LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI
rattendait dans la journée ; elle lui donna ensuite lecture de plusieurs lettres adressées a la Convention, et qui toutes sollicitaient Thonneur de défendre un prince malheureux. La première, sans date, était signée Gustave Graindorge, ci-devant Menil-Durand , adjudant général de l'armée; la seconde, en date du 12 du même mois, signée Sourdat, citoyen de Troyes; la troisième, en date du jour même, Huet de Guerville, ci-devant avocat au ci-devant parlement de Normandie; la quatrième, datée du 11 , était de M. de Malesherbes , et conçue en ces termes :
« Paris, le 11 décembre 1792.
» Citoyen président, j'ignore si la Convention donnera h Louis XVl un conseil pour le défendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce cas-là, je désire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette fonction, je suis prêt à m'y dévouer. Je ne vous demande pas de faire part à la Convention de mon offre; car je suis bien éloigné de me croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi. Mais j'ai été appelé deux fois au Conseil de celui qui fut mon maître dans le temps que cette fonction était ambitionnée par tout le monde : je lui dois le même service lorsque c'est une fonction que bien des gens trouvent dangereuse. Si je connaissais un moyen possible pour lui faire connaître mes dispositions, je ne prendrais pas la liberté de m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez , vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire passer cet avis. V Je suis avec respect, etc.
» Làmoignom de Malesherbes. »
Une cinquième lettre adressée à la Convention réclamait encore l'honneur de défendre le royal accusé ; mais les dépu tés, n'ayant point cette lettre, se bornèrent a en faire connaître le but et le nom de l'auteur, qui était M/ Guillaume , ci -devant avocat au Conseil et membre de l'Assemblée constituante ' .
1 Avnnt de faire cette démarche, M. Guillaume avait adresse à rA9.4em!tlre
Une foule de génér-eiix Français se présentèredt, sollicitant aussi la gloire de défendre Louis XVI : Gazaiès, Necker, Kicola'i, LalIy-ToUendal , Malouet, Mounier, Gin, etc., etc. L'illustre Schiller envoya d'Allemagne à la Convention un mémoire en {iaveur du Roi. Un grand nombre de pétitions arrivèrent de tous les points de la France '.
Louis XVI répondit aux mandataires de la Convention : 8 Je suis sensible aux offres que me font les personnes qui demandent à me servir de conseil, et je vous prie de leur en témoigner ma reconnaissance. J'accote M. de Maledierfaes pour mon conseil. Si M. Tronchet ne peut me prêter ses services, je me concerterai avec M. de Malesherbes pour en choisir un autre. »
Le procès-verbal de l'acceptation fut rédigé à la tour, Lecture en fut faite à Louis XVI , qui le signa avec les députés.
Il avait de rares qualités et de vraies vertus, ce philosophe qu'animait au suprême degré le sentiment de la justice et de l'humanité. Tenanttpar l'honneur aux traditions du passé, et par l'idée à toutes les réformes utiles, étranger aux intrigues de la cour comme aux violences du parlement, Malesherbes, dans la sphère de paix et d'étude où il aimait à se renfermer, eût donné tout au monde pour être populaire , tout , excepté sa propre estime. Arraché par la tempête à ses goûts champêtres , à ses livres et à ses amis , il vint avec la même ardeur qu'il eût mise autrefois à défendre les intérêts du peuple, solliciter l'honneur de défendre son Roi malheureux; seulement les périls de ce dernier rôle rendaient à ses yeux ce' devoir plus sacré.
une pétition demandant que le jugement du Roi fût renvoyé devant un ou deux tribunaux, et qu*il se fit au scrutin secret. Ce fut lui qui, le l®** juillet 1798, k la tète d'une députation, avait apporté k la barre de l*Assemblcc nationale une adresse connue sous le nom de la pétition des vingt mille , réclamant la punition des attentats commis contre le Roi dans la journée du 5N> juin. M. Guillaume, épargné par la révolution^ habitait encore Paris en 1805. Nous n'avons pu trouver la date de sa mort.
^ Lps Archives de l'Empire contiennent quantité de ces lettres adressées au président de la Convention.