‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 229 sur 264 · LIVRE X. ^ LE RÉGICIDE · texte numérisé non relu

LIVRE X. ^ LE RÉGICIDE

promettez? répètent-iis tous ensemble. — Oui, je vous le promets. — Pourquoi pas à sept heures? dit la Reine. — Eh bien, oui! à sept heures, répond le Roi : adieu !... » Il prononce cet adieu d'une manière si expressive que les sanglots redoublent : Madame Royale tombe évanouie aux pieds du Roi , qu'elle tient encore embrassé ; Gléry la relève et aide Madame Elisabeth à la soutenir. Le Roi , voulant mettre fin à cette scène déchirante , leur donne les plus tendres embrassements et a la force de s'arracher de leurs bras. « Adieu ! . . . adieu !... » dit-il, et il rentre dans sa chambre.

Les Princesses remontent chez elles avec le Daophin. Cléry veut continuer à soutenir Madame Royale ; les municipaux l'arrêtent à la seconde marche et le forcent de rentrer. Les deux portes se ferment, mais on continue d'entendre les cris et les gémissements des Princesses dans l'escalier, et cette exclamation de : Les bourreaux ! qui échappe à la douloureuse exaltation de la Reine.

Le Roi a rejoint son confesseur dans son cabinet de la tourelle; et, se jetant sur une chaise : « Ah! monsieur, s'écriet-il , ne pouvant cacher l'agitation d'une àme profondément émue , quelle entrevue ! quelle séparation ! Faut-il donc que j'aime si tendrement et que je sois si tendrement aimé!... Le cruel sacrifice est fait, aidez-moi maintenant, monsieur, à oublier tout pour ne penser qu'au salut. Voilà ce qui doit concentrer désormais toutes mes affections et toutes mes pensées. » Il continua à s'exprimer ainsi en paroles entrecoupées , où se révélaient également sa sensibilité et son courage. Une demi-heure s'écoula. Gléry vint proposer le souper. Le Roi hésita un moment ; mais par réflexion , il accepta l'oflre. Il mangea peu, mais avec appétit. Les municipaux étaient, ce soir-là, plus nombreux que de coutume dans l'antichambre. Bien qu'ils s'entretinssent à voix basse, cette phrase arriva à l'oreille du Roi : « Il est temps que le peuple se venge. — Le peuple (dit Louis XVI avec calme sans regarder les deux commissaires qui étaient debout près de sa

table) y le peuple rendra justice à ma mëmoire quand il saura la vérité, quand il aura recouvré la liberté de se montrer juste; mais, bêlas I jusqu'à ce temps, il sera bien malheureux ! »

Le souper avait duré cinq minutes. Le Roi rentra aussitôt dans son cabinet, et proposa à M. de Firmont de prendre quelque nourriture. Après un moment d'hésitation , celui-ci accepta.

Une pensée préoccupait l'esprit de l'abbé Edgeworth , c'était de procurer la communion à Louis XVI. Il avait d'abord songé à lui apporter le saint viatique en secret, comme on était obligé de faire alors ; mais la fouille rigoureuse qu'il allait subir en entrant au Temple et la profanation qui en eut été la suite l'avaient empêché de s'arrêter à cette première idée. Il ne lui restait donc d'autre ressource que de dire la messe dans la chambi:e même du Roi, s'il en pouvait trouver les moyens ; il lui en fit la proposition. Louis Xyi fut elFrayé du péril auquel s'exposait l'abbé Edgeworth ; mais celui-ci le supplia à son tour de se confier à sa prudence comme à son dévouement. Ne pouvant rien tenter en cachette, il fallait se décider à une demande ouverte et formelle; le Roi la permit enfin. « Allez, dit-il, monsieur, mais je crains bien que vous ne réussissiez pas ; je connais les hommes auxquels vous allez avoir affaire, ils n'accordent que ce qu'ils ne peuvent refuser. »

M. de Firmont se fait conduire à la salle du conseil , et y forme sa demande au nom de Louis. Les commissaires, qui n'étaient point préparés à cette requête, en sont déconcertés, et ils cherchent différents prétextes pour l'éluder, — « Où trouver un prêtre à l'heure qu'il est, disent-ils, et quand nous en trouverions un, comment faire pour lui procurer des ornements ? — Le prêtre est tout trouvé , répond l'abbé Edgeworth, puisque me voici, et quant aux ornements, l'église la plus voisine en fournira; il ne s'agit que de les envoyer • chercher. Du reste, ma demande est juste, et ce serait mécon-

Page 1