‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 18 sur 264 · LIVRE PREMIER. — VERSAILLES · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — VERSAILLES

S élèvent, les colères se déchaiueot; une troupe de furies parcourt la capitale, criant : Du pain! du pain! Le tambour bat, le tocsin sonne. La populace des faubourgs s'ameute et se met en route (5 octobre) ; des femmes ëchevelées, des hommes ivres, ouvrent le cortège, qui va grossissant à tra* vers la ville; les provocateurs, armés de haches et de couteaux, se mêlent à la garde nationale et entourent M. de la Fayette , qui est tristement contraint de les conduire h Versailles '. A six heures, à travers un brouillard épais, on entrevoit dans l'avenue de Paris cette multitude de femmes qui servaient d'avant-garde à la milice parisienne : elles se dirigent vers le château , elles y envoient une députation ; Louise Chabry , ouvrière en sculpture, âgée de dix-sept ans, chargée de prendre la parole , balbutie quelques mots sur la disette et sur la misère du peuple , et semble prête à s'évanouir, tant le maintien calme et le regard assuré du Roi l'ont frappée d'étonnement et de respect. « Mes amis , leur dit-il , si vous êtes malheureux , ce n'est pas ma faute ; je le suis plus que vous. Je vais faire donner aux directeurs des greniers de Gorbeil et d'Étampes l'ordre de délivrer les grains et les farines dont ils peuvent disposer. Puissent ces ordres être mieux écoutés que ceux que j'ai donnés jusqu'à ce jour ! » La jeune artiste , se rassurant , fit alors à la Reine quelques remontrances sur son goût excessif de dépenses et de plaisirs frivoles qui contrastait avec la pénurie publique. Aux termes modérés de ces reproches se mêlèrent, du fond de la foule, quelques paroles menaçantes. <^Ne craignez rien. Madame, dit alors ^ la Reine une des poissardes, c'est un conseil d'amies que nous vous donnons, et pour prouver que nous vous .pardonnons le passé, nous vous demandons la faveur de vous embrasser. « Ce que firent trois ou quatre d'entre

^ L*ordrc de la mutiicipalitc était ainsi formule :

• Va la Tolonta do peuple, il e«t enjoiot aa commandant néoéral de se. rendre à Vcrtaillcs. »

Signé f Baillt.

{Ànecdoîts du règne de Louis XVI. Pari», 17W, t. VI, p. *Î5.)

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elles. En se retirant ^ Louise Ghabry voulat baiser la main de Louis XVI; celui-ci l'embrassa. Ces femmes, stipendiées pour maudire, laissèrent échapper des bénédictions ; venues pour proférer des menaces de mort, elles se retirèrent en criant Vive le Roil A ce cri inattendu répondent des cris de haine et de rage ; la pauvre Louise Ghabry, qui ignorait que lu demande de pain n'était qu'un prétexte, allait être pendue à la lanterne , si quelques gardes du corps , fendant la fbule , ne l'eussent arrachée aux furieux. Elle retourna presque aussitôt à Paris avec sa bande , qui n'eut aucune part aux crimes de la nuit suivante.

Cependant, tout à l'entour du palais grossissaient en bouillonnant les hordes de mégères que le crime avait ramassées dans les boues de Paris pour les pousser sur Versailles ; et avec elles arrivaient ces bataillons hideux et déguenillés, armés au hasard de haches et de bâtons, de piques et de couteaux , troupes recrutées dans les cachots et que la i^volution commençait à mettre en ligne ; puis enfin les colonnes régulières de la milice parisienne , ayant a leur tête un chef que le mouvement pousse et qui semblait le conduire , esprit honnête mais plein d'illusions et d'irrésolution , qui passa sa vie à préparer ce qu'il aurait désiré empêcher, et à s'étonner de voir les conséquences qu'il ne voulait pas sortir des causes qu'il avait voulues.

La Fayette était donc venu au secours de son Roi , qu'il voulait sauver et qu'il craignait de fortifier. Cependant il se rassure et rassure le Roi : il répond sur sa tête du salut de tout le château, donne quelques consignes, place quelques sentinelles, harangue la garde nationale et visite les principaux quartiers de la ville.

La Reine était convenue avec madame de Tourzel qu'au moindre bruit elle lui amènerait ses enfants chez elle ; mais elle lui fit dire a onze heures du soir, que si on avait de l'inquiétude, elle devait au contraire les conduire sur-le-champ chez le Roi. La Reine venait d'être avertie des périls person-

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