‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 17 sur 264 · LIVRE PREMIER. — VERSAILLES. M · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — VERSAILLES. M

Miëe, calomniée dans le passé par la politique, et de notre temps par la légèreté , vont Bnîr sans retour.

Les g[randeurs illusoires dont on l'avait bercée dès l'en* fance , l'admiration des peuples , la mémoire {glorieuse de ses aïeux , la pensée qu'elle était assise sur le trône le plus beau de l'univers, tout lui faisait un grand piédestal et nourrissait en elle une sorte de croyance naïve, dépouillée d'orgueil, qui la faisait supérieure aux autres femmes.

Sa charmante figure, son esprit et sa grâce semblaient, aussi bien que son rang, lui donner accès dans la sphère des êtres heureux; ses fraîches matinées s'écoulaient dans les enchantements, sa jeune vie se dépensait dans le mensonge riant des plaisirs de la cour et dans te charme de toutes les affections douces et pures.

Jamais elle n'était insensible à la vue d'un malheureux ; elle allait où l'appelait son cœur, et son cœur la poussait vers ceux qui souffrent.

Elle avait pour ses amies une affection tendre et smcère, et était toujours prête h leur en donner des preuves.

Ce ne fut pas seulement aux jours du péril et du malheur que se montrèrent les touchantes qualités de Marie-Antoinette.

Elle n'avait encore reçu aucun outrage des hommes ni du sort, tout était encore bonheur autour d'elle, et déjà son âme était l'asile des plus sérieuses pensées et des plus généreux sentiments.

Ce siècle de la philosophie , ce siècle de décevante lumière et d'éclairs funestes, recevait à son déclin un rayon dont il n'était pas digne , un rayon pur et bienfaisant de cette jeune Reine que d'infimes pamphlets allaient poursuivre jusque dans la gloire du martyre : la royauté qui allait mourir retrouva par elle un instant de sa gaieté élégante , de son hu» meur chevaleresque et de sa grandeur.

Malheureusement la Reine avait , en montant sur le trône , la même inexpérience que le Roi ; tout fut tourné contre elle, ses qualités autant que ses défauts, les grâces de son

esprit autant que les erreurs d'appréciation qu'elle put coior mettre, Tenjouement de son hutoeur, la simplicité de ses habitudes , la vivacité et la constance de ses amitiés.

La calomnie s'attacha à elle comme h sa proie ; elle noircît ses démarches, envenima ses paroles, empoisonna ses actions, et sema autour d'elle ces haines furieuses qui devaient finir par l'étoufier.

Le 1 7 juillet, le Roi , malgré de sinistres avis, voulut tenir la promesse qu'il avait faite d'aller à Paris ; il monta en voiture a orize heures , oprès avoir fait les plus touchants adieux à sa famille. La Reine, tremblante pour les jours du Roi, passa cette journée dans les plus vives alarmes ; ses enfiints ne la quittèrent pas un instant ; le Dauphin allait sans cesse à la fenêtre , voulant être le premier à annoncer le retour de son père. « Il va revenir, maman , s'écriait-il , il va revenir. Mon père est si bon qu'on ne peut pas lui faire de mal ! » Le Roi arriva, il passa de sa voiture dans les bras de la Reine» dans ceux de ses enfants ; Versailles fut dons la joie ; le peuple envahit la cour de marbre, portant des branches de saule garnies de rubans, et qui, à la faveur de la nuit, offraient l'apparence de rameaux d'olivier. Demandé par les transports de la plus vive allégresse, le Roi parut par deux fois au balcon avec sa famille. Cette soirée toutefois ne pouvait lui faire oublier les soucis de la journée : l'orage qu'il avait laissé derrière lui à Paris menaçait d'un jour a l'autre de venir fondre sur Versailles.

Depuis longtemps les factieux épiaient l'occasion de tenter un coup de main. Un repas fut donné par les gardes du corps du Roi , dans la salle de spectacle du château , aux officiers du régiment de Flandre qui venait de prendre garnison à Versailles (1" octobre 89) , et ce repas fut un instant honoré de la présence de la famille royale. Cette circonstance fut tout aussitôt interprétée culomnieusement par les meneurs, et leur servit de prétexte pour donner le signal de l'insurrection : les récits mensongers circulent, les accusations

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