‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 113 sur 264 · LIVRE V. — JOURNEE DU 10 AOUT · texte numérisé non relu

LIVRE V. — JOURNEE DU 10 AOUT

mollirent quelle étâfît, dans une telle circonst^Afice et pour une telle motion, la repï»ësentation d*une section de Paris.

Une députation de la nouvelle Commune improvisée par Tëmeute arrive bientôt : « Prononcez la déchéance du Roi , dît-elle ; demain nous \&ùs apporterons les J)i*ocès-verbauîK de cette mémorable journée ^ Pétion , Mai^ud et Daiiton sont toujours vos collègues; Santerre esft à la tête de la force armée. » Une autre députation s'exprime encore en termes plus impérieux : « Dès longtemps le peuple vous à demandé la déchéance du Roi, et vous n*avez pas même encore prononcé sa suspension ! Apprenez tjiie le feùest aux Tuileries, et que nous ne l'arrêterons qu'après que la vengeance du peuple sera satisfaite; nous sommes chargés encore une fois, au nom de ce peuple , de vous demattder la déchéance du pouvoir exécutif. »

La volonté de la rue , formulée au bruit du canon et à la lueur de l'incendie, est écoutée; Veï^iaud quitte le feifteuil de la présidence , qui , dans cette terrible séance , fot tour à tour occupé par lui, Guadet, Gensortné et Muraire; le député de la Gironde rédige à la hâte , au milieu du comité , et sous l'influence de sa faction , l'acte de susj)ension provisoire de *la royauté. Triste, pâle, et comme courbé sous le poids de la fatalité, il monte à la tribune, et lit, au milieu d'un profond silence, ce décret qui ne fiit pas discuté, et que le Roi entendit sans étonnemcnt et qu'il vit adopter sans regret :

«Je viens, au nom de la commission extraordinaire, vous présenter une mesure bien rigoureuse; mais je m'en rapporte à la douleur dont vous êtes pénétrés pour juger combien il importe au salut de la patrie que vous l'adoptiez sur l'heure :

» L'Assemblée Yiationale, considérant que les dangers de la patrie sont parvenus à leur comble ; que les maux dont gémit l'empire dérivent principalement des défiances qu'inspire la conduite des chefs du pouvoir exécutif, dans une guerre entreprise en son nom contre la constitution et centre

rindépendance nationale ; que ces défiances ont provoqué de toutes les parties de l'empire le vœu de la révocation de l*autorité confiée à Louis XYl ;

» Considérant néanmoins que le Corps législatif ne veut agrandir par aucune usurpation sa propre autorité, et qu'il ne peut concilier son serment à la constitution et sa Ferme volonté de sauver la liberté qu'en fîiisimt appel ix la souveraineté du peuple, décrète ce qui suit :

» Le peuple français est invité à former une Convention nationale ;

» Le chef du pouvoir exécutif est provisoirement suspendu de ses fonctions ; un décret sera proposé dans la journée sur la nomination d'un gouverneur du Prince Royal ; • Le payement de la liste civile est suspendu; » Le Roi et sa famille demeureront dans l'enceinte du Coq>s législatif jusqu'il ce que le calme soit rétabli dans Paris; lo département fera préparer le Luxembourg pour sa résidence, sous la garde des citoyens. »

On comprend que, sous l'impression des événements de la joiurnée, ce décret ait été adopté à l'upanimité; par celle mesure, les ennemis du Roi lui ôtaient la couronne, et ses amis croyaient lui sauver la vie. La nomination annoncée de* Condorcet comme gouverneur du Prince Royal semblait aussi résoudre en faveur de la monarchie la question , laissée en suspens, de la forme du gouvernement futur. Bien des esprits pacifiques et peu au courant des choses se rattachèrent à cette espérance; mais ils étaient loin d'avoir sondé la profondeur . de l'abîme en acceptant cette planche de salut qu'on sembliiit leur jeter dans le naufrage. Il y a toujours , dans toutes les révolutions, une masse d'hommes en retard sur les idées qui mènent l'avant-garde : l'hypocrisie politique a pour complice, dans les temps de crise, cette niaiserie systématique qui trouve plus commode de croire que de résister. Dans de nombreuses familles, tout en pleurant sur le Roi honnête homme qui était immolé aux exigences révolutionnaires , on

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