LIVRE X. ^ LE RÉGICIDE
culier, répondit Garât, c'est l'intention de la Convention, m Les commissaires lui communiquèrent alors l'arrêté de la Commune qui leur enjoignait de ne perdre le Roi de vue ni le jour ni la nuit. Il fut convenu entre les municipaux et le ministre que, pour concilier ces deux décisions, opposées Tune à l'autre, Louis XVI recevrait sa famille dans la salle à manger de manière à être vu par le vitrage de la cloison , mais qu'on fermerait la porte pour qu'il ne fût pas entendu.
Le Roi rappela le ministre de la justice, pour lui demander s'il avait fait prévenir M. de Firmont. Garât' répondit qu'il l'avait amené dans sa voiture , qu'il était au conseil et qu'il allait monter. Deux municipaux descendirent aussitôt pour l'amener au Roi.
Louis XVI prit dans son secrétaire les trois rouleaux qu'il y avait enfermés, et les remettant à un municipal nommé Baudrais , qui causait avec le ministre , il lui dit : » Voici , monsieur, trois mille livres en or qui appartiennent à M. de Malesherbes; je vous prie de les lui remettre. » Le commissaire le lui promit : mais la précaution prise par le Prince honnête homme fut inutile. La somme fut sur-le-champ portée par Baudrais au conseil , qui s'empressa de l'envoyer à la municipalité'; elle ne parvint pas à M. de Malesherbes.
En ce moment parut l'abbé Edgeworth.
« Arrivé à l'appartement du Roi , dont toutes les portes
' Député aux états généraux, sénateur, comte de TEmpire, commandeur de la Lé(pon d'honneur, membre de Flnstitut, Dominique-Joseph Garât, né à Uscaritz, dans le pays basque, vers 1760, sa versatilité Ta rendu célèbre. Il prononça en septembre 1800, à la place des Victoires, Féloçe de Rléber et Desaix, et fit en 1815 celui de Moreau.
^ « Commune de Paris.
• Je soussigné , secrétaire - greffier de la municipalité , reconnais que le citoyen Fleckelle, cavalier d'ordonnance, m*a remis la somme de trois mille livres, en cent vingt-cinq louis en or, qui lui avait été remise par les commissaires composant le conseil du Temple.
« Fait en la maison commune, ce 20 janvier 1703, Tan II* de la République française, à dix heures moins un quart.
• CorLOMBBAU, secrétaire-greffier. »
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étaient ouvertes, a-t-il écrit lui-même , j'aperçus ce Prince au milieu d'un groupe de huit ou dix personnes : c'était le ministre de la justice accompagné de quelques memlures de la Commune, qui venait de lui lire le fatal décret qui fixait irrévocablement sa mort ou lendemain.
» Il était au milieu d'eux, calme, tranquille, gracieux même ; et pas un seul de ceux qui l'environnaient n'avait l'air aussi assuré que lui. Dès que je parus, il leur fit signe de la main de se retirer; ils obéirent; luinnéme ferma la porte après eux, et je restai seul dans la chambre avec lui.
» Jusqu'ici j'avais assez bien réussi à concentrer les différents mouvements qui agitaient mon âme ; mais à la vue de ce Prince , autrefois si grand et alors si malheureux , je ne fîis plus maître de moi-même; mes larmes s'échappèrent malgré moi , et je tombai à ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le décret qu'on - venait de lui lire. Il ne répondit d'abord à mes larmes que par les sienlies; mais bientôt reprenant son courage : « Pardonnez, me dit-il, monsieur, paixlonnez à ce moment de faiblesse, si toutefois on peut le nommer ainsi. Depuis longtemps je vis au milieu de mes ennemis, et l'habitude m'a, en quelque sorte, familiarisé avec eux; mais la vue d'un sujet fidèle parle tout autrement à mon cœur : c'est un spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutumés, et il m'attendrit malgré moi. n
» En disant ces paroles, il me releva avec bonté , et me fit passer dans son cabinet, afin de m'entretenir plus à l'aise, car, dans sa chambre, tout était entendu. Là, me faisant asseoir auprès de lui : « C'est donc à présent, me dit-il, monsieur, la grande affaire qui doit m'occuper tout entier! hélas ! la seule affaire ; car que sont toutes les autres auprès de celle-là? Cependant, je vous demande quelques moments de répit, car voilà que ma famille va descendre. En