TOME I. Î
dant son séjour au Temple. Je ne le connaissais point encore, et j*ëtai6 loin d*apprécier ses qualités. Je l'avais même entendu , h la Commune , se permettre sur les détenus quel* ques remarques, sinon peu respectueuses, du moins inconséquentes. Né en Gascogne ' , à toute la vivacité naturelle an pays il joignait une extrême finesse : ne redoutant au€on danger, il s'exposait à tout pour être utile; mais, habile à se couvrir du masque du républicanisme, il servait d'autant mieux la famille royale qu'on le soupçonnait moins d'attachement pour elle.
» Lorsqu'il fut parti, j'osai demander à la Beine si elle était bien sûre de l'honmie avec qui je l'avais vue s'entretenir, et je lui citai quelques mots dont j'avais été choqué. « Soyez sans inquiétude, me répondit-elle, je sais pourquoi il agit ainsi : c'est un fort honnête homme. » Peu de jours après, Toulan me dit que les Princesses lui avaient recommandé de connaître quel homme j'étais, et de se concerter avec moi s'il pouvait le iàire en sûreté.
» Le déjeuner fini, mou collègue, ayant aperçu un clavecÎB à l'entrée de la chambre de Madame Elisabeth , essaya d'en tirer quelques sous ; il était en si mauvais état, qu'il ne put réussir. Aussitôt la Reine s'avança et nous dit : « J'aurais désiré me servir de cet instrument pour continuer de donner des leçons à ma fille ; mais on ne peut en Eaire usage dans l'état où il est, et je n'ai pu obtenir encore qu'on le fît accorder. » Nous promimes que dans la journée nous ferions venir la personne dont elle nous donna le nom : inous lui en* voyàmes un exprès, et, le soir, .le clavecin fut accordé. £n parcourant le peu de musique qui était sur cet instrument , nous trouvâmes un morceau intitulé la Reine de France. « Que les temps sont changés ! » nous dit Sa Majesté ; et nous ne pûmes retenir nos larmes ^, »
< Toulan (François- Adrien), né à Bordeaux, était employé à Tadministration i\qs hietïê des émigrés, autrement dits des biens nationaux. 2 Quelques souvenirs et notes fidèles déjà cités.