‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 211 sur 264 · LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI

mains de M. de Malesherbes. Gléry en rendit compte à son maître. « R^nercies bien ces personnes de ma part , lui dit le Roi ; je ne puis accepter leurs ofFres généreuses, ce serait les exposer. — Je prie le Roi d*en parier au moins à M. de Malesherbes. — « Je verrai ^ «répondit le Roi. Ce qui voulait dire : Je n'en ferai rien ; car il voyait ioiqours le salut des autres avant le sien. Il n'en parla point à Malesherbes, et les choses en restèrent là.

Louis XVI avait appris par sa correspondance nocturne , qoi continuait toujours, que sa fille était malade. U eu était fort inquiet. Les préoccupations politiques s*eflFaçaient devant les inquiétudes paternelles. Le soir, dans ses épancfaements avec ses défenseurs, ses paroles conune sa pensée revenaient sans cesse vers sa femille. « Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la Providence m'a ménagé de tendres consolations ; ma vie a du un grand charme à mes enfents , à la Reine et à ma sœur. Je ne vous parierai point de mes enfants, déjà si malheureux à leur âge! continua-t-il avec «émotion ; ni de ma sœur, dont la vie n'a été qu'affection, dévouement et courage. L'Espagne et le Piémont avaient paru désirer son alliance ; à la mort de Christine de Saxe , les chanoinesses de Remiremoot lui offrirent de l'élire abbesse ' ; rien n'a pu la séparer de moi ; elle s'est attachée à mes malheurs comoie d'autres s'étaient attachés à mes prospérités ! "* Mais je veux vous entretenir d'un cruel sujet de peine pour mon cœur; c'est de l'injustice des Français pour la Reine. S'ils savaient ce qu'elle vaut , s'ils savaient à quel degré de perfection elle s'est élevée depuis nos infortunes , ils la révéreraient, ils la chériraient; mais, dès longtemps, ses ennemis et les miens ont eu l'art , en semant des calomnies parmi le peuple , de changer en haine cet amour dont elle fut si longtemps l'objet.

« Vous l'avez vue , reprit-il, arriver à la cour ; elle sortait

* Le 24 juillet 1780. Ce fut sur sou refus que mademoiselle de Condc fut élue.

kU LOUIS XVfl.

il peine de l'enfence. Ma grand'mère et ma mère n'étaient plus; mes tantes lui restaient, mais leurs droits sur elle n'étaient pas les mêmes. Placée au milieu d'une cour brillante, vis-à^vis d'une femme que l'intrigne y soutenait', chaque jour la Reine , alors Dauphtne , avait sous les yeux l'exemple du feste et de la prodigalité. Quelle opinion ne dut-elle pas concevoir de sa puissance et de ses droits , elle qui réunissait sur sa tète tant d'avantagées !

«Vivre dans la société de la fiivorite était indigne de la Dauphine. Forcée d'embrasser une sorte de retraite, elle adopta ce genre de vie exempt d'étiquette et de contrainte ; elle en porta l'habitude sur le trône. Ces manières, nouvelles à la cour, se rapprochaient trop de mon goût naturel pour que je voulusse les contrarier. J'ignorais alors de quel danger il est pour les' souverains de se laisser voir de trop près. La fiimiliarité éloigne le respect dont il est nécessaire que ceux qui gouvernent soient environnés. D'abord , le public appiau* dissait à l'abandon des anciens usages ; ensuite il en a fait un crime.

» La Reine voulut avoir des amies ; la princesse de Lamballe fut celle qu'elle distingua davantage. Sa conduite dans le cours de nos malheurs a pleinement justifié ce choix. La comtesse Jules de Polignac lui plut ; elle en fit son amie. A la demande de la Reine, j'accordai à la comtesse, depuis duchesse de Polignac , et à sa famille , des bienfaits qui éveillèrent l'envie. La Reine et son amie sont devenues l'objet de la plus injuste censure.

» Il n'est pas jusqu'à son sentiment pour l'empereur Joseph II, son frère, que la calomnie n'ait attaqué; d'abord on a débité sourdement, puis imprimé dans plusieurs journaux , enfin on a affirmé à la tribune de l'Assemblée nationale, que la Reine avait fait passer à Vienne et donné à l'Empereur des millions sans nombre ; calomnie atroce qu'un député a victorieusement détruite.

^ Madame la comtesse du Barri.

Page 1