‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 186 sur 264 · LIVRE IX. — PROCÈS DU ROï · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROï

dont les chefs essayaient en vain d'étouffer l'accent royaliste'. Les flots du peuple entravèrent une seconde fois la marche dti cortég^e entre la porte Saint-Denis et la poi^e Saint-Martin ; Louis jeta un regard sur ces deux monuments consacres à la gloire de son aïeul , et demanda si l'on abattrait ces deux arcs de triomphe. Chaumette répondit que celui de la portte Saint-Denis étant un chef-d'oeuvre, on pourrait le conserver. Nous ne suivrons pas plus loin la sinistre voiture , qui va jeter devant une juridiction exceptionnelle le Prince au nom duquel là France avait rendu les arrêt» de la justice pendant dix-huit ans.

La fieKé de la Reine fut désarmée par l'inquiétude de l'épouse. Pour la première fbis, elle daigna interroger les municipaux ; elle n'obtint d'eux aucun renseignement sur ce qui se passait ; ils ne purent que lui répondre que Louis était pairti pour l'Assemblée nationale. Marie-Antoinette vit bientôt entrer chez elle Cléry, amené par un municipal. Homme d'extérieur honnête et' de langage poli , ce commissaire ressemblait peu a ses collègues. Resté seul avec Cléry, après le départ du Roi, il lui avait appris que Louis ne reverrait plus sa famille, mais que le maire de Paris devait encore consulter quelques députés sur cette séparation. Cléry avait pro«fité du bon vouloir de ce municipal pour se faire conduire auprès du Dauphin , qui était cliez la Reine.

Les Princesses et le Prince Royal descendirent comme de coutume, pour le duier, qui fiit servi dans la salle à manger du Roi. Le repas fut court et silencieux. Remontées aussitôt dans leur appartement, les captives, je ne sais par quel mi* racle, eurent à se louer ce jour-là de leurs geôliers. Leur malheur devenait si grand, qu'il commençait à étonner leurs

^ II se nommait Hyronnet, et était commû aux impositions. SaïUerrc fit le soir même un rapport contre lui nu conseil général, qui, « considérant qu'il était de son devoir de faire respecter le snnctnaire des lois et de maintenir robéissance aux autorités constituées, arrêta que ledit citoyen IJyvonnet, comme prévenu de projets séditieux, et convaincu d'avoir insulté aux magistrats do peuple , serait tmduit i la prison de 1* Ahbaye. •

ennemis. Il y eut ce jour-là des municipaux qui n'injurièrent pas le Roi y chose heureuse, et qui eurent quelque attention pour des femmes , chose rare. Un seul commissaire resta pi-ès de la Reine après diner : c'était un jeune homme d'environ vingt-quatre ans, de la section du Temple, et qui se trouvait de garde a la tour pour la première fois. Tandis que Marie- Antoinette liait conversation avec lui , l'interrogeait sur son état , ses parents , etc. , Madame Elisabeth passait dans sa chambre et faisait signe u Clëry de la suivre. Depuis l'heure de la captivité, Madame Elisabeth n'avait point encore eu un entretien si facile et si long avec le serviteur de son frère. Elle sut par lui que la Commune avait arrêté de séparer le Roi de sa famille, que la Convention n'avait encore rien décidé à cet égard , mais que le maire était chargé d'en faire la demande, et que probablement cette séparation aurait lieu dès le soir même.

ft La Reine et moi, répondit Madame Elisabeth, nous nous attendons à tout, et nous ne nous faisons aucune illusion sur le sort que l'on prépare au Roi ; il mourra victime de sa bonté et de son amour pour son peuple , au bonheur duquel il n'a cessé de travailler depuis son avènement au trône. Qu'il est cruellement trompé, ce peuple! La religion du Roi et sa grande confiance dans la Providence le soutiendront dans cette suprême adversité Enfin, Cléry, «

ajouta Madame Elisabeth, pensant qu'elle parlait ù son confident pour la dernière fois , « vous allez rester seul près de mon frère ; redoublez, s'il est possible, de soins pour lui ; ne négligez aucun moyen pour nous faire parvenir de ses nouvelles ; mais pour tout autre objet ne vous exposez pas , car alors nous n'aurions plus personne à qui nous confier. »

Cléry chercha avec la Princesse les moyens à employer pour entretenir une correspondance. Turgy fut nommé comme étant le seul qui pût être admis dans le secret. Il fut convenu que Cléry continuerait de garder le linge et les habits du Dauphin ; que tous les deux jours il enverrait ce

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