‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 191 sur 264 · LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI

comment employer mon temps avec un collègue maussade et taciturne , que la Reine avait surnommé la Pagode parce qu*il ne répondait que par un signe de tète, je passai dans l'appartement de Sa Majesté , et lui demandai la permission de prendre sur sa cheminée les œuvres de Yirgile. « Vous savez donc le latin? me dit le Roi. — Oui , Sire, répondis-je bien bas. Non ego cum Danais Trojanam exscindere geniem Aulide jiiravi ' . » .

» Un regard expressif me prouva que j'avais été compris, et Sa Majesté parla de moi à Gléry, qui la confirma dans la bonne opinion que je lui avais inspirée '. »

M. de Malesherbes , ce jour-là , vint au Temple pour la seconde fois. « J'allai , continue Lepitre, le recevoir dans la première cour. Il paraissait éprouver un certain malaise ; car la veille il avait eu à souffrir de la grossièreté du commissaire chargé de le conduire auprès de Sa Majesté. Il me regarda ; j'osai lui prendre la main et lui dis : « Rassurez-vous, monsieur, Non sum unus e multis, je n^ suis pas du grand nombre. — Que vous me faites de bien ! répondit ce respectable vieillard : veuillez donc me recevoir vous-même toutes les fois que vous serez ici *. » .

Danr la matinée du même jour, l'Assemblée s'occupa de la demande qu'avait fÎEiite le Roi de communiquer avec sa fiimille. Cette autorisation fut d'abord accordée sans restriction ; Tallien réclama , prétendant que la municipalité de Paris ne voudrait pas exécuter ce décret. Plusieurs membres indignés demandèrent que l'auteur d'une observation si injurieuse envers les lois et la Convention nationale fut censuré et inscrit nominativement au procès-verbal, ce qui fut ordonné ^. Quelques voix s'élèvent alors, demandant que le décret qui permet à Louis de voir sa famille soit rapporté.

' Je n'ai |Ki< juré en Aulide avec les Grecs de détruire la nation troycnnc.

"^ Souvenirs et notes déjà cités.

"^ Souvenirs et notes déjà cités.

* Voir la séance de la Convention du 13 décembre 1792.

a86 L0UI8 XVII.

Après plusieurs propositions contrûdictoires, un^moyen terme est adopté, l'autorisation donnée est modifiée, et, vers une heure, le décret suivant est apporté à la tour : « La Conven-non nationale décrète que Louis Capet -pourra votr^ses enfants, lesquels ne pourront, jusquà son jugement définitif, commis niquer ax>ec leur mère ni avec leur tante. »

« Vous voyez, dit Louis XVI à Gléry, la cruelle alternative où ils nie placent ; je ne pourrai me résoudre à garder mes enfants avec moi ; pour ma fille , cela est impossible ; et pour mon «fils, je sens tout le chagrin que la Reine en éprouverait ; il faut donc consentir à ce nouveau sacrifice. » Toujomrs généreux aux dépens même de ses phis douces aflections , le Roi ordonna de nouveau à Cléry de faire transporter le lit du jeune Prince dans la chambre de sa mère, ce qui fut exécuté fiur-le-K}hamp. L'enfant royal avait passé les trois dernières ^nuits couché sur im matelas. Cléry garda son linge et ses habits, et, tous les deux jours, il envoyait ce qui lui était néoessuire, comme il en était convenu avec Madame Elisabeth.

 trois heures «et demie après midi , la députation de la commission des vingt et un , dont nous avons parlé , se présenta au Temple, composée de Borie, Dufriche-Valazé , Poulain-Grandprey et Cochon , accompi^gnés de Gauthier, employé au bureau des procès-verbaux de Ja Convention , nommé secrétaire de la commission ; de Yarennes , huissier de la Convention , et de Devaux , maréchal des logis des grenadiers de la gendarmerie nationale , commandant le détachement dont les députés s'étaient fait escorter. Arrivés h la porte d'entrée de laicour., les commissaires du Temple vinrent les recevoir et vérifier ileurs pouvoirs. L'un d'eux, nommé Perriac ^, fit des difficultés pour laisser pénétrer dans la tour Gauthier, Varennes et Devaux , dont le décret de la Convention, disait-il, ne faisait aucnne mention. Cet obstacle levé

* Perriac (François- Pierre), cinquante et un ans, lalpètrier. Faubourg Saint-Denis, n» 28.

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