‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 145 sur 264 · LIVRE VI. — LE TEMPLE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LE TEMPLE

ses nouvelles. A la vue du grand mouvement qui se fait dans la foule, elle s*iftForme de ce qui se passe : « C'est, lui répond-on, la tête de la Lamballe qu'on va promener dans Paris. » Saisie de douleur et d'effroi, madame Lebel retourne en toute hâte sur ses pas et se réfugie, place de la Bastille, chez un perruquier qu'elle avait connu valet de chambre dans une grande maison , et dont elle appréciait les sentiments royalistes. Elle n'a pas eu le temps de s'y reposer, que déjà la multitude est arrivée sur la place ; elle y fait une halte , et les principaux acteurs du drame viennent précisément s'adresser au perruquier |)our accommoder la tête de madame de Lamballe, portée par un garçon boucher, nommé Jean-Antoine-Louis Lebègue. A cet aspect, madame Lebel s'évanouit; tombée entre la boutique et la pièce du fond, elle échappe aux regards, grâce au sang-froid du perruquier, qui se place devant elle , et* du pied la repousse dans la chambre, tandis qu'en causant avec ses horribles visiteurs, il lave, il décolle, il tresse et il poudre la blonde chevelure souillée de sang. « Au moins, maintenant, Antoinette pourra la reconnaître; » s'écrie le porteur en redressant sa pique, au bout de laquelle il a replacé la tête de la victime ; et le cortège se remet en route.

Nous avons dit que Manuel avait quitté le Temple. Sa visite et certaines rumeurs y avaient laissé de l'inquiétude.

A une heure, la promenade au jardin n'eut pas lieu; les municipaux s'y refusèrent. Un cavalier d'ordonnance, envoyé par eux à la découverte , vint leur annoncer qu'une foule immense se dirigeait sur le Temple , apportant la tête de la princesse de Lamballe pour la faire, disait-on, baiser à la Reine, et les traîner ensuite toutes deux par les rues de Paris. Il ajoute que dans quelques minutes ce rassemblement serait devant le Temple.

Les municipaux de service a la tour écrivent à la hâte au conseil général de la^ Commune et à l'Assemblée législative pour leur faire part du danger qui menace, les otages confiés

à leur garde, et réclamer Tenvoi de six commissaires, pris

dans leur sein parmi ceux qui jouissaient le plus de la faveur

publique.

Déjà on entendait au loin le bruit du tambour, et comme un sourd bourdonnement. Deux municipaux sortent du Temple et vont faire une reconnaissance. Peu à peu le bruit se rapproche, et bientét une foule innombrable arrive en vue du Tenople, couverte de poussière, de plâtre, les vêtements déchirés, les dieveux pendant en désordre , les mains ensanglantées : armée de l'anarchie et du meurtre, ayant pour généraux un vieillard et un enfant qui se démènent et hurlent comme les possédés du démon.

. Des groupes dispersés accouraient de toutes parts et formaient une cohue compacte, composée d'éléments divers; des femmes ivres chantaient, des enfiuits en lambeaux dansaient, des hommes déguenillés* s'agitaient en poussant mille clameurs. Et parmi tous ces cris confus, un nom se faisait entendre , prononcé à la fois par les femmes, par les enfants et par les hommes : La Lamballe ! la Lamballe !

Grossissant en chemin et entraînant tout sur son passage, cette avalanche s'arrêtait de loin en loin devant les cabarets, et des voix hurlantes demandaient à boire ; un des acteurs de cette scène v»*$ait du vin dans la bouche de la princesse, et Lebègue, placé aïKlessous, recevait ce vin dans la sienne. Puis on se renftettait en route avec tant d'ardeur, que ceux qui étaient en tête du cortège, poussés avec impétuosité par les derniers rangs, se sentaient comme portés sur une vague.

Le bruit et le tumulte allaient toujours croissant; l'air retentissait de clameurs^ de hurlements, de blasphèmes, et de rugissements de triomphe.

Arrivée devant le Temple, au commandement de halte! la masse s'arrêta : l'élite des émeutîers prit position devant la porte; mais plus bruyants encore dans leur repos que dans leur marche, les hideux bataillons saluèrent le sombre édifice

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