‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 184 sur 264 · LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI. «Ti · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI. «Ti

Le mardi 11 décembre, une grande rumeur réyeilla Paris : la générale battait dans tous les quartiers, et, dès cinq heures , la cavalerie et le canon entraient dans la coar du Temple. Ce bruit et cet appareil auraient cruellement alarmé la famille royale, si elle n'en avait pas connu la cause; elle feignit cependant de l'ignorer, et demanda quel* ques explications aux commissaires de service ; ils refusèrent de répondre. A neuf heures, comme de coutume, le Roi et le Dauphin montèrent ponr le déjeuner dans l'appartement des Princesses. La famille royale resta réunie pendant une heure, mais la présence continuelle des municipaux l'empêcha de se livrer à aucune -confidence , dans un moment où tant de craintes devaient l'assiéger. A dix heures, il fallut se séparer : leurs regards exprimaient ce que leurs lèvres ne pouvaient dire. Le Dauphin, comme les autres jouiS, descendit avec son père; c'était l'heure où le jeune Prince engageait souvent le Roi à jouer avec lui une partie de siam : ce jour-là il fit tant d'instances que Louis XVI, malgré ses préoccupations, ne put s'y refuser. L'enfant perdit toutes les parties, et deux fois il ne put aller au delà du nombre seize, « Toutes les fois que j'ai ce point de seize, je perds, » dit-il avec un léger dépit. Le Roi ne répondit rien : nul ne savait mieux que lui que ce nombre*là n'est pas heureux.

Après le jeu vint l'étude, et Louis XYI donnait une leçon ile lecture à son fils, lorsque, à onze heures, deux municipaux vinrent chercher le jeune Prince pour le conduire chez sa mère. Le Roi demanda le motif de cet enlèvement; les commissaires répondirent qu'ils exécutaient les ordres de la Commune; Louis XVI embrassa son ïls, et chargea Cléry de le conduire. Revenu bientôt chez le Roi, Cléry lui dit qu'il avait laissé le jeune Prince dans les bras de la Reine; Louis parut se tranquilliser. Un des commissaires rentra presque aussitôt pour lui annoncer que le maire de Paris était au conseil avec un nombreux cortège, et qu'il allait

monter. « Que me veut-il? » dit Louis XVI. « Je Tignore, » répondit le municipal. Le Roi parcourut plusieurs fois sa chambre a pas pressés, et s'assit ensuite sur un fauteuil auprès de son lit. La porte était à demi ouverte, et les municipaux n'osaient rentrer, dans la crainte d'être questionnés. Une demi-heure s'étant passée ainsi dans le plus profond silence, ils commencèrent cependant à s'inquiéter de ne plus entendre le Roi , et pénétrèrent doucement dans la chambre. Ils le trouvèrent la tète appuyée sur l'une de ses mains. « Que me voulez-vous? leur dit-il d'un ton élevé. — Je craignais, répondit un municipal, que vous ne fussiez incommodé. — Noi); je vous suis obligé, répliqua le Roi avec l'accent d'une vive douleur; mais la manière dont on m'enlève mon fils m'est infiniment sensible. » Les commissaires ne répondirent rien et se retirèrent.

La députation qui venait chercher le royal accusé était arrivée au Temple à onze heures; mais le secrétaire-greffier de la Commune avait oublié l'ampliation du décret de la Convention, et il avait fallu envoyer chercher cet acte, afin de pouvoir procéder d'une manière régulière. Louis XVI resta pendant deux heures d'attente , livré ii ses tristes pensées. Ce n'est qu'à une heure que Chambon ' , maire de Paris, se présenta; il était accompagné de Chaumette, procureur général de la Commune, de Coulombeau, secrétairegreffier, de plusieurs officiers municipaux, et de Santerre, commandant de la garde nationale, suivi lui-même de ses aides de camp. Le maire annonça au Roi qu'il venait le

1 Chamlion de Mon taux (Nicolas), né en 1748 k Brevannes (Hante-Mame), médecin à Langres, était venu, en 1780, s'établir à Paria, où il avait fait se» études médicales. Â Tépoqne de la révolution , il était médecin en chef de la Salpêtnèrc. Il quitta cette position pour remplir des fonctions administratives. Elu maire de Paris le 3 décembre 1792, il se fit remarquer par la modération de son caractère, et fut un de ceux qui réclamèrent avec le plus de chaleur la représentation de fAmi des lois. Il eut beaucoup À souffrir pendant la courte durée de ses fonctions municipales, dont il donna la démission le 3 février 1793. Outre les nombreux ouvrages qu'il avait publiés sur la médecine, il fit paraître, en 1814, un Mémoire justificatif de sa condnite à l'époque du procès du Roi. 11 est mort en 1826.

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