JOURNÉE DU 10 AOUT
21 juin — 13 août 1792.
Mot Je la duchesse de Maillé. — Le Dauphin pendant la période du 20 juin au 10 août. — . Paroles du Prince au 14 juillet. — Ambition de Pétion. — Rapports du «hAleau avec Oaoton. — Guadet près du lit du Da^iphio. — Dernière visite du Dauphin à son jardin. — Intérieur des Tuileries à cetlc époque. — Adresse pour la déchéance. -> Praspectiw dm la joarnée annoncée. — Cuirasse d« taffetas à l'épreuve du ])oignard. — Préparatifs de la journée du 10 août. ~ Dernière nuit de la famille royale anx Tuileries. — Revue des troupes. — Mort de Mandat. — Le comte François de la Rochefoucauld. — Rœderer. — La famille royale se rend à TAssem» blée. — Parole du Roi. — Réponse de Vergniaud. — La loge au logographe. — Le Roi dé£end de tirer. — L'Assemblée stMpcnd le Roi de ses fonctions. — La famille royale passe la nuit aux Feuillants. — Elle assiste le lendemain ù la séance de TAssemblée. — Le Temple lui est assigné pour demeure. — Elle s'y rend le 13. — Madame de Tourzel obtient que sa fiUe Taccompagoe. — Manifesiation populaire. — Parole du Roi au Dau))hin. — Arrivée au Temple. — Le Dauphin endormi est porté dans la tour. — Illumination.
Dans la soirée du 20 juin , la duchesse de Maillé avait dit chez la marquise de Tourzel , au milieu d'uu cercle d'amis effrayés des ëvéuem^ots auxquels ils veuaieut d'assister : A Hélas ! la première de ces visites sera certainement la dernière ' ! » Cette exclamation de douleur était une prophétie.
On peut dire que, depuis le commencement de la révolu* tion, la royauté ressemblait à un grand arbre dont on prépare la chute par des ébranlements successifs ; après le coup frappé dans la journée du 20 juin, il ne restait plus qu'à l'arracher du sol.
L'intervalle entre la journée du 20 juin et celle du 10 août fut rempli par l'espèce d'attendrissement qui suit toujours les grandes catastrophes» et par les préparatifs de la crise fiiïale qui devait emporter la monarchie.
^ GazoUe, rémolgnage d'un royaliste.
SOO LOUIS XVII.
En effet, la maladie était plus forte que les remèdes. L*accès de la fièvre i*évolutionnaire revenait plus terrible après la prostration momentanée qui sépare toujours deux accès , et la monarchie allait en s'afFaiblissant jusqu'à ce qu'elle mourût. « La majesté royale s'avalle plus difficilement du sommet au milieu, qu'elle ne se précipite du milieu à fond '. »
Le jeune Dauphin , mêlé à ces terribles événements, s'initiait aux humiliations et aux douleurs par le spectacle des douleurs et des humiliations de sa famille. Il semblait que Dieu voulût mettre d'avance sous ses yeux la patience dans ce qu'elle a de plus chrétien, et lui en faire donner les exemples journaliers par ceux que les enfants sont plus particulièrement appelés à imiter, un père et une mère bien-aimés, afin de disposer cette jeune âme à sa douloureuse destinée.
Nous avons rapporté quelques anecdotes et quelques paroles qui prouvent que le cœur de cet enfant était ouvert ù ces enseignements. Plusieurs étaient déjà connues; il en est cependant d'autres que j'ai le bonheur de donner le premier. Parmi celles-ci, nous ne devons pas omettre trois circonstances qui se trouveront ici à leur date , car elles se rattachent à la période qui sépare le 20 juin du 10 août.
Dans les premiers jours de juillet 1 792, on lisait aux Tuileries un pamphlet dirigé contre la famille royale et eu particuhcr contre la Reine. « Je voudrais connaître les hommes qui me haïssent, dit la Reine, et voir si je pourrais les punir en leur faisant du bien. « L'enfant, qui jusqu'alors n'avait prêté aucune attention , leva la tête , courut se jeter dans les bras de sa mère, et lui dit, l'œil humide et le cœur gros : « Soyez bien sûre, maman, que tout le monde vous aime. »
Le marquis de Villeneuve-Arifat s'étant présenté aux Tuileries pour prendre congé de la famille royale, trouva le jeune Prince jouant avec un lièvre qui battait le tambour à merveille. « C'est un petit divertissement qu'on a procuré à mon fils, dit à part la Reine au visiteur; le j>auvre enfant est si
^ Montaigne, liv. I, cli. xxir.