‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 156 sur 264 · LIVRE VIL — LA RÉPUBLIQUE PROCLAMÉE · texte numérisé non relu

LIVRE VIL — LA RÉPUBLIQUE PROCLAMÉE

si mal à propos aî{juilionné les surveillants, fit éclore un sourire aux lèvres de la famille royale. Pauvre enfant, dont Tinnocence trouvait un sujet de plaisanterie dans un événement qui allait fournir des prétextes à ceux qui préparaient la mort de son père !

Le mercredi, 26 septembre, Cléry fiit informé par un municipal qu'on se proposait de séparer le Roi de sa famille, l'appartement qu'on lui destinait dans la grande tour étant bientôt prêt. Gléry annonça avec beaucoup de précautions cette nouvelle cruauté à son maître, et lui témoigna combien il lui en coûtait de l'affliger. « Vous ne pouvez me donner une plus grande preuve d'attachement, lui dit le Roi; j'exige de votre zèle de ne me rien cacher, je m'attends à tout ; tachez de savoir le jour de cette pénible séparation et de m'en instruire. »

Le 27, les commissaires municipaux qui composaient le conseil du Temple exposent, dans un rapport adressé au conseil général de la Commune, qu'il se formait des rassemblements nocturnes de trois à quatre cents hommes, près de l'enceinte extérieure de la tour; qu'on y jouait différents airs sur le flageolet; qu'on y faisait plusieurs signaux; et qu'on avait même entendu des cris de Vive le Roi. » Nous avons pris des mesures, ajoutent-ils, pour prévenir Teffet de ces machinations. » Ils proposent ensuite au conseil général d'ôter à Louis XVI le crachat, le cordon rouge et tous les autres signes de la féodalité qu'il porte sur son habit».

Le 28, Santerre se plaint à la Commune de la lenteur des travaux du Temple, et des entraves apportées par les démolitions et les constructions à la garde des postes presque dénués de diéfense. De là une grande confusion ; le commandant général propose d'employer au prompt achèvement des plans arrêtés les 500,000 livres destinées au traitement de Louis , et de supprimer le poste placé au-dessus de l'appar-

* Histoire du dernier régne de la monarchie , t. I, page 126.

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teinent du Roi. La voix de Santerre fut écoutée. Une vive impulsion Fut donnée aux travaux , et, quant au corps de gaVde en question , il fut facilement supprimé; la mesure prise le lendemain devait , comme on va le voir, en rendre le maintien inutile.

Le 29, à dix heures du matin, cinq ou six municipaux entrèrent dans la chambre de la Reine , où était réunie sa famille. L'un d'eux, nommé Charbonnier, fit lecture d'un arrêté du conseil de la Commune, qui leur ordonnait « d'enlever papier, encre, plumes, crayons et même les papiers écrits, tant sur la personne des détenus que dans leurs chambres , ainsi qu'au valet de chambre et autres personnes du service de la tour; de ne leur laisser aucune arme quelconque, offensive ou défensive; en un mot, de prendre toutes les précautions nécessaires pour ôter tout commerce de Louis le dernier avec autres personnes que les officiers municipaux'. » Le même commissaire ajouta, de vive voix, en s'adressant au Roi : « Lorsque vous aurez besoin de quelque chose , Cléry descendra et écrira vos demandes sur un registre qui restera dans la salle du conseil. » Louis XVI et sa famille, sans faire la moindre observation, se fouillèrent, donnèrent leurs papiers, crayons, nécessaires de poche, etc. Les municipaux visitèrent ensuite les chambi'es, les armoires, et emportèrent les objets désignés ^ar l'arrêté. Cléry apprit par un d'eux que le soir même le Roi serait transféré dans la grande tour; il trouva moyen de l'en fieiire aVl^rtir par Madame Elisabeth.

En effet, après le souper, comme le Roi quittait la chambre de Marie- Antoinette pour remonter dans la sienne, un municipal lui dit d'attendre, le conseil ayant quelque chose à lui communiquer. Un quart d'heure après, les six commissaires qui le matin avaient enlevé les papiers, parurent et firent lecture à Louis XVI d'un second arrêté qui ordonnait sa séparation de sa fiimille. Jamais les prescrip*

* Ari'liivc3 de rEinpiitî.

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