LIVRE VII. — LA RÉPUBLIOOE PROCLx\MÉE
que le gouvernement lui avait fait éprouver. Puis il fit d'importants aveux sur les infidélités de plusieurs personnes du service du Roi , qui recevaient par jour, pour prix de leurs délations, un ou plusieurs louis, stipulés payables en or. M. Hue , dans son ouvraf;e, Dernières années du régne et de la vie de Louis XVI, a gardé sur la perfidie de ces traîtres une sitencieuse et magnanime réserve , ne devant pas , dit-il , mettre à découvert leurs noms, quand son vertueux maître les a voulu taire , et quand , dans son immortel testament, il a prié son fils de ne songer qu*à leurs malheurs. L'àme du maître ay^ait épanché dans i'àme de ce digne serviteur ses sentiments de clémence ineffable et de pardon.
Passant ensuite à la famille royale, Ghaumette laissa entrevoir je ne sais quel intérêt pour le Dauphin. « Je veux , dit-il, lui faire donner quelque éducation ; je Téloignerai de sa famille pour lui faire perdre l'idée de son rang ; quant au Roi, il périra. Le Roi vous aime.... » A ces mots, M. Hue ne pouvant retenir ses larmes, « Donnez un libre cours à votre douleur, continua Ghaumette ; si vous cessiez un instant de regretter votre maître, moi-même je vous mépriserais. » Malgré cette compassion apparente, les démarches de M. Hue demeurèrent sans succès.
A cette époque, la Gonvcntion nationale remplaça l'Assemblée législative. Le dénoiiment se faisait proche ; le drame révolutionnaire courait à son sinistre but. L'Assemblée légis* lative, triste assemblée qui n'avait eu ni le courage de la vertu ni l'énergie du crime, avait amené la victime au Temple; la Gonvention devait l'y venir prendre pour l'immoler. Elle arrivait en portant au front la marque de son odieuse origine : c'était à la faveur des massacres de septembre et pendant ces massacres qu'elle avait été nommée ; on peut donc dire qu'elle avait été conçue dans le meurtre et datis le sang. La plus grande partie des électeurs avait été écartée des comices par la peur ou par la violence; 1,500,000 électeurs seulement avaient pris part au scrutin , et tous les
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noms chers à la révolution avaient triomphé : les ouvriers
étaient taillés pour la sanglante besogne qui les attendait.
Dès la première séance de la Convention (21 septembre 1792), sur la motion de Collot-d*Herbois et presque sans discussion, la royauté, déjà supprimée de fait, fut aboUe officiellement, et la République proclamée. Aussi bien le Rot n'était plus depuis plus d'un an qu'une dérision couronnée. Le même jour, à quatre heures du soir, un offider municipal , nommé Lubin , vint , entouré de gendarmes à cheval et d'une nombreuse populace , lire une proclamation devant la tour. Les trompettes sonnèrent, et il se fit un grand silence ; Lubin avait une voix de stentor : la famille royale put entendre distinctement la proclamation :
« La royauté est abolie en France. Tous les actes publics seront datés de la première année de la République. Le sceau de l'État portera pour légende ces mots : République de France. Le sceau national représentera une femme assise sur im faisceau d'armes, tenant à la main une pique surmontée du bonnet de la liberté. »
Hébeit , si connu sous le nom de Père Duchéne , et Destournelles, depuis ministre des contributions publiques, se trouvaient de garde auprès de la famille royale ; ils étaient en ce moment assis près de la porte, essayant de saisir sur I9 physionomie des captifs les secrètes émotious de leur âme : le Roi , i\ leur sourii*e expressif, reconnut leur intention ; il tenait un livre à la main , et il continua de lire sans que la moindre altération parût sur son visage. La Reine, comme lui , demeura calme et digne ; pas un mot , pas un mouvement qui pCit accroître la jouissance des deux observateurs. La proclamation finie, les trompettes sonnèrent de nouveau; Cléry se mit à une fenêtre : aussitôt les regards de la populace se tournèrent vers lui ; on le prit pour Louis XVI : il fut accablé d'injures. Les gendarmes lui firent des signes menaçants avec leurs sabres, et il fiit obligé de se retirer pour faire cesser le tumulte.