LIVRE PREMIER. — VERSAILLES. J
à^ropos plein de grâce, je mettrai ma g[loire à suivie vos conseils et à vons obéir. «
La vivacité de son caractère se retrouvait dans ses jeux comme dans ses travaux. Il se plaisait à courir, à sauter, à passer par les chemins difficiles, à descendre à pic dans les fossés profonds. Il ne craignait rien, aussi dut-on plus d'une fois l'arrêter dans ses petites expéditions entreprises pour montrer sa force et son agilité.
Il aimait beaucoup le Roi , mais le Roi , bien qu'il fût la bonté même, lui imposait, tandis qu'il se trouvait à l'aise avec la Reine qu'il adorait, et à laquelle il exprimait ses sentiments de la manière la plus charmante. Sa gaieté et son enjouement étaient la seule diversion aux peines journalières de sa mère. Elle l'élevait parfaitement , et quoiqu'elle eût pour lui la tendresse la plus vive , elle ne le gâtait pas, et appuyait, en toute occasion, les représentations que sa gouvernante ou son précept^ir pouvaient lui faire.
De son côté, il n'est sorte de preuves de tendresse que le petit Prince ne cherchât à donner à sa mère. Il avait remarqué <]u'eile aimait les fleurs, et chaque matin sa première occufMtion était de comrir, seul avec une femme de chambre et le fidèle Moufflet, dans les jardins de Versailles, et de cueillir des bouquets qu'il venait dé[K>ser sur la toilette de la Reine avant qu'elle fût levée. Tous les jours c'était une nouvelle moisson dé fleurs, et tous les jours l'heureuse mère pouvait voir que le premier acte de son fils était pour elle aussi bi^n «que sa première prière. Lorsque le mauvais temps mettait obstacle à la promenade et conséquemment a la récolte , il 4lisait avec chagrin : « Je ne suis pas content de moi ! Je n'aurai pas mérité aujourd'hui le premier baiser de maman ^ . »
Le Boi observait avec un vrai bonheur comme avec une tendre sollicitude les dispositions aimantes de son fils et son culte pieux pour sa mère. Il se plaisait aussi à assister a ses «xerdœs; il examinait ses cahiers, il l'interrogeait lui-même
1 Eckard, Mémoires historiques swr IàhUs XVii; fP édU., iSi7, pfge 7.
suns cesse, il Tobservait au jeu, afin de mieux connaître ses goûts et son caractère. U se réjouissait de lui voir des inclinations si douces et si pures, et si propres à développer les forces du corps ; ce fut pour cultiver chez lui ce goût et pour encourager ces dispositions, qu'il lui consacra spécialenient un petit terrain devant les appartements, sur la terrasse du château , et lui fit donner un râteau , une bêche , des arrosoirs, et tous les instruments nécessaires au jardinage.
C'est lu que le Prince passait les moments de loisir que lui laissait l'intervalle de ses leçons; il voulait être le seul jardinier de son petit parterre, qui ne fut pas te moins bien tenu de tout le parc. « Mon père m'a donné ce jardin , c'est pour en avoir soin moi-même,» dit-il un jour. «Mais, ajoutat-il après une légère pause et avec un air charmant , je n'en suis que le fermier; les produits sont poiu* maman. » C'était pour lui une grande joie de voir croître et fleurir les arbustes qu'il avait arrosés : ses bouquets de chaque matin lui paraissaient bien plus jolis depuis qu'il les composait des fleurs de son petit domaine. Un seigneur de la cour le voyant un jour bêcher sa plate-bande avec tant d'ardeur que la sueur inondait son front et ruisselait sur ses joues, lui dit : « Vous êtes bien bon de vous fatiguer ainsi. Monseigneur; que ne parlez-vous ! Un jardinier vous fera cette besogne d'un tour de main. — C'est possible, répondit l'enfant, mais ces fleurs» je veux et je dois les faire croître moi-même; elles seraient moins agréables à maman si elles étaient cultivées par un autre * . »
La gentillesse et l'esprit précoce du Dauphin avaient déjà acquis à la cour une certaine vogue qui commençait à se répandre plus loin, et l'on citait de l'aimable petit Prince plusieurs particularités qui donnaient grande envie de le voir et de le connaître. Une institutrice qui tenait à Paris un pensionnat renommé, vint un jour dans cette intention à Saint- Cloud , et demanda à une dame de la cour qu'elle connais^
' DêtaîU (lonncM par inadnnic la ducUesic d'An(roulcinc.