‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 212 sur 264 · LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI

» Les factieux ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir la Reine que pour préparer le peuple à la voir périr. Oui, mes amis, sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne me vengeât. Infortunée princesse ! mon mariage lui promit un trône; aujourd'hui quelle perspective lui of(re*t-il ! » En prononçant ces derniers mots les yeux du Roi se remplirent de larmes, et sa main, en tombant, vint s'appuyer sur celle de M. de Malesherbes ' .

Le lundi 7 janvier, le municipal Ragoneau * s'étant trouvé un moment seul avec Louis XYI , lui dit : a Je serais fâché , que ma présence vous gênât. J'obéis à un devoir; mais, Sire, ne croyez pas que je veuille insulter à celui qui a été roi des Français et qui peut encore me rendre heureux. — Je ne puis rien pour vous, répondit Louis XVI. — Pardon , Sire , répondit tout bas Ragoneau en s'inclinant respectueusement : la moindre chose qui vous a appartenu me serait bien précieuse. »

Louis XYI prit ses gants et les lui donna. L'échafiiud n'était pas dressé encore, et déjà, nous l'avons dit, les objets les plus futiles qui avaient appartenu à la victime étaient regardés comme des reliques sacrées. Ragoneau, dans ce partage des dépouilles du royal martyr, fut heureux de sa part, comme Vincent l'avait été de la sienne.

Longtemps après cette époque, Ragoneau, rappelant cette amecdote de son séjour au Temple , racontait avec quel sentiment il était entré dans la tour et avec quel sentiment il en était sorti : « J'avais en horreur le tyran, disait-il, je m'étais bien promis de lui reprocher ses crimes; mais chaque fois que je venais à rencontrer le regard paternel du tyran , je sentais mon civisme désarmé. Plus d'une fois mém'e, après l'avoir entendu parler, je me suis senti les yeux humides : j'ai compris que je n'étais pas né républicain. J'ai baisé la main

* Tous ces détails ont été fournis par écrit à M. Hue, et reproduits par celui-cî dans les Dernières années de Louis XVI*

^ S^ ans, homme de lettres, de la section du Temple.

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du tyran, et je ne donnerais pas sa paire de gants pcmr tous

les trésors du moifde. »

Qoelques jours s'écoulèrent sans incident remarquable. La lecture des discours de la GonTention preuait au Roi la plus grande partie de la journée. Il les lisait tons arec la sérénité confiante d'un homme qui se sait innocent, qui a ub témoin au ciel et qui aperçoit dé|à la himi^e de la réhabilitation dans l'avenir. Cléry lui avait remis un exemphûre de VÀmi des lois, dont la vogue immense avait suscité la plus vive oppositibn : Louis XYI fut touché de quelques mots généreux qui avaient trait à sa situation. Il dit à Cléry : « C'est mieux qu'une bonne comédie, c'est un grand acte de courage. »

Le lundi 1 4 janvier, la^rqivésentBtîoii de cette pièce suscita un grand trouble au Théatre^Françaia. Plus le moment du jugement du Roi approchait, plus l'esprit pubUc cherchait des aliments à ses émotions. A ces vers :

« Et le salut du peuple e«t la suprême loi. •:— H Fort bien. Mais cet effroi, selon rovs, salutaire, • Ne peut être excusé qu'autant qu'il est sincère; » Et, quoi qu'enfin du peuple ordonne l'intérêt, » S'il frappe l'innocence, il n'est phw qn^nn forint.*.. •

(Acte Ill,''scène u)

une explosion d'af^laudissements, partie de tous les coins de la salle, fut a l'instant combattue par un tonnerre de murmures m^és de sifflets. Des propos, des défis, des menaces s'échangèrent; Tautorité intervint, et la salle fut évacuée.

Le Roi, depuis quelques jours, était préoccupé de la santé de sa fille; les nouvelles qu'il en recevait chaque soir à huit heures ne le rassuraient pas entièrement.

Le 13, à son coucher, il^ avait dit à Gléry : « Essayez de savoir l'état réel de ma fille. Je crains que, pour m'^argner de la peine, on ne me cache la gravité de son mal. «

Le 14, Gléry ne put avoir aucune communication avec Turgy. Un municipal, officieusement prié de demander des nouvelles, n'en apporta point, et ce silence inquiéta encore davantage le malheureux père. Sa préoccupation fut remar-

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