‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 157 sur 264 · LIVRE VII. — LA JRÉPUBLIQUE PROCLAMÉE · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LA JRÉPUBLIQUE PROCLAMÉE

lions de la Commune n'avaient eu encore une forme aussi acerbe'. Quoique préparé à cet événement, le Roi en fut profondément affecté. Sa famille désolée cherchait à lire dans les yeux des municipaux jusqu'où devaient s'étendre leurs projets; ce fut en la laissant dans les plus vives alarmes que le Roi reçut ses adieux. Marie -Antoinette et Madame Elisabeth pleuraient h chaudes larmes. Louis leur prit les mains et les serra avec un sentiment expressif, qui disait : Résignons-nous. Cette séparation, qui annonçait tant d'autres malheui*s, fut un des moments les plus eniels que cette royale famille eût encore passés au Temple. Elle apprenait, chaque jour, que les bornes d'une infortune qu'elle croyait sans bornes, pouvaient être reculées, et la révolution lui faisait descendre la pente d'un abîme de douleurs sans égales dans le passé, et que Dieu, il faut l'espérer, épargnera à l'avenir.

Cléry suivit le Roi dans sa nouvelle prison.

L'appartement de Louis ÎVI dans la grande tour n'était point achevé; il n'y avait qu'un seul lit, aucun autre meuble n'y avait encore été placé; les peintres et les colleurs y travaillaient encore, ce qui causait une odeur insupportable. On destinait à Cléry une chambre éloignée de celle du Roi ,

• Commune de Paris. — Du Î9 septembre 1792, l'an IV* de la Liberté, et l'** de rÉgalité, l^^ de la République française.

Extrait du regist»^ des délibérations du conseil généra!. « La garde des prisonnier du Temple devenant tous les jours plus difficile par leur concert et les mesures qu'ils peuvent prendre entre eux, la responsabilité du conseil général de la Commune lui im{)ose l'impérieuse loi de pi-évenir les abus qui peuvent faciliter l'évasion de ces traîtres ; il a pris l'arrêté suivant :

• 1» Que Louis et Antoinette seront séparés;

« 2® Que chaque prisonnier aura un cachot particulier;

• 3<* Que le valet de chambre sera mis en état d'arrestation ;

I» 4» Adjoint avec les cinq commissaires déjà nommés, le citoyen Hébert;

«5® Les autorise à metti» h exécution l'arrêté de ce soir, sur-le-champ, même de leur ôtcr l'argenterie, les accessoires pour la bouche; en un mot, le conseil général donne plein pouvoir a ses commissaires d'employer tout ce que leur prudence leur prescrira pour la sûreté de ces otages. ■

(Archives de l'Empire.)

mais il passa la première nuit sur une chaise auprès de son maître, et, le lendemain, le Roi obtint, non sans difficulté, qu'on donnât à son serviteur une chambre à côté de la sienne.

Après le lever du Roi, Gléry voulut se rendre dans la petite tour, pour habiller le jeune Prince; les municipaux s'y refusèrent. « Vous n'aurez plus de oonmiunication avec les prisonnières, lui dit l'un d'eux*, votre maître non plus; il ne doit pas même revoir ses enftints. »

A neuf heures, le Roi demanda qu'on le conduisit vers sa famille. « Nous n'avons pas d'ordre pour cela, » dirent les commissaires. Louis leur fit quelques observations; ils ne répondirent pas.

Une demi -heure après, deux municipaux entrèrent suivis d'un garçon servant, qui apportait au Roi un morceau de pain et une carafe de limonade pour son déjeuner; le Roi leur témoig[na le désir de diner avec sa famille; ils répon> dirent qu'ils prendraient les orcTres de la Commune. « Mais, ajouta Louis, mon valet de chambre peut descendre, c'est lui qui a soin de mon fils, et rien n'empêche qu'il ne continue de le servir. — Gela ne dépend pas de nous, » dirent les conunissaires, et ils se retirèrent.

Gléry était dans un coin de la chambre, Uvré aux réflexions les plus tristes : d'un côté, il voyait les souffrances de son maître ; de l'autre, il se représentait le jeune Prince abandonné peut-être à d'autres mains. On avait déjà parlé de le séparer de ses parents; et quelles nouvelles souffrances cet enlèvement ne causerait-il pas à la Reine! Gléry était en proie à ces pénibles préoccupations, lorsque le Roi vint à lui, tenant à la main le pain qu'on lui avait apporté, et lui en présentant la moitié : « Il parait qu'on a oublié votre déjeuner, lui dit-il, prenez ceci, j'ai assez du reste. » Gléry refîisa, mais Louis insista. Gléry ne put retenir ses larmes, le Roi s'en aperçut, et laissa couler les siennes.

^ Il s'appelait Véron.

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