‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 111 sur 264 · LIVRE V. — JOURNÉE DU 10 AOUT · texte numérisé non relu

LIVRE V. — JOURNÉE DU 10 AOUT

emparé de renfant l'élève dans ses bras au-dessus de la foule ; puis, se faisant jour avec ses coudes, il pénètre dans la salle derrière le Roi , et dépose sur le bureau de rAssem- Klée son précieux fardeau, aux applaudissements des tribunes; le Roi prend place à côté du président, et la Reine et sa suite sur les sièges des ministres. A peine le Dauphin est-il laissé à lui-même qu'il s'empresse de retourner auprès de sa mère; une voix s'écrie aussitôt : « Qu'on le porte au Roi , à côté du président ; il appartient à la nation ; l'Autrichienne est indigne de la confiance du peuple. » Un huissier vient prendre l'enfiant; mais celui-ci, les bras tendus vers sa mère, l'effroi peint sur le visage, laisse échapper quelques larmes, et ces larmes arrachent aux tribunes un mot d'intérêt qui arrête l'huissier dans son entreprise. Au même moment, quelques gentilshommes entrant l'épée à la main jusque dans la salle du Corps législatif : a Vous compromettez la sûreté du Roi ! » s'écrient quelques députés effarés; et les honîmes armés se retirent. Le calme se rétablit, et le Roi prend la parole :

« Je suis venu ici pour épargner un grand crime , et je pense que je ne saurais être plus en sùretd qu'au milieu des représentants de la nation. » — a Sire, répond Vergniaud, vous pouvez compter sur la fermeté de l'Assemblée nationale. Elle connaît ses devoirs; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités constituées. »

Le Roi s'assied ; l'Assemblée est morne , la haine s'amortit devant le spectacle de tant de douleurs. Les regards se portent avec une stupeur mêlée de quelque respect , mais sans attendrissement, sur tant de grandeur humiliée%

La discussion commence, mais l'observation étant faite par quelques membres que la constitution interdit au Corps législatif de délibérer en présence du Roi, l'Assemblée» sous ce prétexte ironique, décide que le Roi et sa famille se rendront dans la loge où se réunissaient les collaborateurs du

nu LOUIS XVII.

journal intitule le Logographe. Placée de niveau avec les derniers rangs de T Assemblée, derrière les sièges du président et des secrétaires, cette tribune est si étroite qu'à peine elle peut contenir les journalistes, et si basse qu'on lie peut y demeurer debout ' . On y conduit la famille royale. Louis XVI s'assied sur le devant de la loge, Marie-Antoinette dans un coin où sa noble tête cherche un peu d'ombre contre tant d'opprobre ; les enfants et leur gouyemante se placent avec Madame Elisabeth et la princesse de Lamballe sur une banquette, derrière laquelle 9e tiennent debout quelques gentilshommes, généreux courtisans du malheur, qui espéraient combattre aux Tuileries, et qui veulent du moins ne pas fuir la mort si la bataille leur échappe.

Cependant la bataille et la mort attendaient aussi leurs compagnons restés au château ; mais la bataille n'offirait là que la défense d'un palais vide et le dévouement qu'une mort inutile*. Ceux-ci avaient espéré plus, désiré plus; ils avaient suivi le Roi pour lui faire un dernier rempart de leur corps et tomber frappés ù ses pieds, lis n'eurent pas cette consolation, et moins heureux que les gardes nationaux, que les Suisses, que les gentilshommes égorgés aux Tuileries, ils furent condamnés à assister à la dégradation du Prince povr lequel ils auraient voulu mobrir.

Il n'entre pas dans notre sujet de raconter les égorgements partiels qui eurent lieu dans la cour du Manège; le massacre général qui ensanglanta les Tuileries et les environs du château; le tumulte, le pillage, les assassinats, les auto-da-fé qui marquèrent cette fatale journée et la nuit hor-

1 C'est par erreur que M. £ckar<l a dit <]u elle avait cUx pieds d'élévation. {^Mémoires historiques, î« édit., p. 74.)

2 II y eut dans cette journée des traiu dliérotsme antique, accomplis simpàement et la plupart restés ignorés. M. Pallas, kaissier de la chambre des rois Louis XV et Louis XVI, ne voulut pas survivre à la ruine de la monarchie. Après le départ de la famille royale, il demeura h son poste, se couvrit la tète de son chapeau , remit sott épée dans le fourreau , s'assit sur le stra* pontin placé près de lui; et là, les bras croisés, il attendit avec tranquillité la mort qui vint bien lot le frapper.

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