande prophétie avait éclaté. Cazotte n’était point un charlatan, mais un homme sérieux qui avait compris la marche des faits, des opinions, et les fatalités de l’erreur qui pousse et dévore les peuples. Le triomphe des encyclopédistes n’étail-il pas complet, et derrière ce triomphe n’y avait-il pas une révolution ?
L’apothéose commence avec la mort, et la gloire s’élève du tombeau. 11 n’y avait plus de limites à la renommée de Voltaire, ses portraits furent
suspendus aux trumeaux; ses statuettes de bronze
ou de plâtre ornèrent toutes les cheminées, et comme un fétiche, cette figure vieillie, parcheminée, eut des
autels sacrés. Une renommée aussi éclatante vint à Jean-Jacques Rousseau ; désormais ses portraits, ses statuettes durent figurer à côté de celles de Voltaire. L’art en vain voulut ennoblir les traits des deux vieillards : Voltaire, avec sa perruque ridicule, ses gros traits, ses petits yeux perçants, sa lèvre seule distinguée; Rousseau, avec sa physionomie de vendeur d’orviétan, ces traits du caractère suisse dégénéré qu’on retrouve dans Marat. La grande dictature intellectuelle du xvm* siècle était passée un moment à d’Alembert ; mais la maladie , la peur, l’avaient saisi lui-même. L’homme en qui le sceptre fut remis, le marquis de Condorcet, n’avait ni l’esprit incisif, mobile de Voltaire, ni la puissance de Rousseau. En ce temps rien n’était plus facile que de s’élever; qu’on se dit athée et l’on était un grand homme. L’esprit de Condorcet qui aurait dû le séparer de tout gouvernement régulier, l’avait au contraire désigné à Catherine II et au vieux Frédéric comme leur correspondant habituel, et le successeur de Voltaire.
Les princes de l’Europe tendaient la main à tout ce qui préparait la fatale corruption des doctrines ; Diderot, qui venait de mourir, était pensionné de la czarine; le baron de Grimm, envoyé de Saxe-Gotha, un des épicuriens les plus publiquement déclarés, n’était-il pas également l’agent de Catherine II et le
chef du parti de l’étranger qui dominait la philosophie et la littérature? Est-ce qu’une telle dépravation n’explique pas seule cette marche irrésistible de la société vers la destruction et le désordre des idées? Il y eut alors certains coloristes du mal qui le présentaient sans cesse sous une face nouvelle, et leur joie était de voir une illusion enlevée à cette couronne d’or, que nous portons tous au front, si brillante dans l’enfance * si effleurée lorsque l’âge vient avec ses tristes réalités. Sous un roi moral et religieux, les académies se peuplaient d’écrivains immoraux ou impurs; médiocres ou non, ils y entraient comme en d’autres temps on est sûr de voir s’y presser les ennemis des pouvoirs et des idées d’unité. A cette époque, les œuvres complètes de Voltaire* sous la direction de Beaumarchais* furent achevées à Kehl. En même temps parut une édition nouvelle de V Encyclopédie, publiquement surveillée par Condorcet, sans changements notables, sans modifications susceptibles d’atténuer le mauvais esprit de cette spéculation de librairie si au-dessous de la scieuce et de la vérité.
Contre ce vaste et triste débordement de mauvais principes, y avait-il une force de résistance possible, et le clergé avait-il une situation assez haute pour remplir sa mission? Deux points spécialement attiraient l’attention des évêques : la licenee de la presse*
poussée jusqu’à i’extréluité par la publication des livres obcènes ou irréligieux; la situation du parti protestant qui prenait en France une attitude dangereuse. Hélas! le clergé avait profondément raison quand il dénonçait cette situation étrange d'une monarchie qui admettait le système républicain de Rousseau, de Mably et de l’abbé Raynal, et d’un empire catholique qui saluait les livres immondes de Diderot, du marquis d’Argens, du baron d’Holbach; mais quelle force peut résister à l’entraînement d’un siècle? Quant aux efforts des protestants pour acquérir l’état politique, un mémoire secret, rédigé par un des membres les plus savants du clergé , constatait « que ce n’était pas seulement dans l’intérêt de la pensée religieuse qu’on appelait la surveillance la plus attentive sur le parti calviniste, mais dans un but de repos pour l’Etat et de nationalité française que le parti avait menacé au xvi* siècle. >•
Les faits que révélaient les remontrances du clergé étaient précis ; néanmoins le roi demeurait dans une mesure extrême de langage; seulement Louis XVI promettait , pour les livres immoraux , une surveillance plus vive, plus contenue. « Je recevrai volontiers les mémoires et les plans qui me seront proposés par le clergé; je m’en ferai rendre compte; je les examinerai avec attention; je me porterai volontiers à donner des règlements qui assurent de plus en
LOUIS XVI. — CHAPITRE Vf.
plus l’exécution de mes volontés pour le bon ordre. » Et Louis XVI, après ces paroles, déjà si froides pour le clergé inquiet sur le sort de la religion , se montrait plus précautionneux dans ses expressions sur les protestants. C’est que le roi , avec la piété la plus incontestée, n’était pas resté étranger aux idées qui voulaient avant tout assurer la liberté des cultes aux protestants. Plusieurs fois déjà, en plein conseil, celte question s’étuit débattue, et Louis XVI ne cherchait qu’une circonstance favorable pour la résoudre dans un sens de liberté et de tolérance.
Avec un pouvoir si faible, le parti philosophique marchait donc invariablement au triomphe de ses doctrines ; ce n’est pas qu’il ne trouvât devant lui des adversaires spirituels, savants ou railleurs; Voltaire, si puissant qu’il fût, avait rencontré dans l’abbé Desfontaines, Fréron, Valmont de Boinare, des censeurs énergiques qui avaient réduit à leur valeur misérable les rapsodies historiques, les raisonnements puérils de science naturelle du philosophe de Ferney, si étrangement ignorant en géologie surtout : les écrits de Sabathier de Castres, de Juigné, de Grozier, de Royou, de Pompignan avaient une valeur de critique éminente; mais la force d’action sur un temps, résulte moins de la masse des lecteurs qui viennent à un livre, que de l’esprit actif des coteries qui se tiennent avec persévérance pour envaliir toutes les
portes de la renommée et toutes les forces de l’état social Telle était l’école encyclopédiste, qu’il n’y avait de bruit que pour elle et d’éclat que pour ses coryphées. Aux jeunes adeptes de la philosophie, les places, les pensions, les caresses de l’amour, les caprices de la fantaisie; aux jeunes hommes sérieusement occupés de l’idée religieuse, la misère, la faim et la mort. Les grands esprits étaient à ce temps, l’abbé Raynal , qui démolissait notre système de colonies ; l’abbé Mably , qui brisait la monarchie par l’histoire : quant à la religion, on la laissait aux sots, c’était le mot à la mode. Quelques belles découvertes marquaient la seconde moitié du xvm* siècle : l’électricité, en la dépouillant du charlatanisme de Franklin, portait avec elle-même une destinée; l’observation des phénomènes avait amené à reconnaître la puissance des conducteurs de la foudre, semblable à la baguette magique des anciens pour commander à la tempête. Les frères Montgolfier les premiers établirent la théorie des aérostats dont Pilàtre de Rozier s’enthousiasma, et que Blanchard et Charles appliquèrent avec hardiesse et supériorité. La découverte était belle, ingénieuse, et, comme toujours, Jes philosophes , ^ sectaires de la perfectibilité, annonçaient d’immenses changements dans la civilisation , à la suite d’une splendide découverte sans doute, mais qui,
semblable à toutes les choses humaines, devait avoir ses limites. •
A ce moment on étudiait dans son enfance l’action d’une puissance motrice , destinée à changer la face du monde , la vapeur , connue en France et en Espagne dès le xvi* siècle. Les Anglais , les premiers , l’avaient appliquée à l’industrie ; et , sur les dessins des machines de Birmingham et Manchester, Jacques-Constantin Périer , aidé de son frère, dessina et construisit la pompe célèbre de Chaillot. Il y avait alors à Besançon un jeune gentilhomme du nom de François-Dùrothée, marquis de Jouffroy, officier au régiment de Bourbon-infanterie , profondément instruit dans les lois de la mécanique, qui, pénétrant dans les mystères intimes de la vapeur , conçut la pensée d’appliquer cette puissance à la navigation ellemême, et de remplacer par des rouages les mille rames des anciens, qui naviguaient à tous vents ; ce fut sur le Doubs, au milieu de sa province (la Franche-Comté), que le jeune de Jouffroy fit son premier essai sur un bateau de quarante pieds de long sur six de large; son appareil consistait en des châssis formés de volets , plongeant dix-huit pouces dans l’eau, et le moteur une pompe à feu, dont le contre-poids ramenait en ayant les volets ; cet appareil , imparfait encore , produisit néanmoins l’effet désiré , c’est-à-dire la marche du bateau sans rames, ni voiles; on n’ap-
pela plus le marquis de Jouffroy , parmi les gentilshommes, que Jouffroy la Pompe; il persévéra néanmoins , et de nouveaux appareils furent ajoutés au mouvement des cylindres. Les journaux du temps rapportent les expériences qui furent faites sur la Saône , d’un bateau à vapeur, remontant de Lyon à Chàlon , et cette découverte qui devait nous revenir par l’Angleterre eut donc une origine toute française et se rattache à ce règne de Louis XVI. Tandis qu’un religieux de l’ordre de Clteaux , dom Ganthey , présentait à l’Académie des sciences le premier système télégraphique de jour et de nuit ou l’art de connaître les signaux par un alphabet particulier, le comte de Mily et le marquis de Condorcet firent un rapport à 1 ! Académie (15 juin 1782; ce qui fait tomber la priorité révolutionnaire du télégraphe, pour la rendre aux ordres monastiques). Les commissaires présentèrent ce système « comme une découverte ingénieuse et praticable. »
Ainsi se manifestait partout le goût des découvertes , des nouveautés , des choses inconnues aux générations anciennes ,. et cette tendance des esprits favorisa les voyages hardis qui marquèrent la fin du xvui* siècle. Anson, Bougainville avaient ouvert la carrière. Londres et Versailles retentissaient alors du nom du capitaine Cook ; Louis XVI, fort avancé dans l’étude de la langue anglaise , en avait lui-mème fait
une traduction élégante et fidèle. On ne pénétrait pas une seule fois dans les appartements particuliers de Versailles, sans voir le roi entouré d’astrolabes, des caries marines de Delille, si précieuses, si détaillées; dans cette étude , il y avait un orgueil national. Louis XVI espérait que la France pourrait se glorifier d’avoir produit un marin aussi ferme , aussi populaire que Cook. En parcourant la liste des officiers de mer qu’il connaissait si bien , Louis XVI avait désigné d’une croix au crayon le nom d’un capitaine parvenu au milieu de la vie avec des actions d’éclat: c’était Jean-François Galaup de Lapérouse ’, gentilhomme , garde-marine à quinze ans , blessé à dixneuf, lieutenant de vaisseau, ayant déjà fait trois fois le tour du monde lorsqu’il reçut le commandement de la frégate V Amazone. Ce fut donc sur ce capitaine de vaisseau que le roi fixa son attention lorsqu’il résolut une campagne de découvertes. Il demanda un travail au ministre de la marine, et ce travail, qui existe encore , est couvert des notes marginales du roi , témoignage de la rare capacité de ce prince. Enfin Louis XVI écrit de sa main un résumé destiné à préciser le but du voyage, et ses instructions ne sont pas les moins curieuses et les moins utiles. «Pour résumer, écrit le roi, ce qui est proposé