‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 225 sur 264 · LIVRE X. — LE régicide · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LE régicide

mais à qui on en eût donne à peine vingt , tant sa figure imberbe ëtait douce et féminine : « Et moi aussi, avait dit ce jeune homme, j'ai demandé à venir au Temple pour voir la qritnace qu'il fera demain. » M. de Firmont n'avait point entendu ces paroles ; mais les manières , la physionomie , le sang-jroid des municipaux, appartenant presque tous, ce jour-là, à l'élite haineuse des révolutionnaires les plus exaltés, laissèrent dans son esprit un souvenir qui, longtemps après, le glaçait encore.

Dans un coin de cette grande salle , ils se réunirent tous autour du ministre, qui leur lut à voix basse les papiers qu'il avait apportés des Tuileries. Cette lecture faite , Garât se retourna brusquement et dit au prêtre de le suivre. Cette invitation souleva l'opposition du conseil ; les municipaux se groupèrent de nouveau, délibérèrent quelques instants, en se parlant à l'oreille, et le résultat fut qu'une moitié du conseil accompagnerait le ministre qui montait chez le Roi, et que l'autre resterait près de l'ecclésiastique. lia séparation ainsi iîiite, les portes de la salle furent fermées. Alors, le plus ancien des commissaires s'approcha de M. de Firmont d'un air poli, mais embarrassé; il lui parla de la responsabilité terrible qui pesait sur sa tète, lui demanda mille excuses de la liberté qu'il était forcé de prendre, etc. L'abbé Edgeworth comprit que ce préambule allait aboutir à le fouiller, et il prévint son* interlocuteur en lui disant que, la réputation de M. de Maies* herbes ne l'ayant pas exempté de cette formalité, il ne s'était pas flatté, en venant au Temple, qu'on ferait une exception pour lui; (^le^ du reste, il n'avait dans ses poches rien de suspect, et qu'il ne tenait qu'aux municipaux de s'en assurer. Malgré cette déclaration, la fouille se-fit avec assez de rigueur; les papiers que le prêtre avait sur lui ne donnèrent lieu à aucune réflexion, mais sa tabatière fut ouverte et le tabac fut éprouvé ; an petit crayon d'acier qui se trouvait par hasard dans sa poche fut examiné scrupuleusement, de peur qu'il ne renfermât un poignard. Gela fait, on lui renouvela les

excuses par lesquelles on avait débuté, et on Tinvita à

s^asseoir.

Pendant que cette scène se passait dans la salle du conseil. Garât était entré au second étage de la tour. Cléry, livré à la douleur et retiré dans sa chambre, vint au bruit qu*il entendit, et annonça à Louis XVI le retour du ministre de la justice. Santerre, qui précédait Garât, s'approcha du Roi, et lui dit à demi-voix : « Voici le Conseil exécutif. » Le ministre s'étant avancé, dit au Roi qu'il avait porté sa lettre à la Convention, et qu'elle l'avait chargé de lui notifier la réponse suivante :

« Qu'il était libre à Louis d*appeler tel ministre du culte qu'il jugerait à propos, et de voir sa iamille librement et sans témoins; que la nation, toujours grande et toujours juste, s'occuperait du sort de sa famille; qu'il serait accordé aux créanciers de sa maison de justes indemnités; que la Convention nationale avait passé à l'ordre du jour sur le sursis de trois jours. »

Le Roi entendit cette lecture sans faire aucune observation ; il entra dans sa chambre et dit à Cléry : « Je croyais, à l'air de Santerre, qu'on allait m'annoncer que le sursis était accordé, w Voyant Louis XVI parler à Cléry, Rodson s'approcha. « Vous avez paru sensible à ce qui m'arrive, lui dit le Roi, recevez-en mes remerclments. » Le jeune municipal, interdit, ne sut que répondre; il dut prendre pour une ironie la parole de gratitude qui lui était adressée, et qu'il avait si peu méritée. Ce n'était point cependant une ironie. Le malheureux Prince , à la vue de cette figure si jeune et si douce, avait cru à un sentiment généreux; la cruauté avec laquelle agissaient envers lui quelques hommes, dans un pareil moment, était si invraisemblable, que, bien qu'elle fût vraie, il n'y croyait pas.

Après la lecture de la réponse de la Convention , les municipaux tirèrent le ministre de la justice à l'écart , et lui demandèrent comment Louis verrait sa famille : « En parti-

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