LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI
énergie que lui donnait sa vénération pour l'accusé, cette apologie qui, pour son importance ^ pour sa solennité, son éclat, son retentissement dans les siècles^ aurait mérité plusieurs mois de méditations et d'efforts^ et pour laquelle il n'avait pas eu seulement huit jours ^*. Ce (ut un beau jnouveinent quand, promenant lentement ses regards sur tons les membres de l'assemblée, l'orateur s'écria : « Je cherche parmi vous des jugesy et je n'y vois que des accusateurs! » La partie de l'exorde qui ne touchait qu'aux princes avait été écoutée avec faveur; il n'en Ait pas de même de la réfutation des faits imputés à l'accusé. Quelques députés royalistes essayé* rent de manifester leur adhésion ; un mouvement ccmtraire se 6t tout aossitdt. La péroraison ^ pleine de chaleur, était de nature à produire un grand effet; mais à cette «phrase : « Le peuple demanda la liberté, il la lui donna^^ » un murmure d'improbation se fit entendre dans les tribunes, garnies des plus ardents enneoMS de la royauté, qui , dés la veille au soir, s'y étaient installés et y avaient passé la nuit. Cependant, malgré les dispositions hostiles d'un public si prévenu, M. de Séze avait plus d'une fois ébranlé, par la force de la vérité, ceux qui l'écoutaient ; mais ces impressions heureuses ne pouvaient, devant le parti pris de la haine, avoir qu'une courte durée : c'étaient des rayons de lumière qui allaient s'éteindre dans la fange des passions. Le discours du jeune orateur dura près de trois heures. Lorsqu'il eut fini de parler, Louis se leva , et prononça d'un ton ferme et mêlé de sensibilité, ces paroles, les dermères qu'il ait proférées en public :
« Messieurs, on vient de vous exposer mes moyens de défense; je ne les renouvellerai point. En vous parlant peutêtre pour la dernière fois, je vous déclare que ma conscience ne me reproche rien, et que mes défenseurs ne vous ont dit que la vérité.
1 Expressions de de Scze dans son plaidoyer. S Idem.
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» Je n'ai jamais craint que ma conduite fût examinée publiquement ; mais mon cœur est dëchiré de trouver dans l'acte d'accusation l'imputation d'avoir voulu fisiire répandre le sang du peuple, et surtout que les malheurs du 10 août me soient attribués.
tf J'avoue que les gagnes multipliés que j'avais donnés dans tous les temps de mon amour pour le peuple , et la manière dont je m'étais toujours conduit , me paraissaient devoir prouver que je craignais peu de m'exposer pour épargner son sang, et éloigner à jamais de moi une pareille imputation. »
Qui ne serait frappé de tout ce que contiennent ces simples et nobles paroles : Je nai jamais craint </ue ma conduite fikt examinée publiquement? Ne dirait-on pas que ce n'est plus une procédure judiciaire dans laquelle Louis XVI entend être impliqué , mais un examen de sa conduite qu'il . permet à tous de faire? Ne dirait-on pas que ce n'est plus une plaidoirie qu'il a prononcée par l'organe de son défenseur, mais un compte de ses actions qu'il ne craint pas de rendre à son peuple? Oui, ces paroles, sans offenser l'orgueil de ses accusateurs, semblent relever la majesté royale des humiliations qu'ils lui faisaient subir, et couvrir d'une sainte égide les droits et la dignité de la couronne.
Dès que le Roi eut achevé, un des secrétaires de la Convention lui présenta un trousseau de clefs déposé sur le bureau , avec la note écrite de la main de Thierry, et le président lui demanda s'il reconnaissait cette note et ces clefs. Il répondit qu'il avait donné des clefs à Thierry, aux Feuillants, parce que , ses coffres ayant été forcés, il n'avait plus besoin de clefs, mais qu'il ignorait si c'étaient les mêmes. Le président lui demanda s'il n'avait plus rien ù dire pour sa défense , il répondit que non ; le président lui dit qu'il pouvait se retirer, et il se retira avec ses conseils.
Sorti de cette assemblée, qu'il ne devait plus revoir, et rentré dans la salle des députations, il prit entre ses bras