‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 174 sur 264 · LIVRE VIII. — LA GROSSE TOUR DU TEMPLE · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LA GROSSE TOUR DU TEMPLE

feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune écriture secrète. Le linge que quittaient les 'prisonniers était aussi examiné. C'étaient les avanies journalières de la captivité.

Renfermée dans la tour depuis plus de deux mois et demi, la famille royale n'avait encore vu que des mandataires de la Commune, lorsque, le 1^ novemlH*e, on lui annonça une députation de la Convention nationale \ composée de J. B. Drouet, de François Chabot et de Duprat. Cette députation arriva au Temple vers dix heures du matin. Elle donna communication de ses pouvoirs, s'installa dans le château, interrogea les officiers municipaux et le conunandant en chef de la force armée, et ayant obtenu J'eux tous les renseignements qu'elle désirait, elle requit les commissaires de lui faire ouvrir les portes de la tour.

Accompagnés de San terre et des m«nbres du conseil du Temple, les députés montèrent au second étage, où ils trouvèrent la famille royale réunie. Ils examinèrent l'appartement en détail et rentrèrent dans la diambre du Roi , où Drouet s'assit auprès de Marie-Antoinette; à son exemple, Chabot et Duprat prirent un siège. A la vue du maître de poste de Sainte-Menehould , la Reine ne put maîtriser un mouvement d'horreur. Drouet ne le vit pas ou feignit de ne pas le voir : aNous venons, dit-il, en s'adressant plus particulièrement à Louis XYI, vous demander si vous vous trouvez bien, si vous ne manquez de rien, et si vous n'avez pas de plaintes à former. — Je ne me plains de rien , répondit le Roi, je ne veux pas me plaindre lorsque ye suis avec ma famille. » Quelques questions lui étant encore adressées $i*r la conunodîté de son appartement , sur sa nourriture : m Je vous l'ai dit, je ne me plairs de rien; je désire seulement qu'on me laisse la sat^sfiaction de vivre réuni avec ma fa« mille. » Gléry, qui se tenait debout près de la porte avec les municipaux de service, fit observer en termes respectueux qu'on ne payait pas les marchands qui fournissaient au

* Voir À la fin du volume, Documente et Pièce* justificatives, n*» VI.

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Temple. Chabot répondît : «La nation n*est pas à un éca près. — Oui , messieurs, dît alors Louis XV I , c'est là une question sur laquelle il est de mon devoir d'appeler toute votre attention. Je demande aussi que la commission fiisse remettre à mon valet de chambre , ou déposer au conseil du Temple Y une somme de deux mille livres pour les petites dépenses couratites , et qu'on nous fasse parvenir du linge et d'autres vêtements dont nous avons le plus grand besoin. » La commission promit que ce triple vœu serait exaucé.

Le troisième étage fut inspecté avec le même soin » ainsi que toutes les dépendances du Temple , et en particulier les cuisines et les ouvrages en construction. Le patriote Palloy assura que les travaux seraient achevés dans un mois; mais il se plaignit du retard qu'apportaient les architectes de la Commune à r^ler ses mémoires. « Il faut, dit-il, qu'ils soient ordonnancés dès demain, afin que mes ouvriers soient payés samedi. » Cette réclamation, consignée au rapport de la députation, ne ^ fut pas élevée en vain '; mais les trois demandes de Louis XVI demeurèrent sans résultat. Il y avait déjà longtemps que le maçon avait plus d'autorité que le Roi.

Les envoyés de la Convention passèrent la journée au Temple. Après le diner ils firent une seconde visite aux prisonniers. Drouet paraissait embarrassé ; instrument des in(t>rtunes royales, avait-il la conscience de tout le mal qu'il avait fait, et l'aspect de cette famille malheureuse éveillait-il en lui quelque remords passager? Je ne sais; mais nous tenons pour certain qu'avant de quitter le Temple il se fit introduire de nouveau au troisième étage de la grande tour. Il était pâle, sa voix était faible ; il demanda à la Reine d'un ton mélancolique si elle n'avait pas de plaintes à former; la Reine ne lui répondit pas. Il renouvela deux fois la même question :

< Quelques jours plus Urd, le citoyen Lemarcliand , entrepreneur de travaux de menuiserie du Temple, signa rengagement de terminer son ouvrage pour le 28 novembre.

(Archives de TEmpire, carton E, n® 6,207.)

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