‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 137 sur 264 · LIVRE VI. — LE TEMPLE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LE TEMPLE

sentes, votre pétition ne pourrait être accueillie. » En ce moment, Louis XVI parut. Thomas (c'était le nom du municipal) protesta en termes chaleureux de sa fidélité, et témoig^na son indignation des insultes journalières dont plusieurs de ses collègues accablaient Sa Majesté. « Je m'abaisserais, ^it le Roi , si je paraissais sensible à la manière dont on me traite. Si Dieu permettait que je reprisse un jour les rênes du gouvernement, on verrait que je sais par7 donner. » Le municipal saisit cette occasion de produire sa demande. « Pour l'instant, reprit Louis XVI, je suffis à l'éducation de mon fils. »

Les soins de cette éducation occupaient beaucoup le Roi ; il y trouvait une servitude qui était une consolation , une fatigue qui était un délassement ; mais il voyait avec peine le service de la tour rouler entièrement sur son fidèle valet de chambre , et il craignait qu'à la longue ses forces ne restassent au-dessous de son dévouement. Pour le soulager, il fit demander au Conseil de la Commune d'envoyer dans la tour un homme propre aux ouvrages de peine. Le maire nomma pour ce service un ancien commis aux barrières de Paris , appelé Tison , homme d'un caractère dur et méfiant , imbu , comme la plupart des gens de sa classe , de préventions contre le Roi. Cet homme vint s'installer au Temple avec sa femme , qui paraissait d'un naturel doux et compatissant. On connaîtra plus tard quelle était la nature des services demandés à leur zèle , et l'on verra que c'étaient moins, des domestiques que des espions qu'on avait placés dans la tour. Quoi qu'il en soit , Hue s'arrangea fort bien du concours de ces deux aides , et pendant le peu de temps qu'il demeura encore au Temple, il n'eut qu'à se louer de l'un et de lautre.

Peu de jours après l'installation de Tison , Pétion écrivit au Roi (26 août 1792) :

<i Sire,

» Le valet de chambre attaché au Prince Royal depuis son

fit LOUIS XVII.

enfance demande à continuer son service auprès de lui; comme je crois que celte proposition vous sera a{;réable , j*ai accédé à son vœu , etc. »

Louis XVI remit la lettre à Hue en lui disant : « Lisez cette lettre , et répondez au maire que j*y consens ; ajoutez que je ne puis voir sans indignation que la municipalité aBecte de ne pas répondre aux demandes que j*ai faites, et surtout à celle de laisser entrer le médecin ordinaire de mes enfants '. »

Le même jour — 2G août — à huit heures du soir, un commissaire municipal amena Clépy au Temple. On le fouilla, on lui donna des avis sur la manière dont il devait se conduire , et on Tintroduisit dans la tour.

Ou demandera peut-être comment, après avoir enlevé à la famille royale les serviteurs qui lui étaient attachés, la Commune avait consenti à lui rendre Cléry, qui ne lui était pas moins dévoué ; on s'étonnera davantage encore que cette concession ait suivi l'entrée de Tison et de sa femme , jugés suffisants pour satisfaire avec Hue aux exigences du service; mais je ne voudrais pas qu'on cherchât dans cette mesura des motifs qui portassent la moindre atteinte au caractère honoré de Cléry. Madame la duchesse d'Angoulémc avait conservé quelque doute sur les dispositions du valet de chambre de son frère lors de son entrée au Temple. Elle s'était persuadée , à tort selon toute apparence , qu'il avait d'abord été à la tour un agent de la révolution. Peut-être apprit-elle que le « ci-devant valet de chambre du Priucc Royal , nommé Yillette, ayant réclamé la faculté de faire son service auprès du Prince, le conseil général de la Commune, sur cette demande, avait passé à l'ordre du jour motivé sur ce que le sieur Cléry, alors en place, conservait sa confiance*. » Le respect de la Princesse pour le testament vénéré du Roi martyr l'empêchait de s'exprimer publiquement sur le compte de Cléry; mais ses idées, si bien arrêtées sur les

* M. Bininyer.

^ Séance du mercredi 5 septembre 1792.

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hommes et sur les choses, étaient inflexibles à cet é{;ard. En faisant ici mention de ses sentiments sur les motifs qui avaient déterminé l'entrée de ce serviteur à la tour, j'obéis à ma conscience de narrateur ; mais je m'empresse d'ajouter, pour être juste, que, dans tous les cas, le spectacle des vertus et des souffrances qu'il eut sous les yeux avait converti l'envoyé de la Commune : Marie-Thérèse elle-même a, dans ses écrits, parlé de lui de inanière à faire croire que d'anciennes préventions étaient effacées ' .

Voici comme il peint lui-même dans son journaP son arrivée à la tour : a II me serait difficile de décrire l'impression que fit sur moi la vue de cette auguste et malheureuse famille. Ce fut la Reine qui m'adressa la parole , et après des expressions pleines de bonté : a Vous servirez mon fils, ajoutât-elle, et vous vous concerterez avec M. Hue pour ce qui nous regarde. » J'étais tellement oppressé, qu'à peine je pus répondre. »

Presque uniquement occupé du Prince Royal , le service de Gléry auprès du Roi se borna pendant quelque temps a le coiffer le matin et à rouler ses cheveux le soir. Hue resta seul chargé de demander et de recevoir les choses nécessaires pour la famille royale : confident de la royauté proscrite, ministre d'un prince prisonnier, c'était lui qui avait h réclamer, chaque jour, du pain pour ses maîtres, sous le contrôle, renouvelé chaque jour, des ambassadeurs de la municipalité. Cette entremise le livrait sans cesse à des luttes pénibles et compromettantes. La cuisine étant séparée et éloignée de la

* Voir le Récit des ÉvcnemenU arrivés au Temple. — Paria, Audot, 1823, page 22.

s Journal de ce qui se»t passé à la tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI, Boi de France.

Par M. Cléry, valet de chambre du Roi.

A Londres, de rimprimcrie de Baylis, Graville street — 1798. — La rédaction de ce journal a été attribuée par les uns à la comtesse de Scbomberg, par les autres, et avec plus de Traisemblance, h Mariala, boinroe d*a^ faires du duc d'Arenbei^, etc. ; mais quelle que soit la main qui ait touché à Tceuvre de Cléry, il est inoontostnble qu'elle lui appartient tout entière poor le fond.

tour, la nëcessité du service le forçail de traverser souveot plusieurs postes de la garde : c'étaient à chaque pas obstacles sur obstacles, questions sur questions, insultes sur insultes. Les municipaux, qui raccompagnaient partout, la plupart du temps applaudissaient à ces outrages et souvent les pro* voquaient par leur exemple. Dans le« palais du Tonple, ces Axgus de la Commune avaient une chambre d'assemblée qu'ils appelaient la saUe du conseil : le linge et les autres effets qui entraient et sortaient y étaient d'abord reçus et rigoureusement visités. Pour les y déposer ou les y reprendre, un des commissaires iaisait appeler Hue , le conduisait à la chambre du conseil , et le suivait de nouveau jusqu'à la porte de la tour. Tout ce qui était destiné aux repas de la famille royale subissait l'examen de quelques municipaux. Avant de laisser entrer ces objets dans la tour, d'autres les visitaient eiicore , coupant en deux les pains et ceux des comestibles qui leur paraissaient suspects. En un mot, rîen n'entrait dans la prison royale, rien n'en sortait, sans être assujetti à la visite la phis rigoureuse : l'inquisition était partout , le jurement et l'ironie a la bouche. Un jour le Uoi eut les oreilles frappées des invectives dont était accablé son généreux serviteur ; le soir, en se couchant , et déjà couvert par «es rideaux (seul moment où il pouvait laisser tomber une parole sans qu'elle fût ramassée par le commissaire de garde) : « Vous avez eu beaucoup à soufifrir aujourd'hui , lui dit-il ; eh bien , pour l'amour de moi , continuez de supporter tout : ne répliquez rien, t La lésignation que recommandait l'àme cbré-' tienne du maître était dans le cœur dévoué du servitear. Une autre fois , et de même à l'heure du coucher, comme M. Hue attachait au Ut de Louis XVI une épingle noire, dont il avait fait , en la recourbant , une sorte de porte-montre , le Roi lui glissa dans la main, un papier roulé : « Voilà de mes oheveux, lui dit-il; c'est le seul présent que je puisse^ vous faire dans ce moment. » Malheureux prince, il prévoyait que l'on viendrait bientôt lui arracher cet honnête homme

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