‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 210 sur 264 · LIVRE IX. -. PROCES DU ROI. 4f · texte numérisé non relu

LIVRE IX. -. PROCES DU ROI. 4f

des nouvelles de sa fimiile et lui présenter ses souhaits pour la nouvelle année. Les commissaîres furent émus de raccent avec lequel étaient prononcées ces simples paroles, si poignantes dans la situation où était le Roi. « Pourquoi, dit l'un d'eux à Cléry lorsque le Roi fut rentré dans sa chambre, ne demande-t-il pas à \mr sa ftunille? Â présent que les interrogatoires sont terminés , cela ne souflrirait aucune difficulté ; c'est à la Convention qu'il fendrait s'adresser. »

Le municipal qui était monté cheoe la Reine rentra et annonça à Louis que sa famille le remerciait de ses vœux cft lui adressait les siens, a Quel ^oiir de nouvelle année ! » dit le Roi.

Les seules personnes de toute la France à qui l'entrée du Temple fût permise, Malesherbes, Troncbet et de Sèse, ne pouvaient manquer de s'y présenter à pareil jour; mais Louis XVI n'accepta d'eux qu'une courte visite, f Vous avez, leur dit^il, des parents, des aanis, des affaires qui vous réclament aujourd'hni ; je ne me pardonnerais pas de vous enlever à vos devoirs de position , encore moins à vos afFectioiis de famille. » Et comme Malesherbes tentait de se soustraire aux volontés du Roi : « Quant h vous , mon cher Malesherbes, je serais encore plus coupable de . vous garder ; car, plus avancé qn'aucon de nous, vous avez derrière vous trois {;énérutions qui vous chérissent et vous attendent; ne me brouillez pas avec elles; adieu, adieu donc, et à demain ! » Et le prince généreux demeura dans sa solitude où il n'avait pas même la consolation d'être seul, et préféra les tristesses de ses pensées à des distractions égoïstes.

Le soir, à son coucher, Gléry lui dit qu'il croyait être cer- , tain du consentement de la Convention , si le Roi demandait qu'il lui fût permis de voir sa famille. « Dans quelques jours, lui répondit Louis XVI , ils ne me refuseront pas cette consolation ! il faut attendre. »

Le lendemain, mercredi 2 janvier, vers neuf heures, Malesherbes attendait dans la salle du Conseil le moment

ktk LOUIS XVII.

d'être introduit dans la tour ; il parcourait quelques feuilles périodiques» un municipal l'interpella : « Gomment, lui ditil, vous, Tami de Louis, osez-vous lui communiquer des écrits dans lesquels il est si maltraité? — Louis XVI, répondit Malesherbes, n*est pas un honune comme tant d'autres. « En effet, autant le Roi avait montré d'indécision sur le trône, autant, depuis sa première comparution à la barre de la Convention, la fermeté de son âme, son calme inaltérable fiii* saient l'admiration de ses défenseurs. Les diatribes frénétiques de la tribune, les orgies sanguinaires de la presse le révoltaient, non point comme expression de haine et de menace contre lui-même, mais comme témoignage de honte et de misère pour l'humanité. Il lisait tous les discours de la Convention relatifs à son procès , et souvent il en donnait à lire h Cléry. « Gomment trouvez- vous , lui disait-il,, l'opinion de Thirion^ celle de GhazaI, de RafFron, de Lakanal, etc.? — Je ne saurais assez exprimer mon indignation, répondait Cléry; mais vous, Sire, comment pouvez-vous lire tout cela sans horreur? — Je vois, disait tranquillement Louis XVI, jusqu'où va la méchanceté des hommes, et je ne croyais pas qu'il s'en trouvât de semblables. » Le Roi ne se couchait jamais sans avoir lu ces différentes feuilles, et, pour ne pas compromettre Malesherbes , il avait ensuite la précaution de les brûler lui-même dans le poêle de son cabinet.

Une gazette de ce jour-là rapportait , en la défigurant et en la chargeant de ridicule , l'anecdote du refus feit par Louis de déjeuner un jour des Quatre-Temps '..» Lisez, dit le Roi à son valet de chambre en lui donnant cette gazette ; il est aussi question de vous ; ils vous traitent de malicieux ; ils auraient sans doute mieux aimé pouvoir vous traiter d'hypocrite. »

Cependant l'opinion paraissait redevenir favorable au Roi ; elle se manifesta le soir au Théâtre-Français, où ftit donnée la première représentation de rAmi des lois. Le noble et cou-

' Le mercredi 10 décembre.

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI. , 425 rageux auteur de cette comédie , M. Laya , tout en la dédiant aux représentants de la nation , disait dans sa préface , où , sous le alyle du temps , percent les intentions les plas honorables : « Qu'elle est imposante cette masse d'opinions

qui se prononce si énergiquement, si unanimement, pour le saint amour des lois , de Tordre et des mœurs ! Que son poids est accablant pour les ennemis cachés et ouverts de la liberté ! Vous qui calomniez Paris, venez le voir ; il n'est pas dans ces assemblées tumultueuses où triomphent l'intrigue et le crime, où c'est le plus déraisonnable ou le plus furieux qui l'emporte ; venez le voir dans ce concours de citoyens ivres de liberté, mais de lois sans lesquelles il n'est point de liberté , s'enflammant à tous ces saints noms, s'embrasant d'étincelles civiques, attachant leurs yeux et leurs cœurs sur cet ami des lois, dont chacun d'eux est le modèle. »

Le Vaudeville donnait , à la même époque , la pièce de la Chaste Susanne. Un des personnages disait aux deux vieillards : « Gomment pouvez-vous être accusateurs et juges tout ensemble? » Ce mot et d'autres allusions ou procès de Louis XYI étaient saisis et applaudis avec transport. Plus le moment du jugement approchait , plus les angoisses publiques devenaient vives '. L'agitation était partout, excepté

1 Noas trouToni un nouveau symptôme de cette disposition des esprits dans la difficulté toujours croissante qu*éprouYait le conseil général de la Commune à trouver des commissaires pour aller au Temple; loin d'ambitionner ces fonctions, on les évitait.

Dès le 19 décembre, on lit dans les registres de la Commune un arrête pour expédier une ordonnance à un commissaire nommé Favanne, qui, désigné pour cet office, n*a pas ol>éi. Le 31 du même mois, le conseil, ■ indigné du refus opiniâtre et ]>en civique de Favanne , arrête qu'il sera nominativement censuré, et qne cette censure sera rendue publique par la voie de l'impression et de l'afficbe, et l'envoi aux quarante-buit sections. »

Enfin, dans la séance du 15 janvier, après avoir délibéré sur la difficulté de trouver des membres pour ce service, le conseil général arrête que ceux qui ne seraient pas allés au Temple depuis boit jours seront choisis jmur y aller. Un membre propose de foire payer une amende ù ceux qui, après avoir été nommés pour le Temple, refuseraient de se rendre À leur poste. Cette pro|>osition est adoptée. Le procureur •> syndic sera tenu de poursuivre les refusants par-devant le tribunal de police municipale, et prononcera la con-

dans le coeur de Faocus^. Lorsque ses trais conseils entrèrent le soir dans sa chambre : « Avez-voas, messieurs, leur de* manda-t-il, rencontré, dane les environs du Tample, la femme hlmnehe? — l^on , Sire , répondit Malesherbes étonné. — Eh quoi ! répliqua le Roi en souriant , vous ne savez donc pas que , suivant le préju{yé populaire , lorsqu'un prince de ma maison va mourir, une femme vêtue de blanc erre autour du palais ' ? »

Le S janvier, madame Gléry vint voir son mari , et lui annonça la réaction heureuse qu'on remarquait dans les esprits , et dont le grand succès de l'Ami des lois était un nouveau syinptôme. Elle Je prévint aussi , de la part de quelques personnes dévouées^ qu'une somme considérable , déposée chez M. Parisean, auteur dramatique^, était à la disposition du Roi ; qu'on priait Gléry de prendre ses ordres, et que , s'il le permettait , cette somme serait remise entre les

damnation sur la seule minute du jugement. La quotité de la somme fixée pour l'amende est de dix livres.

Huit mois plus tard, il était encore plus difficile.de trouver des commissaires pour la surveillance du Temple. Le conseil général, dans sa séance du 12 septembre 1798, « aiTèta que .lorsqu'on de ses memt>res auquel îl aura été écrit pour aller au Temple refuserait ce service, deux gendarmes seraient chargés de l'aller conduire au Temple. Arrêta, en outre, que le présent serait mis sur les lettres dlnvi talion. •

^ Hue, Dernières années de Louis XVI; 2« édit., page 428.

2 Pariseau (Pierre-Germain), né à Paris vers 1753, y demeurant rue Meslay, n<* 59, aprén avoir reçu un« bonne éducation, s'était fmt comédien. Nommé en 1778 directeur dn théâtre des Élèves de l'Opéra, il n'occupa cette place que deux ans. Il donna en 1779 son premier ouvrage dramatique ( Venij vidi, vici, ou la Prise de Grenade)^ dans lequel il joua le rAle du comte d'Estaing. H passa successivement au théâtre de Nioulec, de l' Ambigu-Comique et des Variétés. Arrêté comme suspect, sous la Terreur, il fat incarcéré an Luxembourg. Ses amis obtinrent son élai^issement ; ils se présentèrent è sa prison pour lui apporter cette bonne nouvelle.* ils apftrirent qu'il y avait dixsept jours qu'il avait été mis a mort.

Avec lui a^'aient été jugés (le 22 messidor an 11 — 10 juillet 1794) et guillotinés, le même jour, trente-sept autres conupirmleurt d*s prisons ^ parmi lesquels figuraient « Aimé- Jacques -Kaoal Caradeuc, dit La Chaiotais, âgé de 64 ans, né k Rennes (départemont d'Ille-et- Vilaine), ex-procureur général au ci-devant parlement de Rennes , arrêté à Dinan le 17 septembre dernier • , et • Oeoiiges-Louîs- Marie Leclerc Ruffbn fils, âgé de 30 ans, né â Montbard (département de la G'Vte-d'Or) , pnievant major en second du régiment d'Angoumois, demeurant i\ Paris, rue Matignon, n« 9. •

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