‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 144 sur 264 · LIVRE VI LE TEMPLE · texte numérisé non relu

LIVRE VI LE TEMPLE

qu'elle montra beaucoup de c(HU*age et de présence d'esprit, répondant sans se troubler à toutes les questions que lui faisaient les monstres mêlés parmi nous, pour contempler leurs victimes avant de les conduire à la mort, et j'aî su positivement qu'elle avait montré le même courage dans l'interrogatoire qui précéda sa triste fin '. »

Maton de la Yarenne assure que Dangé, Michonis, Laiguillon et Monneuse, membres du conseil général de la Commune, décorés du titre de grands juges du peuple, composaient le sanguinaire tribunal installé à la Force. Roch Marcandier' prétend que madame de Lamballe fut interrogée par Fie£Gs, greffier de la Force, et que le tribunal improvisé n'était composé que de quelques particuliers. De son côté , Peltier rapporte que c'était Hébert lui-même qui présidait ce tribunal lorsque madame de Lamballe y fut amenée le 3 septembre, à sept heures du matin. Ce prétendu interrogatoire me parait fort problématique. Il n'eut pas lieu , en tout cas, à sept heures du matin, puisqu'il était onze heures quand les prisonnières forent extraites de leurs cellules. Des contemporains ont raconté que, conduite de grand matin à la porte de sa prison , la princesse y avait trouvé des bourreaux ; que ceux-ci lui ayant fait quelques questions sur la Reine , elle s'était bornée à r^ondre : « Je n'ai rien à vous dire ; mourir pins tôt ou plus tard m'est devenu indifïiérent; je suis toute préparée; « et qu'aussitôt traînée dans les cours au milieu de plusieurs cadavres, elle avait été égorgée. D'autres ont dit qu'introduite dans le greffe, madame de Lamballe se trouva mal et ne put proférer un seul mot, et qu'un personnage revêtu d'une écharpe tricolore s'écria presque aussitôt : « Élargissez madame! » formule qui cachait la sentence de meurtre; que la princesse fot alors entraînée dans cette partie de Ja rue des Ballets qui

* Voir à la fin du volume (Documents et Pièces justificatives, n« IV) le récit des périls qu*aTaient traversés madame et mademoiselle de Tourzel. ^ Dans son Histoire des Hommes de proie*

séparait, il y a peu d'années encore, la Force de la me Saint-Antoine, et qui était, en 1792, une' impasse appelée cul^de-sac des Prêtres; et que In, un premier coup de sabre l'atteignit derrière le cou et la jeta sur un tas de cadavres '.

Cette dernière version , en en retranchant la déliiillance contre laquelle proteste le récit de madame de Tourzel, semble mériter toute créance. Ce qu'il y a de certain, ce sont les atrocités qui suivirent cet assassinat. Après' avoir tué lentement cette amie de la Reine à coups de pique et de sabre, on exposa son beau corps aux regards lubriques, et on le livra à des indignités dont auraient rougi des cannibales. La mort même devint une impuissante gardienne de lu pudeur. Ensuite , avec - des couteaux on lui enleva les seins et d'autres parties du corps, oii lui coupa la tète, et chacun de ces débris sanglants fut placé au bout d'une pique ; puis on lui ouvrit le flanc gauche, une main d'homme s'y plongea tranquillement et en arracha un cœur saignant qui fut également placé au bout d'une lance pour être promené par les rues. Cette civilisation dépassait ainsi d'un seul bond -les fureurs des sauvages; et le dix-huitième siècle, si fier de ses lumières et de son humanité, finissaitpar l'anthropophagie.

Les abords de la Force , comme ceux de toutes les prisons ce jour-là , étaient encombrés d'une populace composée en grande partie de feimnes et d'enfants en haillons. Au spectacle qu'on voulait donner ne devaient point manquer les spectateurs. Il était midi quand les piques.se dressèrent dans les airs; des cris et des hurlements saluèrent les sanglants trophées, et le cortège hideux se mit en marche. Une femme qui avait été à même de connaître les qualités touchantes de madame de Lamballe, et qui lui gardait une reconnaissante affection, madame Lebel, femme d'un peintre distingué, membre de l'Académie de peinture', essayait en ce moment de s'approcher de sa prison , dans l'espoir d'apprendre de

< Voir aux Notes et Documents, n® V.

2 11 (lemcuraic rue de Bourbon, maison des Théatins.

Page 1