LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI
par Arthur' et Bodson^, ses collègues, ladéputation, avec son entourage , fut introduite dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet s'y trouvait. Borie fit part de l'objet de la mission dont -ses collègues et lui étaient chargés. Après une courte (explication , la grande table de l'antichambre fut dressée au milieu de la chambvedu Roi ; on y plaça l'acte d'accusation et .toutes lies pièces relatives au procès, trouvées pour la pluipart dans l'armoire de fer aux Tuileries. Chacun prit place alentour, Tronchet a câté de Louis, et les conventionnels TÎs-à-vis. Les deux municipaux de garde s'assirent aussi dans la chambre. L'un d'eux était Mercereau',' qui, après avoir travaillé quelque temps au Temple comme tailleur de pierres, y apparaissait pour la première ibis comme membre du conseil général de la Commune. Méiu de son habit de travail en lambeaux, d'un vilain chapeau Tond*, usé et jaunâtre, d'un tablier de peau, et paré de sonécharpe aux trois couleurs, cet homme s'étendit dans le fauteuil que Louis XVI avait quitté , et le roula près de la chaise où ce Prince venait de s'asseoir ; et là , avec une nonchalance importante , il prêta attention à ce qui -se passait , affectant de tutoyer, son vieux chapeau sur la tète , ceux qui lui adressaient la parole. Les membres de la Convention s'étonnèrent de l'attitude plus que familière du maçon démagogue; mais les observations ifîirent ajournées et les affaires suivirent leur cours.
Conformément aux dispositions du décret, copie fut remise ma Roi des pièces qu'on lui avait déjà communiquées à la •barre (au nombre de cinquante et une) , ainsi qu'une copie »de l'inventaire énonciat if de ces pièces. Toutes furent cotées •et parafées ensuite par Louis XV'I et par deux membres
' Aclhnr (Roberl-Jean-Jacques), trente et un «ins, fabricant de papieis peinte, me des Piqaes, tfi 20, mis hors la loi comme traître à la patrie par décret do 9 thermidor, et exécaté le 10.
3 BcMlaon (Joseph), Tiogt-Mpt ans, peintre graTMor, quai de T Horloge, n® 5S, de la section du Pont-Neuf.
^ Mercerrau (René-Charles), trente-quatre ans, de la section du Panthéon Francis, demenrâtt rue des Amandîers-Sainte-GenerièTe, n^ 4.
(le la commission y Grandprey et Cochon. Le parafe du Roi
ii*était autre que la letti*e L majuscule.
On mit ensuite sous les yeux de Louis les originaux des pièces qui ne lui avaient point ëte présentées à la barre et qui se trouvaient comprises en un second inventaire , au nombre de cent sept; chacune d'entre elles était lue par Gauthier, secrélaire de la commission ; Yalazé demandait à Louis : « Avez-vous connaissance?... etc. v Le Roi répondait habituellement oui ou non , sans autre explication ; Borie les lui faisait signer, ainsi que la copie que Grandprey proposait de lui lire chaque fois, et dont Louis le dispensait toujours. Cochon faisait l'appel par liasse et par numéro , et le secrétaire les enregistrait à mesure qu'elles étaient remises au Roi.
Commencée avant quatre heures , cette opération ne touchait pas encore à sa ftn, et déjà il était neuf heures et demie ; Louis XVI interrompit la séance pour demander aux députés s'ils voulaient souper : ils acceptèrent. Gléry leur fit servir une volaille froide et quelques fruits dans la salle à manger; Tronchet ne voulut rien prendre et resta avec le Roi dans sa chambre. Pendant le souper, Grandprey adressa à Cléry plusieurs questions sur Mercereau. « Je l'ai vu souvent autrefois, répondit Cléry ; il était porteur de chaise à Versailles avant la révolution. — La Commyne, reprit Grandprey, est-elle régulièrement et exactement informée de la manière dont on traite ici le ci-devant Roi? » Cléry allait répondre, lorsque le municipal Bodson pria poliment Grandprey de cesser ses questions. « Il est expressément défendu, lui dit-il, de parler à Cléry; mais nous donnerons dans la salle du conseil aux citoyens représentants du peuple tous les détails qu'ils pourront désirer. » Grandprey se tut; on quitta bientôt la salle à manger, et l'interrogatoire de l'auguste accusé recommença. Quelques-unes des liasses qu'on mettait sous ses yeux (entre autres les numéros 18 et 53) contenaient des projets de constitution, apostilles de la main du Roi ; plusieurs autres pièces (cotées 5, 6, 22, 31, 78) étaient également annotées