LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI
les médecins s'assemblent nombreux quand le dang^er est grand. Vous me prouvez que la maladie est désespérée, mais je vous montrerai, moi, que je suis bon malade. » Ses conseils écrivirent donc à Ta Convention pour demander, vu la brièveté du* délai accordé, que M. de Sèze pût leur être adjoint dans la défense qui leur était confiée ; leur lettre fut lue et leur proposition accueillie dans la séance du lundi 17 décembre.
Le jour même, vers les cinq heures du soir, les trois défenseurs vinrent à la tour, et, depuis le 1 7 jusi]u.'au' 26 décembre, Louis XVI les vit régulièrement tous les trois. Malesberbes lui apportait le matin, les papiers publics; il restait près du Roi une ou deux heures, et, de concert avec lui, il préparait le travail de chaque soirée. A cinq heures du soir, il revenait avec Tronchet et de Sèze. Les trois défenseurs ne quittaient leur royal client qu'à* neuf heures : ils consacraient au travail le reste de lu journée et la plus grande partie de la nuit; à peine trouvaient-ilb un moment pour prendre un peu de nourriture.
Ce Prince malheureux se sentait soulagé par l'affection de Malesberbes , encouragé par le zèle et le dévouement de ses deux nobles avocats ; mais le fond de sa pensée était resté le même. Ayant pris à part M. de Malesberbes, il lui rappela que, le premier jour de leur entrevue dans la tour, il l'avait chargé d'une pieuse négociation au succès de laquelle il attachait un grand prix. « Si je n'ai pas cru , dit Malesberbes , devoir rendre plus tôt compte au Roi de cette mission, je me suis toutefois conformé à ses ordres. M. de Firmont ne demeure point aux Récollets ; il a un pied-à-terre rue du Bac ; mais depuis les premiers jours de septembre il s'est retiré à Cboisy-le-Roi. Ne le connaissant pas personnellement, et ne pouvant ni le recevoir chez moi ni me transporter chez lui , je lui ai feit proposer de nous rencontrer dans une maison tierce, et c'est chez madame de Sénozan , ma sœur ^, que le
' Madame de Sénozan périt sur Téchafaud avec Madame Elisabeth.
aos LOUIS XVII.
rendez-vous a eu lieu. Là, Sire, je lui ai remis votre message, c|uî eût cté sans doute une invitation pressante pour tout autre, mais qui était et qui est resté un ordre pour un tel homme. Il espère comme moi fermement que la perversité humaine n'exigera jamais qu'il ait à vous donner ime aussi cruelle preuve de dévouement. Il m'a chargé de mettre à vos pieds tout ce que lui dictaient, dans un tel moment, une àme sensible et un cœur flétri par la douleur. — Remerciez-le de ma part, reprit le Roi, et recommandez-lui bien de ne pas quitter Paris dans ce moment. »
Nous essayerons de rapporter, à leur date, quelques conversations que l'histoire doit recueillir, voulant laisser ù chaque jour ses épanchements, ses consolations* et ses larmes.
Gléry avait déjà trouvé le moyen de faire donner par Turgy des nouvelles du Roi à Madame Elisabeth. Dans la journée du 1 7 , il fiit à son tour averti par Turgy que cette Princesse, en lui rendant sa serviette après le dîner, lui avait glissé dans la main un petit billet écrit avec des piqûres d'épingle, par lequel elle priait le Roi de lui écrire un mot de sa main. Gléry fit part au Roi , à son coucher, du désir de Madame Elisabeth. Possédant depuis le commencement de son procès du papier et de l'encre, Louis écrivit le lendemain matin , mardi 18 décembre, a sa sœur, un billet qu'il remit décacheté à Gléry. « Il ne contient rien qui puisse vous compromettre, lui dit-il; prenez-en lecture. » Le discret serviteur pria le Roi de le dispenser de lui obéir sur ce dernier point, et il remit le billet à Turgy ; celui-ci rapporta la réponse dans un peloton de fil qu'il fit rouler sous le lit de Gléry en passant auprès de la porte de sa chambre. Heureux d'avoir réussi par cette voie à se procurer des nouvelles de sa fomille, Louis XVI continua cette coirespondance. Il remettait des billets à Gléry, qui avait soin d'en diminuer le volume et de les revêtir de fil, de laine ou de coton. Turgy trouvait ces petits pelotons dans l'armoire où étaient les assiettes pour le service de la table, et les remettait à Madame Elisabeth.