‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 104 sur 264 · LIVRE V. — JOURNÉE DU 10 AOUT · texte numérisé non relu

LIVRE V. — JOURNÉE DU 10 AOUT

devHnçant en espoir le vote de l'Âssemblëe , Pétion , enivré de tant de suffrages, disait ingénument, dans la salle même des séances : « Je vois bien que la régence m'est dévolue ; je n'y échifpperai pas. »

Il était fecile d'émowoir la sensibilité de Louis XVI , mais non d'argrir ses ressentiments. En apprenant la démarche du maire de Paris , il se borna à dire avec douc^r z « Si ma personne leur déjJait, je suis prêt à abdiquer. » Nul doute que s'il eût cru, par un id acte, pouvoir assurer à son pays des jours phis calmes et phis prospères , le malheureux prince n'eût accompli avec joie ce sacofice qui le délivrait de tous les outrages et de toutes les servitudes ; mais il comprit que, pour le moment, dans l'antique monarchie des Francs, il n'y avait phis place même pour le trône d'un enfant, et ^ craignit de compromettre, par une abdication , les droits futurs et peut-être la vie même de son 61s. Sa eonsctence de roi et de père lui ordonnait de garder pour luimême tous les périls, et ses inspirations de chrétien le livraient afn éventaalités du martyre. Il faisait, comme tous les infortunés, des rapprochements entre les malheurs des princes détr<ynés et ses propres malheurs ; il avait dans son cabinet le portrait de Charles P', et sur sa table l'histoire de ce monarque infortuné.

Depuis Ioiigtenq>s ks conjurés se promettaient de prendre leur revanche de la journée du 20 juin , qu'ils considéraient comme une journée manquée. Les orateurs avaient soulevé le peuple dans les chibs et dans les rues. « Citoyens , disait Maral dans un de ses pamphlets, veillez autour de ce palais, asile inviolable de tous les complots contre la nation ; une reine perverse y fanatise un roi imbécile; elle y élève les louveteaux de la tyranme. Des prêtres insermentés y bénissent les armes de l'insinTection contre le peuple ; ils y préparent la Saint-Barthélémy des patriotes... »

Leur plan arrêté, les conjurés en fixèrent d'abord l'exécution an 29 juillet, et ensuite et définitivement au 10 août.

JIO LOUIS XVII.

Sûrs de la direction du mouvement, ils ne s'en cachaient plus, et huit jours avant qu'il éclatât , M. Brunyer, médeci» des Enfants de France, remit à madame de Tourzel un petit imprimé qui était lé prospectus le plus fidèle de la journée annoncée. Le Roi était parfaitement instruit de ce qui se passait ; des avis lui arrivaient de tous les côtés sur la situation de Paris. M. de Paroy craignant pour les jours du Roi , de la Reine et de leur fils, avait fait pour eux trois cuirasses de douze doubles de taffetas impénétrables à la balle et a la baïonnette , et avait prié madame de Tourzel de les leur offrir ; il lui avait aussi remis un poignard pour en faire Tessai, a Je les portai chez la Reine, raconte madame de Tourzel , elle essaya sur-Ie-charap celle qui lui était destinée, et, me voyant le poignard entre les mains, elle me dit du plus grand sang-froid : «Frappez-moi pour en faire l'essai. » Cette idée me fit frémir, et je lui déclarai que rien ne me déterminerait à un pareil geste. Elle ôta alors sa cuirasse , je la pris , je la mis sur ma robe , et je la frappai du poignard , qui, comme l'avait dit M. de Paroy, la trouva impénétrable à ses coups. La Reine convint avec le Roi que chacun d'eux s'en revêtirait à la première apparence du danger, ce qui fut exécuté. »

Dans la situation critique où se trouvait Louis XYI, deux projets d'évasion lui furent offerts ; il les refusa. La Reine partagea' sa manière de voir : « Autant vaut périr ici, dit-elle, que de courir le sort du roi Jacques. » Les difficultés de la retraite étaient iipmenses, le danger aussi imminent que celui de la lutte en permanence. Il y avait de plus l'expérience de Yarennes., et cette sorte de honte qui s'attache à ce mot de fuite. Enfin, au milieu d'une fermentation toujours croissante, arriva le moment de discuter la question de déchéance. Pour en obtenir plus sûrement le succès, le parti républicain poussa dans les sections les citoyens non actifs , c'est-à-dire exclus par la loi comme ne possédimt rien, et les fit admettre, ainsi que des étrangers, à délibérer et à voter dans ces assem^

Page 1