‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 100 sur 264 · LIVRE V. —JOURNÉE DU 10 AOUT · texte numérisé non relu

LIVRE V. —JOURNÉE DU 10 AOUT

reclus depuis quelque temps ! » Le Dauphin s'approcha de M. de Villeneuve en souriant , et lui dit tout bas : « Je sais que vous nous aimez ; » puis lui montrant son lièvre : « Il bat le tambour pour le Roi : mon lièvre est royaliste ; ne le dites pas, au moins ! on me le tuerait. »

L'époque de l'anniversaire de la fédération arrivait. Pétion y trouva l'occasion de faire lever les mesures prises contre lui ; les fédérés de Marseille et du Finistère ajoutèrent leur suffrage a l'ovation que lui décernait la populace. En revenant de la cérémonie du Champ de Mars, la dernière à laquelle elle dût paraître, la famille royale passait au milieu de ces cris : A bas le Roi! à bas Veto f vive Pétion ! ces vociférations , comme*un tonnerre assourdissant , étouffaient les rares vivat poussés en faveur du monarque. Louis-Charles, ne pouvant contenir son indignation généreuse et son dépit filial, s'écria tout à coup : « Ah çà, c'est donc M. Pétion qui est le roi aujourd'hui ! » Et comme ses parents le regardaient d'un œil affectueux et triste, l'enfant prit la main de son père, et dit en la baisant : « Non, mon père, c'est toujours vous qui êtes le Roi, car c'est vous qui êtes juste et clément ! »

Le jeune Prince était vêtu ce jour-la de l'uniforme de la garde nationale ; sa mère l'avait voulu ainsi , comme pour oflrir à cette garde un témoignage de ses sympathies. Cette attention fut remarquée d'un grand nombre, et en particulier de quelques partisans déclarés de Pétion, auquel ils la signalèrent. « H faut bien , dit le maire populaire , qu'il s'accoutume à porter nos couleurs. » Si déjà , avant cette épocpie , Pétion avait rêvé l'anéantissement du pouvoir royal , il est certain que dès ce jour il désira, dans un prétendu but d utilité publique, d'en rassembler les ruines, afin d'élever sur elles l'édifice de sa propre et ridicule grandeur. Les enivrements du triomphe avaient , dans cette mémorable journée , tellement exalté la fièvre de son ambition , qu'il se crut destiné à gouverner la France. Le vulgaire n'apprécie que ce

SOS LOUIS XYIl.

qui lui ressemble » et je ne sache guère d*idole du |>euple qui ait été véritablement un {rpand homme. La {mpularité d'ordinaire se refuse à la vertu et au génie marchant la tète droite et l'œil vers le ciel, mais elle se donne à la médiocrité qui se courbe pour la recueillir et s'abaisse pour la conserver. La ])opulace appela Pétion le roi Pétiou , tant c|u'il fut le complaisant de ses excès. Rien ne paraissait plus sim|)le à cet homme que de détr<^er Louis XVI, et, en conservant à son fils le titre de roi, d'établir un conseil de régence dont i| serait, lui, le chef souverain. Le séjour des fédérés marseil* lais et bretons avait achevé de pervertir l'esprit de la populace parisienne ; les clubs retentissaient de motions extravagantes et anarchiques. Pétion fermait les ^eux sur ces mouvements, ne faisant rien pour qu'ils fussent comprimés, et prêt à les régulariser s'ils étaient vainqueurs. Les factions s'accordaient bien toutes sur la nécessité de désorganiser l'État, de ruiner l'autorité légitime, d'envahir les hauts emplois et les grandes propriétés ; mais elles ne ))araissaient pas disposées à s'entendre sur la forme du gouvernement futur. Toutefois le régime monarchique était tellement décrié et démoli, qu'il devenait difficile de le reconstruire en faveur de M. Pétion.

Cependant beaucoup d'honnêtes gens qui s'étaient, par nu enthousiasme aveugle, avancés sur le terrain de la révolution, auraient eu la velléité de revenir par réflexion vers la monar* chic. Ils avaient combattu le Roi tout-puissant, ftiais ils ne voulaient pas le Roi malheureux : ils rehisaient de croire que^ du fond de son palais où il était gardé a vue , le Roi conspirât avec les ennemis de la patrie. Ils auraieiit désiré enrayer le char de la révolution , mais ils allaient apprendre que s'il est facile de déchaîner un peuple, il ne l'est pas de l'arrêter. Depuis la dissolution de l'Assemblée constituante, Barnave n'avait plus pour tribune que le club des Feuillants, conaposé des débris du paiti constitutionnel. BarnaTe n'avait pas quitté Paris et avait des entretiens secrets avec le Roi ; mais

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