‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 106 sur 264 · LIVRE V. — JOCIRISÉE DU 10 AOUT. SIS · texte numérisé non relu

LIVRE V. — JOCIRISÉE DU 10 AOUT. SIS

sUllës à rbôtel de ville , et , au nom de la loi et de rautorité municipale qu'ils ont usurpée, ils appellent Mandat à leur barre. Celui-ci reste sourd à cette injonction, ne croyant pas devoir quitter le Roi constitutionnel dans un moment de crise; mais un second appel suivant de près le premier, Mandat se laisse persuader qu'il doit déférer au pouvoir civil. « Il était assis près de moi, rapporte un témoin oculaire' , sur la balustrade de la cbambre du lit; je le vis surle-champ devenir aussi blanc que sa chemise; il dit asse£ baut : Je n'en reviendrai pas; et il partit. » Â son arrivée à la commune, il trouve, à son grand étonnement, le conseil municipal entièrement renouVelé. Accusé d'avoir formé le projet de faire couper la colonne du peuple et de retenir le maire en otage au château, il s'embarrasse, se défend mal ou ne se défend point. Le conseil ordonne qu'il soit conduit à l'Abbaye ; c'était le signal de sa mort. A peine sorti de la salle, on lui casse la tète d'un coup de pistolet. Son coq>s est jeté à la Seine. L'ordre de résistance arraché à Pétion est anéanti, et ce meurtre, fecilitant le succès des conspirateurs, déconcerte les mesures prises pour la défense du palais, et répand la consternation parmi les troupes déjà incertaines.

Toute la famille royale, après le souper, s'était retirée dans le cabinet du conseil; les ministres et quelques personnes de la cour s'y étaient réunis pour passer la nuit. L!immldence du péril était telle qu'elle brisa la régie inflexible de l'étiquette : il n'y eut pas de coucher du Roi. Cette infraction aux usages de la cour n'avait jamais eu lieu , pas même au 20 juin. Uniquement occupée du Roi et de ses enfants, Marie-Antoinette oubliait ses dangers personnels; elle allait et venait de l'un aux autres, tâchant d'inspirer à tous le courage qu'elle avait et l'espérance qu'elle n'avait pas. En embrassant son fils, qu'on venait prendre pour le

^ Mémoires inédiu du comte François do la Rochefoucauld, fiU aine du duc de Liancoort, grand maître de la garde-robe du roi Louis XVI.

tik LOUIS XVII.

coucher,' ses larmes la trahirent. « Maman, dit TenFant,

pourquoi pleurez-vous en me disant adieu ce soir?

Tout le monde est triste et inquiet; ne me faites pas coucher Je voudrais bien ne pas vous quitter cette nuit. —

Soyez tranquille , mon fils , je ne serai jamais loin de vous. » Elle le rassura, l'embrassa de nouveau et l'envoya se reposer. Cette reine , qui avait vu ses moyens da salut diminuer de jour en jour, les voyait maintenant s'évanouir de minuté en minute; mais son œil ne se troubla point devant l'immensité croissante des périls; elle sentait que la royauté désarmée n'était plus que l'otage de l'ancien régime entre les mains de la révolution. La chute est honorable et belle, quand on tombe avec ses croyances : la foi monarchique eut ses martyrs.

« Personne ne se coucha au château, rapporte madame de Tourzel ; tout le monde se tenait dans les appartements , attendant avec anxiété un dénoùment qui s'annonçait sous des auspices aussi funestes. La Reine parlait à chacun de la manière la plus affectueuse, et encourageait le zèle qu'on lui témoignait. Je passai la nuit , ainsi que ma fille Pauline , auprès de M. le Dauphin, dont le sommeil calme et paisible formait le contraste le plus frappant avec l'agitation qui régnait dans tous les esprits. »

L'heure prescrite par la colère des sections était Venue; et le décret de la déchéance du Roi n'avait pas été rendu. Minuit smma. Bientôt le tocsin se fit entendre aux "Cordfi- Uers, et trouva peu à peu des échos dans tout Paris. On battit la générale , le bruit du canon se mêlait au bruit du tambour. « Vers trois heures, dit le comte François de la Rochefoucauld, nous entendîmes le tocsin. Le nombre des personnes qui étaient chez le Roi s'était encore augmenté. On avait fini par s'asseoir sur les fauteuils, par terre, sur les tables, sur les consoles, partout où l'on pouvait s'appuyer, quoique quelques subalternes de la maison du Roi prétendissent, dans le commencement, qu'il était contre l'éti-

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