‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 132 sur 264 · LIVRE VI. — LE TEMPLE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LE TEMPLE

Telle était au Temple la distribution des heures de la journée. Le jour, comme on le voit, s'y partageait entre la prière, la lecture, l'instruction des enfants et le travaif, et quelquefois la promenade , quand elle était permise , et quelques conversations avec les commissaires, quand ils étaient polis. Ponctuel en toutes choses, Louis XVI avait réglé luimême les occupations de la journée. Une de ses plus douces consolations fut de s'occuper plus particulièrement de l'éducation de son fils.

Dans cet enfant de sept ans et demi, il y avait un mélange de force et de grâce ,* bien rare chez les natures les plus heureuses. Parfois le sérieux de sa pensée donnait à sa parole un caractère plein de noblesse, parfois le naïf enjouement de son âge rayonnait au contraire sans désirs et sans regrets. 11 ne songeait déjà plus aux grandeurs passées , il était heureux de vivre , et il n'était rappelé aux soucis que par les larmes qu'il apercevait quelquefois dans les yeux de sa mère. Jamais plus il ne parla de ses jeux et de ses promenades d'autrefois ; jamais il ne prononça le nom de Versailles ou celui des Tuileries. Il ne parut rien regretter. Il oublia en apparence ses hochets et ses goûts d'enfant. Sa précoce intelligence répondait parfaitement aux tendres soins du Roi. Sa mémoire, déjà meublée de toutes les fables les plus amusantes de la Fontaine, s'enrichissait de quelques passages choisis de Corneille et de Racine. Son père, en les lui faisant réciter, les accompagnait d'explications intéressantes. Habituellement il lui faisait lire l'histoire de France et lui dictait des fragments de V Esprit de la Ligue, auxquels , en les relisant sur son cahier, il ajoutait ensuite un commentaire instructif, tout en corrigeant ses fautes d'orthographe. C'était à la fois une leçon d'écriture et une leçon d'histoire. Nous sommes assez heureux pour pouvoir placer sous les yeux du lecteur une page de ce cahier ; il y trouvera un spécimen de l'écriture du Dauphin à cette époque de sa vie.

La méthode dont se servait le Roi pour lui enseigner la

géographie était de marquer sur un papier vélin le profil littoral des continents, la position des montagnes, le cours des* fleuves ; puis les points frontières des royaumes, des provinces. A ce cadre, ainsi préparé, le Prince adaptait les noms, sa mémoire le trompant rarement, surtout quand il s'agissait de la France, dont il connaissait non-seulement les capitales provinciales, mais les chefs-lieux de département et même de district ; car c'était la nouvelle géographie de la France que son père lui montrait. Au seul tracé des lignes limitatives, Fenfant reconnaissait les pays et y semait les villes h leur place. Il apprenait aussi à laver les cartes, et c'était pour lui un grand amusement d'en rehausser les contours avec diverses couleurs.

C'est ainsi que dans la prison Louis XVI renouvelait aux yeux de l'Europe le spectacle qu'un empereur de Rome avait donné à sa cour en instruisant lui-même ses enfants, et, plus heureux qu'Auguste , il voyait ses soins couronnés d'un plus beau succès.

D€ son côté, Marie-Antoinette, livrée tout entière aux soins maternels que Madame Elisabeth partageait avec elle , instiTiisait la jeune Marie-Thérèse dans les graves principes qui font la bonne chrétienne et la femme forte, et faisait succéder à ces austères exercices des leçons de musique et de dessin. Un jour, comme le frère et la sœur se réunissaient après le travail et se présentaient à leur père en se tenant par la main , celui-ci leur dit : a Oui , mes enfants , soyez toujours laborieux et toujours unis ! Le travail vous sera une consolation, votre tendresse mutuelle un appui, et la prière presque une espérance : Travail , amour et prière , mes enfants , voilà la vie ! »

En dépeignant la vie , le Roi ne prononçait pas le mot de sacrifice ; il eût voulu pouvoir renfermer dans son coeur muet toutes les souffirances, afin d'en préserver sa famille.

Il n'était pas de privation qu'on n'affectât de lui faire éprouver : vêtements, Unge de corps, linge de lit et de

Page 1