LIVRE VI. — LE TEMPLE
jour a l'un de ces hommes qui assistait au diner. — La Pairie! répondit-il avec une emphase stupide. — La patrie? reprit Marie-Antoinette avec une inexprimable douceur; ah! c'est la France. »
Un matin, au moment où Louis XYI s*habillait, un de ces commissaires, du nom de Lemeunié, s'approche et prétend le fouiller. Sans laisser voir la moindre impatience, le Roi tire de ses poches ce qu'elles contenaient et le dépose sur la cheminée. Ce municipal examine chaque chose avec attention; puis, remettant le tout ii M. Hue : « Ce que j'ai fait, dit-il, j'ai reçu l'ordre de le faire. » Après cette scène, le Roi ordonna à son valet de chambre de ne'lui présenter désormais ses habits que les poches retournées. En conséquence , tous les soirs, lorsque son maître était couché. Hue avait soin de vider les poches de ses vêtements.
Une autre fois , 24 août , entre minuit et une heure , plusieurs municipaux entrent dans la chambre du Roi. Éveillé par le bruit. Hue se lève à la hâte et accourt près du lit de son maitre, qu'entouraient déjà les commissaires. « En exécution d'un arrêté de la Commune, disait l'un d'eux, nous venons faire la visite de votre chdtnbre et enlever les armes qui peuvent s'y trouver. — Je n'en ai point, » répondit Louis. Ils cherchent néanmoins, et n'ayant rien trouvé : « Cela ne suffit pas, reprirent-ils; en entrant au Temple, vous aviez une épée, remettez-la. » Contraint à tout souffrir, Louis ordonne à son valet de chambre d'apporter son épée.
A son lever, 25 août, le Roi témoi^a combien cette insulte lui avait été pénible. Il pria Hue d'écrire sur-le-champ au maire de Paris ce qui s'était passé durant la nuit, et de demander de sa part qu'on statuât enfin sur le mode dont lui seraient annoncés les arrêtés de la Commune. Pétion ne répondit pas.
Le soir, nouvelle alerte. Un municipal, nommé Venineux, de haute taille, de complexion robuste, d'une figure basanée.
tenant à la main un bâton noueux, entre brusquement dans la chambre du Roi. Le Roi venait de se mettre au lit. « Je viens ici, dit Thomme rébarbatif, pour faire une perquisition exacte. On ne sait pas ce qui peut arriver. Je veux être sur que monsieur (il parlait du Roi) n*a aucun moyen de s'évader. — Vos collègues, répondit Hue, ont feit cette perquisition la nuit dernière ; le Roi a bien voulu la souffrir. — A bien voulu est charmant, répliqua Venineux; il Va bien fallu ; s il avait résisté , qui eût été le plus fort? » Vivement alarmé sur les intentions de ce nouveau venu, Hue prit la résolution de ne pas le perdre un instant de vue. « Je ne me coucherai pas, lui dit*il, je resterai près devons. » Le Roi avait entendu ces paroles : « Fatigué comme vous Tètes, dit-il, couchezvous, je vous l'ordonne, v Sans répliquer à cet ordre, Hue se retira. Mais la disposition de la porte empêchait que de son lit le Roi pût apercevoir celui de son valet de chambre. Hue se jeta donc tout habillé sur son grabat, les yeux fixés sur le farouche visiteur, et prêt, au moindre mouvement suspect, à s'élancer au secours de son maitre. Ses frayeurs n'étaient pas fondées ; le commissaire qui avait apparu comme une bête fauve, dormit jusqu'au matin d*un sommeil profond. « Cet homme vous a causé une vive alarme, dit à son lever Louis XVI à son serviteur; j'ai souffert de votre inquiétude, et moi-même, je ne me suis pas cru sans danger; mais dans l'état où ils m'ont réduit, je m'attends à tout. »
Malgré ses demandes réitérées, Louis n'avait pu obtenir la lecture d'aucun journal ; il n'en avait vu d'autres que ceux qui parfois étaient oubliés ou laissés à dessein par un des municipaux sur la table de l'antichambre. Un jour, une de ces feuilles portait ces mots écrits au crayon : « Tremble y tyran, la guillotine est permanente, n Des menaces semblables couvraient habituellement les murs, elles étaient crayonnées par les factionnaires jusque sur la porte de la chambre du Roi. Hue mettait toute son attention à faire disparaître ces