‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 209 sur 264 · LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI

d'inconvénient » » répondirent les municipaux ; et c'est ainsi que le fidèle Gléry reçut aussi un exemplaire.

Le Roi ne s'était pas trompé; il avait bien lu, la veille, sur la figure de ses accusateurs. A peine, en effet, était-il sorti de l'Assemblée , que déjà on demandait son sang avec une telle avidité , que le sanctuaire de la législation, disent quelques journalistes du temps , se changea en une arène de gladiateurs. Tout ce que purent faire ceux qui avaient horreur de la précipitation avec laquelle on creusait la fosse de la victime, fîit d'obtenir qu'on s'occuperait, toute affaire cessante, de son jugement. La motion portée \l la tribune pour réserver la faculté d'un appel au peuple après le verdict, fut écartée sous le prétexte que c'était demander la guerre civile.

Ce jour-là la conversation se prolongea au delà de neuf heures entre le Prince et ses trois défenseurs. L'esprit et le cœur se retrempaient au sein de ces épanchements ; Louis XYI ne regrettait ni la couronne ni la vie ; il ne s'affligeait que de la déplorable erreur de l'opinion publique et des sanglantes calamités qui en seraient la suite. « Que deviendrez-vous tous, mes amis? leur dit-il ; peut-être vous fera-t-on un crime de m'avoir défendu et consolé! Quelle situation est la mienne! Je laisse mon peuple égaré, ma patrie malheureuse, ma famille prisonnière, mes amis menacés : mon sang suffira-t-il pour apaiser la colère de Dieu ? Avec quelle joie j'en ferais le sacrifice s'il devait rendre la paix y la concorde et la justice à la France ! »

Les 28 , 29 et 30 décembre , ceux que Louis XYI appelait ses amis vinrent comme de coutume à la tour, mais ces trois Journées ne furent marquées par aucun incident nouveau, par aucun entretien particulier recueilli dans les souvenirs que j'ai interrogés.

Le 31 au soir, il fut moins question, dans les causeries, du Temple, des déclamations féroces qui se succédaient à la tribune nationale, que d'une dénonciation faite, le jour

kn LOUIS XVII.

même, par Marat contre te mhristre Roland. On parla , surtout, de la fermentatMMi qui existait dans tout le pays et diez les peu{>)e« voisins : les nouvelles arrivées de Genève annonçaient que les sans-euloltes de cette vHle avaient chassé le ^nd et le petit conseil qui formaient le gouvernement, et s'étaient établis en comités populaires. « Ce n'est pas avec Tanardiie que Ton fait de sages et de durables réfartees, avait dit Trondiet. •>— J'ai voulu les bàre autrement , repartit Louis XV I ; j'ai pris Tinttiatîve en abolissant de plein gré la servitude dans mes domaines. J'ai dierché à diriger mon gouvernement dans la voie de l'économie et de la suppression des abas. Il y a six ans qQ*à pareii jour, et pour ainsi dire à pareille heure', j'ai convoqué la première assemblée des notables , pour aviser avec elle au soulagement et à la libertë de mes peuples. Mon désir du bien a été méconnu , mes intentions ont été mal comprises ou mal exécutées ; les jours que je voulais heureux ponr mon pays deviennent bien sombres; cette anni^ s'achève pour lui dans l'inquiétude, et pour moi sous les verrous! Et comment se passera celle qui commence demain ! — E^>érons , Sire ! répondirent les con6dents du royal prisonnier en lui ofirant l'hommage de leur respect et de leurs voeux. — Depuis longtemps, dit le Roi , je ne crois plus au bonheur ; j'ai foi dans votre zèle et dans votre affection ; mais je n'ai d'espérance qu'en Dieu. »

Le mardi 1*' janvier 1793, Cléry entra avant le jour dans la chambre de son -msiitre, s'approcha de son lit et lui demanda à voix fcasse la permission <Ie lui présenter ses vœnx les plus ardents pour la fin de ses malheurs. « Je reçois VH)s souhaits , » lui dit affectueusement Louis XVI en lui tendant une main que Gléry haisa et arrosa de ses larmes. Le Roi, aussitôt qu'il fiit levé, poussa la porte entr'ouverte de sa chambre et pria «m municipal d'aller, de sa part, savoir

* C'est, en effet, le 31 cléceiiil>rii 1786 que le Roi avait convoqué une assemblée tle notables , s*en promettant les plus fieuretn réscAtats.

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