‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 102 sur 264 · LIVRE V. — JOURNÉE DU 10 AOUT · texte numérisé non relu

LIVRE V. — JOURNÉE DU 10 AOUT

juge : par un de ces rapprochements providentiels que la loi morale amène quelquefois comme pour donner au monde le témoignage de sa justice, les tambours du 21 janvier se trouvèrent au pied de Téchafaud de Guadet.

Le Prince royal avait été contraint de dire adieu à son jardin, après une suprême tentative faite vers la dernière semaine du mois de juillet et qui avait failli avoir une fâcheuse issue. C'était un mardi; la Reine était allée se promener avec son fils dans son jardinet. Elle fut insultée |)ar des fédérés. « Quatre officiers ont percé la foule qui l'entourait, écrit à sa famille un jeune officier suisse qui devait périr dans la journée du 10 août; ils ont placé la Reine au milieu d'eux avec le Dauphin, deux grenadiers ouvraient le passage. Arrivée dans les appartements, Sa Majesté nous a remerciés de la manière la plus touchante et la plus expressive. Cette pauvre famille, comme on r isole' ! »

Madame de Tourzel nous a peint ainsi l'intérieur du château des Tuileries à cette époque : « Les fectieux redoublaient d'audace depuis l'arrivée des Marseillais, et insultaient même la Reine jusque sous les fenêtres de ses petits cabinets, qui donnaient sur la cour. Je n'osais plus recevoir M. le Dauphin dans mon appartement, dont les fenêtres s'ouvraient sur cette même cour, et qui étant au rez-dechaussée, pouvaient offrir quelque inquiétude; et, au retour de la promenade, je le remontais dans sa chambre. L'abbé d' A vaux l'y occupait de manière à ne lui laisser connaître ni l'ennui ni les dangers de sa position; et le soir, M. de Pleurieu, qui avait servi dans la marine, qui avait de l'esprit et contait agréablement, lui faisait le récit de ses voyages, de façon h l'amuser et à l'instruire... Ce jeune Prince ne répétait jamais rien de ce qu'il entendait dire chez la Reine et chez moi. « Avouez, me dit-il un jour, que je suis bien

* Lettre adressée le 25 juillet par M. de Foresiicr (de Fribourg) à sa famille, qui était en Suisse.

discret, et que je n'ai jamais compromis personne (car ce mot, qui devait être si étranger à aan âge, ne lui était que trop connu); je suis curieux et j'aime à savoir ce qui se passe ; et , si Ton se méfiait de moi , on s'en cacherait , et je ne saurais jamais rien. »

« La Reine était si mai gardée , et il était si facile de forcer son appartement, que je lui demandai avec instance de venir coucher dans la chambre de M. le Dauphin ; elle eut bien de la peine à se décider, ne voulant pas laisser soupçonner l'inquiétude qu'elle pouvait avoir sur sa position ; mais hii ayant fait observer qu'en passant par le petit escalier intérieur du jeune Prince, rien n'était plus facile que d'en conserver le secret , elle finit par accepter ma proposition , mais seulement puur les jours où il y aurait du bruit dans Paris. Cette princesse était si occupée de tous ceux qui lui étaient attachés, qu'elle comptait pour beaucoup de leur causer la moindre petite gène. Croirait-on qu'une Reine de France en était réduite à avoir un petit chien couché dans sa chambre , pour l'avertir au moindre bruit qui se ferait entendre dans son appartement !

» M. le Dauphin, enchanté de voir la Reine coucher dans sa chambre, courait à son lit dès qu'elle était éveillée, la serrait dans ses petits bras, et lui disait les choses les plus tendres et les plus aimables; c'était le seul momei|t de la journée où cette princesse éprouvait quelque consolation. »

L'enceinte autrefois sacrée de la demeure royale n'était plus abordée que par la haine et par l'injure. Un long ruban aux trois couleurs séparait du reste du jardin la terrasse des Feuillants, adjacente à la salle des séances de l'Assemblée nationale, et de distance en distance , on lisait cette inscription clouée sur les arbres qui bordaient la terrasse : Citoyens^ respectez-vous; donnez à cette faible barrière la force dei baïonnettes. La terrasse des Feuillants s'appelait Terre de Liberté, le reste du jardin Terre de Coblentz; deux inscriptions apprenaient aux passants cette nouvelle topographie,

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