‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 14 sur 264 · LIVRE PREMIER. — VERSAILLES · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — VERSAILLES

armes; les clubs descendent dans la rue, le tocsin sonne, le feu est aux barrières, tout se lève, tout se précipite, Paris est dans la fournaise : la révolution est debout.

L'appareil militaire est un instant déployé, mais en vain ; les soldats n'ont point d'ordre et n'agissent point; le régiment des gardes irançaises se laisse gagner. La sédition se grossit de ses succès, elle se compte, elle se régularise ; elle remarque que la cocarde verte, adoptée la veille, avait la couleur de la livrée du comte d'Artois, elle la proscrit et adopte le ruban tricolore, bleu, blanc et rouge. On court aux Invalides, on s'empare des armes, et l'on marche sur la Bastille (14 juillet 89) ; aussitôt prise qu'attaquée, la forteresse aux funèbres légendes est envahie par une innombrable populace qui massacre le gouverneur et quelques invalides désarmés. M. de Flesselles, prévôt des marchands, est tué d'un coup de pistolet; Bailly le remplace, mais sous le nom de maire de Paris. Le Roi se rend à l'Assemblée nationale ; les troupes sont congédiées : le marquis de la Fayette est chargé d'organiser la garde nationale. Rentré à pied au château , le Roi se montre sur le balcon ; la Reine et ses enfants y paraissent avec lui , des acclamations se font entendre ; de là, se rendant à la chapelle, la royale famille va chercher au pied des autels quelque adoucissement à ses chagrins. — Dès le 14 juillet la révolution était faite : tout tourne, en effet , contre les pouvoirs qui laissent apercevoir, au début , qu'ils ne sont pas en mesure de se défendre. Malheur aux faibles, dans les révolutions, comme, après les batailles, malheur aux vaincus! Chaque résistance mal calculée et mal soutenue faisait faire aussi un nouveau pas en arrière; la retraite de la royauté allait devenir une déroute.

Dans ces circonstances critiques, le Roi et la Reine voient sans regret s'éloigner ceux de leurs sujets qui semblaient le * plus intimement attachés à leurs personnes; ils poussent même l'abnégation jusqu'à engager plusieurs de leurs serviteurs à les quitter; c'est ainsi que l'émigration commence.

a4 LOUIS XVII.

La famille de Polignac jouissait de faveurs trop marquées pour n'avoir point excité Fenvie ; il n'était pas non plus de famille que la calomnie eut plus obstinément désignée à la fureur de la populace. La Reine ordonne à la duchesse de Polignac de se retirer, la ducliesse refuse. « Vous voulea donc augmenter mes inquiétudes» dit Marie-Antoinette, et me donner un tourment de plus?* Madame de Polignac n'avait point cédé à la Reine, elle obéit à son amie; sous le prétexte d'aller aux eaux, elle se retira en Suisse^ et de là en Autriche ; mais comme la gouvernante des Enfiants de France ne peut s'absenter, elle donna sa démission. Marie- Antoinette choisit madame la marquise de Toorzel pour remplir des fonctions si importantes dans tous les temps, mais périlleuses dans celui-ci ; les désastres qui dans la suite ont accablé la famille royale ont cruellement éprouvé madame de Tourzel , dont la fidéUté courageuse a si noblement justifié les paroles par lesquelles la Reine lui fit connaître sa nomination : « Je donne en dépôt à la vertu ce que j'avais confié à l'amitié ' . »

Dans un temps où la calomnie la représentait comme livrée entièrement aux plaisirs et aux distractions frivoles, Marie -Antoinette consacrait la plus grande partie de la journée à ses devoirs de mère. Elle ne perdait jamais de vue ses enfants ; à dix heures, une sous-gouvernante les lui ame* nait, et c'est en sa présence qu'ils recevaient les leçons de leurs différents maiti-es. Les inquiétudes, les appréhensions d'un avenir déjà menaçant ne firent qu'accroître cette active surveillance et ces tendres soins, qui étaient hier un bonheur et qui deviennent une consolation. La Reine mit aux mains de madame de Tourzel toutes les armes que son expé* rience lui avait acquises , et elle lui fit connaître , avec une . sincérité libre de tout ménagement , le caractère des personnes qiii entouraient ses enfants. Nous eussions peut-être hésité à publier in extenso des renseignements tout confiden-

^ £ckArd, Mémoires kisiori^ues, 2" édit., page 11.

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