‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 105 sur 264 · LIVRE V. — JOURNEE DU iO AOUT. îli · texte numérisé non relu

LIVRE V. — JOURNEE DU iO AOUT. îli

blées. L'agitation la plus violente régnait dans la plupart de ces réunions, où l'esprit novateur du club se renforçait de toutes les passions de la rue. Trois sections ' déclarèrent ne pins considérer Louis XVI comme roi des Français et ne vouloir plus reconnaître ni assemblée nationale ni municipalité. « Il est temps, disaient-elles, que le peuple se lève tout entier et qu'il se gouverne lui-même. » La section du Théâire-Françaù^' enchérit encore sur ces manifestations; jour et nuit en permanence , sous la présidence de Danton , elle déclara , de sa propre autorité , que ses membres étaient inviolables et qu'elle était en état d'insurrection. Elle arrêta que si, le 9 au soir, le Corps législatif n'avait pas prononcé la déchéance, à minuit sonnant la générale serait battue, et qu'au bruit du* tocsin et du canon d'alarme on se porterait en armes au château des Tuileries; que cet arrêté serait immédiatement communiqué aux quarante-sept autres sections de Paris, ainsi qu'aux fédérés, avec invitation d'y adhérer. La France ressemblait à un malade dont les fonctions vitales se détraquent, et dont les facultés se troublent, aux approches de l'agonie.

Cependant ,• il faut être juste , la révolution , avant de commencer l'attaque, désorganisait pnidemment la défense. L'Assemblée avait décrété, dans la dernière quinzaine de juillet, que deux bataillons suisses et plusieurs régiments de ligne partiraient pour la frontière, et un officier suisse • écrivait dans son pays à la fin de juillet 1792 : « Ils se sont tus et sont parvenus à faire sortir de Paris toute force armée. Voilà les cinq régiments de ligne et les deux tiers du régiment des gardes suisses que l'on craignait, hors d'état de nuire aux factieux. Bientôt nous allons voir commencer la tragédie. »

* Les sections des Quinze -Vingts, de Mauconseil, et de la fontaine de Grenelle.

3 Appelée précédemment section des Cordeliei's.

^ M. de Forestier, déjà cité, et tué quelques jours après, à la journée du 10 août.

tiS L0UI8 XVII.

Ce loyal soldat dkait vrai, le jour (atal arrivait. Louis XYI comptait sur quelques sDoyens de défense. Dans, la soirée du 9 aoàt, il crut prudent d'appeler près de lui le maire de Paris. Pétion s'y rend de bonne gtAce, et y donne même à M. Mandat Tordre de repousser la force par la force. Cet ancien capitaine aux gardes françaises , qui avait embrassé le parti de la révolution et était devenu cbef d'une des six légi<His de la garde nationale', prend immédiatement ses dispositions pour s'opposer aux entreprises qu'on pourrait tenter contre le château. Les braves gardes nationaux du bataillon des Filles*Saint-Thomas, pensant engager Pétion, dans l'intérêt de sa propre sûreté, à s'unir à eux pour la défense de la fiimille royale, disent assez haut pour être entendus de lui : « Nous le tenons enfin , il ne sortira pas des Tuileries, et sa tête nous répondra de la personne du Roi. • Effrayé de ce propos, le maire de Paris trouve le moyen de faire connaître à l'Assemblée le danger qu'il court ; elle le mande à sa barre par un décret. On n'ose s'opposer à cet ordre : Pétion sort du château, et se rend à l'Assemblée, qui, assurée de sa vigilance pour le maintien de la tranquillité publique , le renvoie à ses fonctions.

Cependant, dès onze heures du soir, ^Mandat avait rangé en bataille sur la place du Carrousel, dans les cours du château, dans le jardin et aux abords des guichets, les troupes sur lesquelles il croyait pouvoir compter. Mais Danton , Collot d'Herbois, Billaud^Varennes et Tallien se sont in-

^ La garde nationale , depuis sa formation, était composée de six légions, dont chacune avait un commandant particulier. Ces six chefs remplissaient, à tour de rôle, les fonctioiifl de commandant généraL C'était, en oe moment, le tour de Mandat.

Les six chefs de légion, Il cette époque, étaient MM. :

ire légion. Bouillard de Belair, rue Sainte-Croix de la Bretonnene, n^ 57.

2« — Aclocque, rue Mouffetard, n« 99.

3* — RamamvîMiers, rue Chapon, n» 19.

4* — Mandat , rue Chapon , n» 3.

5* — Pinon , rue et hMel Grange* Batelièfe.

6^ — Baudin de la Chenaye, rue d* Enfer, en la cité.

(Àimanach royal,)

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