LIVRE IX. ~ PROCÈS DU ROI
Rentré dana soft apportemeDt et devinaDt toute Tinquiétude de sa femille, le Roi prit la plume, et pensa sans doute avec tristesse que ce loot qu'il traçait à la bâte pour la rassurer ne lui parviendrait qu'à huit heures du soir, bien qu'il ne fût séparé d'elle que par l'épaiaseur du plafond. Il passa ensuite dans la salle à manger; le repas qu'on lui servait fut, ce jouf^là» tout à la foîa son dîner et sou souper. Malesherbes, Ttoncbet et de Sèae arrivèrent au moment où il se levait de table : il leur offirit de prendre quelques rafraichissements. De Sèae fut te seul 4|ui accepta. Le Soi lui renouvela les expressions de sa reconnaissance , puis ils passèrent tous ensemble dUna la diambre à coucher.' Dès qu'ils .furent seuls : « Ête»-vous bien convaincus à présent, leur dit-il, qu'avant même que je lusse entendu, ma mort avait été jurée? -^ Non, Sire, nous ne le sommes pas, répon<)it Tronchet; nous ne le sommes nullement, et la Convention elle-même ignore quel sera le vote de sa majorité. Quand lé Roi a été parti, elle a ordonné que sa défense serait signée de lut et de nous : nous vous l'apportons; elle a ordonné que cette défense et le discours que le Roi a prononcé, signé aussi de lui, seraient remis sur le bureau, imprimés et distribués ; elle a ordimné enfin que la discussion serait terminée, toute affaire cessante, jusqu'à la prononcia» tion du jugement. — Pures formes! reprit Louis XVI ; cette journée a tout fini pour moi ; et c'est pour cela que vous me trouvez si calme. La lutte est terminée. Ils m'ont renvoyé au Temple, voulant prendre le temps de donner une apparence judicimre à leur décision , déjà bien arrêtée. Je ne leur ai pas demandé, oomme Charles V\ par quelle autorité j'ai été amené devant eux; mais je dis comme mon devancier : « Il • y. a longtemps qu'on m'a 6té toutes choses, hormis celles » qui me sont plus chères que la vie , savoir : ma conscience » et mon honneur. »
Les discours réclamés par la Convention hii furent reportés signés. De Sèate avait pris soin de rayer sur son manu-
J^SO LOUIS XVff.
scrit les mots qui avaient excite des murmures dans sa péroraison : Le peuple voulut la liberté , il la lui donna. La Convention ordonna que cette phrase fiki rétablie.
Les défenseurs firent alors la déclaration suivante : < Un de nous avait rayé cette phrase sur le manuscrit, par req)ect pour la Convention , et parce qu'elle avait excité des marmures dans les tribunes ; mais ce retranchement étant devenu la matière d'un décret, nous nous croyons obligés de déclarer que par ce mot donna nous n'avions eu d'autre intention que celle de, rappeler que Louis avait préparé la liberté de la France par la convocation qu'il avait ordonnée des États généraux ; et le décret de la nation du 4 ^oùt 1 789 , qui avait proclamé Louis restaurateur de la liberté française, nous avait lui-même inspiré ce mouvement. »
A huit heures du soir un billet passait, par un fii invisible, du second au troisième étage de la tour.
Dans la journée du 27 décembre, de Sèze remit au Roi un certain nombre d'exemplaires de sa défense qu'il avait fait imprimer. Un municipal, du nom de Vincent, de garde près de Louis XYI , se chargea d'en aller porter secrètement un exemplaire à la Reine. Homme courageux et compatissant, Vincent avait déjà rendu plus d'un service à la famille royale. Il profita, cette fois, du moment où le Roi le remerciait pour lui demander quelque chose qui lui eût appartenu. C'est ainsi que, dans les temps primitifs du christianisme, on demandait aux confesseurs de la îo\ un morceau de leur robe dans la veillée qui précédait leur ipartyre. Louis détacha sa cravate et en fit présent à ce commissaire ' . Quelques instants plus tard , les deux municipaux parlèrent devant le Roi du plaidoyer de de Sèze et de leur désir de le lire. « Je veux bien vous le remettre, leur dit le Prince, mais ne puisje pas aussi le donner h Cléry? — Nous n'y voyons pas
1 Nous reproduisons ce fait à la date du 27 décembre indiquée par Cléry, quoique le registre de la Commune ne désigne Vincent comme ayant été de surveillance au Temple que le 4 janvier. Vincent était entrepreneur de bâtiments, rue des Toumclles, n» 5, section de la place des Fédérés.