LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI
billait : a J*étais bien éloigne de penser à toutes les questions qui m'ont été faites. »
La même tranquillité était loin de ré^^ner dans la chambre de Bfarie-Ântoinette ; son fils n'ayant pas de lit, elle lui donna le sien et resta toute la nuit debout, dans une douleur si morne que sa fille et sa sœur ne Toulatent pas la quitter ; mais elle les força enfin à se coucher *.
Le lendemain matin, mercredi 12 décembre, elle redemanda à vojr le Roi et à lire les journaux pour connaître son procès; elle insista pour que, s'il lui était défendu de voir son mari , ses enfimts au moins pussent voir leur père. Ces trois requêtes furent portées au conseil général de la Commune, et de là à la Convention.
De son côté, dès que Louis XVI aperçut un municipal, il s'informa si l'on avait pris une décision sur le désir exprimé par lui de voir sa famille. On lui répondit encore qu'on attendait des ordres à cet égard.
Les princes ont un tact qui les trompe peu, habitués qu'ils sont d'observer les moindres nuances dans l'attitude , dans le geste et jusque dans le costume des gens qui les approchent. Rarement un nouveau commissaire s'offrit à Louis XYI sans que celui-ci devinât son sentiment secret, heureux quand il n'y trouvait ni haine ni mauvais vouloir : la pitié d'un regard était aujonrd'lmi le seul hommage qu'eût h recevoir ce descendant des grands rois.
Voyant donc à qui il s'adressait, Louis pria ce même commissaire d'aller s'informer de la santé des Princesses et du Dauphin , et de leur annoncer qu'il se portait bien. Le municipal l'assura à son retour que sa bmille jouissait d'une bonne santé. Louis XVI chargea Cléry de faire monter le lit de son fils chez la Reine; Cléry l'ayant prié d'attendre la décision de la Convention : « Je ne compte sur aucun égard, répondit le Roi, sur aucune justice ; mais attendons. »
Le Prince avait raison de ne pas plus compter sur la jus-
> Récit de Marie-Tliérèse-Cliarlotte.
tice de la Gouveiition que sur les égards de la Commune de Paris. Impitoyable dans sa marche plus large et plus régulière vers le régicide, la Convention laissait à la Commune les détails tracassiers de la tyrannie à exercer sur la captivité : la Convention ne devait demander à Louis XYI que sa tête; la Commune le torturait incessamment dans. toutes les fibres de son cœur; souvent même elle prenait des mesures qu'elle avait de la peine à faire légaliser par TAssemblée, qui voulait se croire encore souveraine '.
Le même jour, une députation coinposée de Thuriot, Cambacérès, Dubois-Crancé et Dupont de Bigorre, apporta au Temple le décret de la Convention qui autorisait le Roi à prendre un conseil. Le Roi déclara qu'il choisissait M. Target, avocat, un des principaux rédacteurs de la Constitution; à son défaut M. Tronchet; et les deux, s'il lui était |iermis de les. prendre. Les députés lui firent signer sa demande et signèrent après lui. Le Roi ajouta qu'il serait nécessaire qu'on lui fournit de l'encre, du papier et des plumes. Rentrés au sein de l'Assemblée, les députés firent immédiatement leur rapport, et un déci*et ordonna sur-lechamp que le ministre de lu justice enverrait un message à Target et à Tronchet pour les informer du choix de Louis XYI ; que les commissaires du Temple les laisseraient librement communiquer avec le prisonnier, et qu'ils fourniraient à celui-ci des plumes, de l'encre et du papier.
Le jeudi 13 décembre, au matin, la députation revint à la tour, composée comme la Veille, à l'exception de Salicetti, qui remplaçait Dubois-Grancé; elle apprit au Roi le refus de M. Target, qui se trouvait, par l'état d'épuisement de sa santé , dans l'impossibilité d'accepter une tâche qui aurait réclamé toutes ses forces*. Elle lui dit qu'on avait envoyé chercher M. Tronchet à sa campagne de Palaiseau, et qu'on
^ Voir le procè»-verbal île la séance de la Convention du 15 décembre 1792.
^ Target, qui reFuMait sou uiini8tère a Louis XVI mallieureux, avait été le défenseur du cardinal de Driuuuc, si justement méprisiible et méprisé. Il est mort le 7 septembre 1897.