‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 187 sur 264 · LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI

qui serait nécessaire au jeune Prince , et profiterait de cette occasion pour donner des nouvelles de ce qui se passerait chez le Hoi. En outre, Madame Elisabeth lui remit un de ses mouchoirs : « Vous le retiendrez, dit-elle, tant que mon frère se portera bien ; s'il arrivait qu'il fût malade , vous me l'enverriez dans le linge de mon neveu. » La manière de le plier devait indiquer la gravité du mal. « Âvez-vous entendu parler de la Reine aux municipaux? demanda encore Madame Elisabeth avec une sorte de terreur. Savez-vous quel sort on lui réserve? Hélas! que peut-on lui reprocher?

— Bien, Madame, répondit Cléry; mais que peut-on reprocher au Roi? — Oh! rien, rien, dit Madame Elisabeth; mais peut-être regardent-ils le Roi comme une victime nécessaire à leur sûreté ; la Reine au contraire et ses enfants ne seraient pas un obstacle à leur ambition. » Cléry voulut lui donner l'espoir que le Roi ne serait condamné qu'à la déportation. « Oh! je ne conserve aucune espérance, » répondit Madame Elisabeth en étouffant ses larmes.

La crainte de l'arrivée des municipaux mit fin à cette conversation ; la Princesse rentra dans l'appartement de la Reine. Tison et sa femme , espions en permanence , dirent alors à Cléiy : « Vous n'êtes jamais resté si longtemps avec Éiisabetli ; il est à craindre que le commissaire ne s*en soit aperçu.

— Il n'y a rien à craindre, répondit nonchalamment Cléry; Madame Elisabeth me parlait de son neveu, lequel probablement demeurera désormais auprès de sa mère. » Un kistant après Cléry rentrait chez la Reine, qui, par un regard, lui fit comprendre qu'elle était déjà instruite des arrangements concertés, et par un sourire lui en témoigna sa satisfaction. A six heures, il fut mandé dans la chambre du conseil ; les municipaux lui lurent un arrêté de la Commune, qui lui interdisait toute communication avec les trois Princesses et le jeune Prince durant le procès. On lui ordonna même dans ce premier moment, pour mettre en quelque sorte Louis XVI au secret, de ne point coucher

dans son appartement, de loger dans la- petite tour, et de n'entrer jamaia chez le Roi qu'au moment m il réclamerait ses services. Mais ces mesures ne lurent point observées à la lettre ; il eût été trop pénible pour les commissaires de l'aller chercher chaque fois que son maître aurait eu besohi de lui.

A six heures et demie , le Roi' revint à la tour, escorté comme à son départ. « Monsieur, dilnl au maire de Paris au moment où celui-ci se retirait, je vous prie de me faire passer très-proroptement le décret qui doit m'accorder le conseil que j'ai demandé, et que l'on ne refose à personne. — La Convention, sans aucun doute, répondit Chambon, vous fera connaître sa résolution. »

Louis demanda aussitôt qu'on le conduisit auprès de sa femille; on s'y refusa, en disant qu'on n'avait pas d'ordres; il insista pour que du moins on la prévint de son retour ; on le lui promit. La Reine, en edet, itit tout aussitôt informée de son arrivée. De son côté, elle demanda aux municipaux à le voir; les municipaux disant qu'ils n'avaient pas le droit d*y consentir, elle le 6t demander à Chambon, qui était enc(>re.dans la salle du conseil. Le maire ne donna aucune réponse.

Malgré l'agitation du jour et l'obsession des quatre commissaires qui l'entouraient, le Roi se remit tranquillement à sa lecture ordinaire, qu'il continua jusqu'à huit heures, et demie. Il avait ordonné pour cette heure-là son souper à Ciéry. Prévenu qu'il était servi, il demanda aux municipaux si sa famille ne descendrait pas ; ils ne répondirent point. a Mais, au moins, dit-il, mon fils passera la nuit ôhez moi, son lit et ses effets étant ici ? » Même silence. Après le souper, Louis XVI insista de nouveau sur le désir de voir sa famille ; on lui répondit qu'il fallait attendre la décision de la Convention. Cléry donna alors ce qui était nécessaire pour le coucher du jeune Prince.

Le Roi se coucha à lu même heure et avec le même calme que de coutume. Il dit à son valet de chambre qui le désha-

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