‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 133 sur 264 · LIVRE VI. — LE TEMPLE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LE TEMPLE

table, couverts, assiettes, en un mot, tous les objets du service le plus ordinaire étaient en si petite quantité qu'ils ne pouvaient suffire au besoin journalier. Pendant quelques nuits, Hue fut réduit à garnir le lit du Prince Royal de draps troués en plusieurs endroits. Les relations que ce fidèle serviteur était forcé d'avoir pour le service avec les commissaires de la Commune devenaient de jour en jour plus épineuses, et les demandes qu'il leur adressait demeuraient souvent sans réponse. Les 600^000 livres destinées aux dépenses annuelles du Roi avaient été votées par l'Assemblée nationale avant qu'elle eût prévu les véritables projets des chefs de la Commune, ou du moins avant qu'elle eût osé s'y associer. Hue avait déjà plusieurs fois écrit au maire de Paris , pour demander, au nom du Roi, des payements à compte sur cette somme, et le maire n'avait pas répondu. Louis XVI était d'antant plus sensible à ce chagrin que, prévoyant le sort qui lui était réservé, il se tourmentait de ne point acquitter, chaque semaine, les avances que lui faisaient les fournisseurs. En venant au Temple, il n'avait qu'une trèslégère somme en numéraire. Hue ayant donné à Manuel une liste des différents objets que désirait le Roi , Manuel en fit l'emplette , et les envoya à la Tour avec le mémoire des frais, montant à 526 livres. A la vue de ce mémoire, que Manuel luî-méme avait signé : « Je suis hors d'état, 4it Louis XYI à soti serviteur, de payer de ma bourse une pareille dette. — Je supplie le Roi , répondit celui-ci , d'acquitter ce mémoire ; une somme de six cents livres me reste, et j'espère que Sa Majesté aimera mieux me causer une grande joie que de contracter envers Manuel une obligation pécuniaire. »

Aux tourments de la pénurie se mêlaient des vexations de tout genre. La royale famille ne descendait pas au jardin sans être exposée à quelques insultes. Rocher et Risbey, la pipe à la bouche, la regardaient passer au guichet entre deux bouffées de fumée. Les gardes du service extérieur, places au bas de la tour, affectaient de se couvrir et de s'as-

seoir dès qu'ils l'apercevaient , et de se lever et de se découvrir quand elle était passée. Comme il y avait quantité d'ouvriers dans l'enceinte du Temple employés aux démolitions des maisons et aux constructions des nouveaux murs , on ne donnait pour promenade aux prisonniers qu'une partie de l'allée des marronniers. Le Prince Royal y trouvait un peu d'exercice et de récréation , précieux avanta{;e que ses infortunés parents achetaient si cher pour lui. Il leur fallait assister au spectacle de l'édification de leur propre servitude ; ils voyaient élever les murs et creuser les fossés ; ils voyaient garnir de barreaux de fer les croisées de leur future demeure; ils voyaient masquer les fenêtres par ces machines qu'on appelle soufflets , et au moyen desquelles les détenus ne reçoivent d'air et de jour que par une ouverture verticale , et ne peuvent apercevoir de leur chambre ce qui se passe au dehors. Les consig[iies les pins sévères étaient données dans ce style étrangle qui commençait à prévaloir dès cette époque ' . Louis XY I avait adouci les rigueurs des geôles pour les malheureux que le crime y conduit ; il avait voulu que les prisons ne ftissent pour tous que des lieux de détention sûre et non de tourments prématurés. Et c'était pour lui et pour sa jRamille qu'on calculait avec avarice la portion d'air et de jour que leur prison devait recevoir !

Les contraintes de l'intérieur répondaient aux tristesses du dehors. La plupart des mïinicipaux semblaient en entrant au Temple avoir pour mission d'aggraver la captivité par l'insulte.

La Reine, en engageant la conversation avec eux, essayait en vain d'éveiller dans leur cœur quelques mouvements d'humanité. « Quel quartier habitez-vous? demanda-t-elle un

1 Consigne du 24 août 1702, l*an 4« de la liberté, le i«r de Fégalité : En conséquence de l'arrêté du conseil général, le commandant général ordonne que le jardin du Temple sera consigné à toutes personnes quelconques, à Texception de Tadjudant et officiers de service dans rintérîeur et auprès du Roi.

A Paris , les jour et an que des.4usi.

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