‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 135 sur 264 · LIVRE Vï. — LE TEMPLE. t · texte numérisé non relu

LIVRE Vï. — LE TEMPLE. t

inscriptions, qui cependant n'échappèrent pas toujours au reg[ard de la famille royale.

D'un autre côté, voici ce qu'ima^^inait son zèle pour sup* pléer a l'absence des papiers publics : tous les soirs, des col* porteurs venaient crier sous les murs du Temple le sommaire des nouvelles que contenaient les journaux qu'ils vendaient. A l'heure du passage des crieurs , Hue montait dans la tourelle; et là, se hissant à la hauteur d'une fenêtre aux deux tiers bouchée, il s'y cramponnait jusqu'à ce qu'il pût saisir les annonces les plus intéressantes. Alors il descendait dans l'antichambre de la Reine; Madame Elisabeth passait au même instant dans sa chambre, Hue l'y suivait sous quelque prétexte et lui rendait compte de ce qu'il avait recueilli. Ken* trée dans la chambre de Marie-Antoinette, Madame Elisabeth allait se placer au balcon de la seule fenêtre du Temple qui n'avait pas été condamnée dans la majeure partie de son ouverture ; Louis XVI , sans que les municipaux eussent lieu d'en prendre ombrage, venait à cette fenêtre comme pour respirer; sa sœur lui répétait alors ce que son serviteur lui avait rapporté; et c'était ainsi que l'héritier des rois toutpuissants apprenait , à force de ruse et de précaution , une parcelle des grands événements qui agitaient son empire.

Il fut instruit de cette manière de l'entrée des troupes coalisées sur le territoire français, de la reddition de Longwy * et de Verdun*, du passage de la Fayette avec son étatmajor à l'étranger', de la mort de M. de Laporte, intendant

< Le 23 août 1798.

2 Le 2 septembre 1792.

3 Inêtrnit da triomplic des Jacobins dans la nuit du 10 août, ainsi que du projet qu'ils araient de le faire arrêter, la Fayette abandonna son camp le 19 août; et, suivi des principaux ofBciers de son état-major, il passa sur le territoire liégeois. Arrêté à Rochefort , il fut conduit A Wéscl , forteresse appartenant à la Pnisse. A Tapproche des Français, la Fayette, avec une partie de sa mite (Tautre ayant été mise en liberté à Anvers), fut transféré à Magdebourg , fortereJlse située sur les États prussiens. En 1795 il fut transféré dans la citadelle d'Olmutz, où Tempcreur François II le tint enfermé jusqu'à la si(piatDre du traité de Campo^Formio au mois d'octobre 1797. Rendu \ la liberté, il fat conduit à Hambourg.

de la liste civile^, et de celle de Durosoi, rédacteur de la Gazetie de Paris*, Parmi les nouvelles que publiaient journellement les colporteurs, se trouvaient aussi sans cesse des foits exagérés , des événements faux , des annonces mensongères : « Voici , criait un jour l'un d'eux , voici le décret qui ordonne de séparer le Roi de sa famille. » Dans ce moment, Marie-Antoinette, à portée d'entendre distinctement la voix du crieur, éprouva un saisissement dont elle eut peine à se remettre et une impression de terreur qui ne s*efiaça plus.

Le plus habituellement cependant c'étaient les amis du dehors qui prenaient le soin d'envoyer des crieurs aifidés. Quelquefois même ils révélaient leur souvenir au cœur des captifs, en enseignant à des joueurs de vielle quelques-uns des airs que répétaient alors les voix royalistes ; a Pauvre Jacques ! — Henri, bon Henri, ton fils est prisonnier dans Paris ! Ces refrains parvenaient parfois jusqu'aux princes , puis les sons s'éloignaient et s'évanouissaient vains et fugitife comme l'espoir qu'ils avaient fait naître.

Le contrôle des commissaires municipaux ne s'exerçait pas seulement sur les détails du service de la tour, il s'étendait encore sur les principes d'éducation à donner au Prince Royal. Dépouillé de ses privilèges de roi, de sa liberté d'homme, Louis se voyait atteint dans ses prérogatives de père. Les exemples d'écriture que copiait son fils étaient habituellement, d'après ses indications, pris dans les œu-

1 On avait pendu Favras sur la place de Grève, on y avait amené les restes palpitants de Flessclles et de de Launey; mais la révolution n6 voulut pas que le palais du peuple fût souillé du sang de êes ennemis. Elle reporta ce spectacle devant le palais des rois. Le 24 août, M. de Laporte fut décapité sur la grande place du Carrousel, vis-à-vis du château des Tuileries. Il était âgé de quarante-neuf ans. C'était lui qui, le Si juin 1791, avait remis à l'Assemblée nationale la déclaration que Louis XVI avait écrite avant de partir pour Varcnnes. Il avait entendu sa condamnation sans trouble; il monu sur Téchafaud avec dignité. Là, se tournant vers le peuple, il dit avec douceur : « Citoyens, soyez sûrs que je meurs innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidélité à mon Roi : puisse mon sang, que vous désirez, vous donner plus de bonheur, et rendre la paix à ma patrie! •

3 Marchant à la mort le 25 août , fête de- saint Louis , Durosoi s*écria : « Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le jour de Saint-Louis. ■

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